L'horloge de Maître Humphrey de Charles Dickens, Hablot Knight Browne (Dessin), George Cattermole (Dessin)
(Master Humphrey's clock)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Pierrequiroule, le 3 novembre 2014 (Paris, Inscrite le 13 avril 2006, 38 ans)
La note : 10 étoiles
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Un tout nouveau Dickens à l'heure du conte

Quatre vieillards malmenés par la vie décident d’égayer leur solitude en fondant un club de conteurs. Une fois par semaine, ils se retrouvent chez Maître Humphrey, leur président, pour partager des histoires au coin du feu. La tradition veut qu’au début de chaque séance, l’hôte de céans remonte son horloge. Car l’horloge de Maître Humphrey n’est pas un simple objet, « une mécanique désuète engoncée dans une énorme gaine de chêne aux riches et curieuses sculptures », c’est une véritable amie qui a souvent réconforté le vieux bossu. Désormais, elle veille comme une divinité tutélaire sur l’assemblée réunie devant l’âtre, marquant de son gong solennel le début et la fin de chaque réunion. C’est l’occasion pour Maître Humphrey, Jack Redburn, Mr Miles et « le gentleman sourd » de se divertir en lisant un récit composé par l’un d’eux et glissé dans la gaine de l’horloge. Ces originaux au grand cœur sont liés par une amitié véritable. Au fil des pages, nous découvrons un peu de leur personnalité et quelques moments de leur vie, en alternance avec des récits puisés dans leur expérience ou leur imagination. Les histoires qu’ils nous offrent sont des plus variées : vengeance d’un amoureux déçu, tourments d’un assassin d’enfant, mésaventures d’un chasseur de sorcières… Et bientôt l’assemblée gagne un nouveau membre : Mr Pickwick en personne !

« L’horloge de Maître Humphrey » était une revue créée par le jeune Dickens pour y insérer différentes œuvres de sa fantaisie, avec pour fil directeur une association de conteurs. Seules les histoires les plus courtes nous sont livrées ici ; mais c’est également dans ce cadre que Dickens a publié deux grands romans-feuilletons : « Le magasin d’antiquités » et « Barnaby Rudge ». Cette alternance entre un arrière-plan réaliste et des contes dépaysants est une grande réussite. C’est la technique des récits emboîtés, à la manière des « Mille et une nuits ». Outre la variété des histoires, j’ai adoré l’écriture superbe de Dickens. Ce maître a l’art de disserter sur tout et n’importe quoi sans ennuyer une seule seconde. Même les situations et les objets les plus banals deviennent touchants sous sa plume et, comme dans ses œuvres de maturité, on retrouve cette grande tendresse pour les délaissés de ce monde. Voici Maître Humphrey qui, bien que seul pour Noël, se promène dans les rues de Londres en s’émerveillant des petits bonheurs d’autrui : « Tantôt je m’arrêtais pour contempler un groupe joyeux qui filait à pied dans la neige jusqu’à son lieu de rendez-vous, et tantôt je revenais sur mes pas pour observer toute une ribambelle d’enfants déposés en toute sécurité devant une accueillante maison. A un moment donné j’admirai le soin avec lequel l’ouvrier portait son bébé coiffé d’un bonnet tapageur foisonnant de plumes, et la façon dont son épouse, qui piétinait patiemment derrière lui, oubliait de faire attention à ses vêtements de fête pour échanger des coucous avec l’enfant qui gloussait et riait par-dessus l’épaule de son père… ». Lorsqu’il n’est pas satirique, Dickens sait observer comme nul autre la beauté toute simple du quotidien. Et quel plaisir aussi de revoir Mr Pickwick en compagnie de son valet Sam Weller ! Leur présence apporte une touche de sérénité et beaucoup d’humour, alors que les récits extraits de l’horloge sont plutôt sombres. Bref, ne manquez pas ce Dickens tout récemment traduit en français, c’est un régal !

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