Les ombres de l'hiver
de Tim Winton

critiqué par Darius, le 6 décembre 2003
(Bruxelles - - ans)


La note:  étoiles
le mécanisme de la peur
Rédigé par l’un des écrivains australiens les plus populaires dans son pays, ce roman qu’on pourrait qualifier de policier décortique le mécanisme de la peur.

Dans une vallée perdue, se nichent trois maisons dans lesquelles ont trouvé refuge quelques paumés de la société et dans lesquelles chacun cache soigneusement son drame au voisin.

L'une abrite un vieux couple de retraités, seuls, maintenant que les filles sont parties à la ville, l'autre accueille un homme seul qui doit avoir des choses à se reprocher, et enfin la troisième cache un jeune couple pas très causant.

Dans cette nuit profonde un premier choc se produit: le petit chien du vieux couple est retrouvé la tête sectionnée. Qui a commis ce forfait? D'autres événements suivront, tout aussi inquiétants : l’assassinat de tout le cheptel du jeune couple.

Dès lors, les trois voisins sont condamnés à se parler.
Dès lors aussi les pensées intimes de chacun de ces personnages vont cheminer douloureusement.

Dérangeant, envoûtant, son roman à l’atmosphère prenante, construit autour d'un événement inquiétant décrit la solitude humaine et la complexité des êtres qui cachent des blessures secrètes.

Bien que ce roman n'entre pas dans le genre roman policier classique, je l'ai toutefois classé dans cette catégorie à défaut d'en trouver une autre.

Un seul reproche : la fin qui me laisse sur ma faim.
Quand les ombres de l'hiver réveillent les ombres du passé 8 étoiles

Une vallée perdue dans le bush australien, on l'appelle «Le trou». Un lieu isolé , où s'éparpillent trois maisons: celle de Maurice, le narrateur et de sa femme Ida; celle de Jacob, un homme de la ville retiré seul dans une grande maison blanche qui domine la colline, et celle de Ronnie, une fille que son compagnon vient de quitter pour une quinzaine de jours ou peut-être bien plus , la laissant seule avec son ventre rond de femme enceinte.
Chacun vit replié, chez soi, ne fréquente pas les autres jusqu'au jour où le petit chien de Maurice et Ida est sauvagement tué et où le bétail de Ronnie est égorgé . Pourquoi ce massacre? Qui en est l'auteur ? Un homme, une bête, un animal dont on parle mais qu'on n'a jamais vu?
Mieux vaut se consulter pour lutter contre un danger inconnu . Alors on se réunit , on s'organise , on s'entraide .

Ceux qui s'attendent à lire un roman policier, bien ficelé, avec solution de l'énigme à la fin, risquent d'être déçus.
Il s'agit bien plutôt d'un roman d'atmosphère, d'une sorte de roman noir, de thriller psychologique. Car l'ennemi contre lequel on va devoir lutter ici est tant extérieur qu'intérieur. Les tensions du présent se mêlent aux blessures du passé et réveillent en chacun ses propres ténèbres.

Un an plus tard, seuls restent les deux hommes .
Jacob, muré dans sa maison blanche, dans l'alcool et dans le silence, Maurice vaquant à ses quelques occupations dans la sienne.
Quand le soleil s'est couché et que vient le soir, Maurice parle, à haute voix , pour lui seul «Ecoutez-moi» supplie-t-il «Je raconte l'histoire, comme si c'était plus fort que moi. Il y a toujours quelque chose pour déclencher le souvenir, me rendre tout à coup brûlant de culpabilité, de terreur , de délire et de nostalgie». Il lui faut se délivrer «des rêves sanglants qui ne le lâchent pas». Il lui faut parler de ses blessures à lui, mais aussi de blessures secrètes des autres, qu'ils ont laissé s'échapper, comme malgré eux, lors de ces événements tragiques, blessures dont il a hérité et dont il est le dépositaire.

Dans la nuit d'hiver les ombres du passé reviennent. Celles de son enfance, de son couple se mêlent à celles de l'année passée, à celles que les autres ont révélée et qui obscurcissent encore son triste présent. La parole est alors son seul exutoire .

Le sombre et touchant monologue d'un vieil homme habité par des fantômes, condamné à survivre dans un paysage dont les couleurs, les odeurs et les bruits le ramènent aux ombres du passé.

Alma - - - ans - 13 novembre 2018


Trop facile ! 7 étoiles

Le climat de ce livre n’est pas sans rappeler « Le maître des jardins noirs » d’Adamek. Sauf qu’Adamek présente une puissance d’écriture que Winton ne fait qu’approcher ici. Et Adamek nous emmène quelque part, tandis que Winton balade le lecteur de-ci de-là sans destination.

Des voisins s’observent et sont amenés à se parler suite à la découverte d’animaux tués, que ce soit un chien fidèle ou un troupeau de bétail. On imagine toutes les possibilités qui pourraient dès lors s’offrir à l’écrivain : opter pour le fantastique (une créature maléfique et sanguinaire sévit), le policier (un tueur animalier en série), le drame psychologique (mademoiselle se venge ainsi des tromperies de son promis), la critique de la société (en mal de repères, des adeptes offrent des cadavres d’animaux à leur gourou pour attirer ses faveurs), … Ok, j’exagère… mais enfin, les scénarios à imaginer étaient multiples ! Or, rien de tout ça, Winton ne choisit aucune voie, reste dans le flou. D’ordinaire, j’aime le subtil, le non-dit mais trop peu, c’est trop peu ! Décidément, il faut choisir ! Allons, monsieur Winton : nous allécher, suggérer du bout des lèvres ceci ou cela, puis nous laisser en carafe ? Ne pas donner la clé de l’énigme ? Même pas l’ébauche d’un semblant de solution ? Ce qui me dérange, c’est qu’alors l’auteur peut tout se permettre puisqu’il ne doit pas déboucher sur un dénouement cohérent ! C’est un peu facile, non ?

Vous aurez compris : ok pour l’ambiance, zéro pour l’intrigue…

Saint-Germain-des-Prés - Liernu - 51 ans - 6 janvier 2008