De combien d'injustices suis-je coupable ?
de Jean-Michel Lambert

critiqué par CHALOT, le 23 octobre 2014
(Vaux le Pénil - 76 ans)


La note:  étoiles
Un essai concluant
« De combien d’injustices
Suis-je coupable ? »
Essai de Jean Michel LAMBERT
Editions Cherche midi
Septembre 2014
207 pages

La justice en procès

Le doute l’a habité comme il habite beaucoup de juges. Son étude qui s’appuie sur l’expérience et qu’il étaye d’exemples de procès permet d’infirmer ou de confirmer ce qu’on savait mais aussi d’apporter des éclairages sur le fonctionnement de la justice.
L’auteur commence par revenir sur l’affaire du petit Grégory et sur la mort tragique de Bernard Laroche, tué par le père de la victime.
« Epilogue abominable pour cet homme âgé de30 ans, un citoyen ordinaire pris dans la nasse judiciaire par un tragique concours de circonstances. Je suis l’un des artisans de cette abjection, pour avoir inculpé Bernard Laroque le 5 novembre 1984 et l’avoir maintenu en détention pendant 3 mois, voulant croire à sa culpabilité quand la simple chronologie des événements démontrait à l’évidence qu’il n’avait pas pu tuer le petit Grégory. »
Cet aveu est tout à l’honneur de ce magistrat qui est loin d’être le seul responsable.
Comme il l’écrit dans sa conclusion en revenant sur cette histoire tragique :
« Des forces se sont alors liguées pour tuer cet homme. En le réduisant au silence, elles ont permis au soupçon infâme de distiller son poison infect, et de l’assassiner une seconde fois dans l’opinion. »
Pour l’auteur, il y a des coupables qu’il faut punir aussi sévèrement que le permet la loi c’est-à-dire l’enquête, la confrontation et le jugement mais aussi des innocents qui passent des mois ou des années en prison.
A propos de ces derniers, il montre preuves à l’appui que le système des indemnisations est injuste : certains toucheront une somme correspondant en partie au préjudice subie, alors que d’autres ne recevront que des peccadilles.
Il n’est pas bon de n’être qu’un rempailleur de chaises….
Les différences de traitement sont importantes.
Le livre comporte des critiques du système en place et des modifications incessantes et pas toujours pertinentes du du code de procédure pénale.
Il n’oublie pas certains avocats qui saignent leurs clients.
Mais attention ! l’auteur ne se range pas dans le camp des démagogues qui s’en prennent aux « tous pourris », il rend hommage aux magistrats consciencieux et intègres et aussi aux avocats qui s’accrochent même quand leurs clients sont peu fortunés.
Il émet quelques propositions qui méritent d’être étudiées comme celles qui concernent la lutte contre le surendettement.
Jean-François Chalot