Mes contes de Perrault
de Tahar Ben Jelloun

critiqué par CHALOT, le 13 octobre 2014
( - 71 ans)


La note:  étoiles
histoires à la sauce orientale à déguster
« Mes contes de Perrault »
De Tahar Ben Jelloun
Editions du Seuil
292 pages
Octobre 2014

Des clins d’œil à la réalité d’aujourd’hui

Les contes sont éternels, ils se transmettent à la fois à l’oral et à la fois par l’écrit.
L’auteur ne revisite pas superficiellement les fameux contes de Perrault pour les resucer.
Il les réécrit, les refonde à la mode orientale avec des fées, des sorcières, bien entendu mais aussi avec les obscurs gardiens des dogmes.
Les barbus sont là, ils veillent à empêcher que les femmes puissent s’épanouir, à contraindre le plus grand nombre, sinon tout le monde à des préceptes éculés et rétrogrades.
Le lecteur sourit et rit même assez souvent comme quand dans « la petite à la burka rouge « est poursuivie par un barbu plus que masqué qui, courant après la fille perd son déguisement pour paraître tout nu :
« Oh, qu’il est petit le sexe du monsieur ! Oh là là ! C’est avec ça que tu violes les femmes ? Il est minuscule, tu devrais avoir honte…. »
Les dix contes de Perrault sont là dans un contexte « arabe et musulman ».
Certains ressemblent aux originaux mais en étant différents dans la construction, d’autres différent bien…. Ce n’est pas le plagiat mais un nouveau plat refait avec gourmandise, à tel point qu’il devient fort différent.
Les contes ne terminent pas ici comme ceux de Perrault, le chat botté ne reste pas tel qu’il est et son maître ne finit pas châtelain en spoliant l’ogre…. chut vous verrez vous-mêmes.
Les sages à la djellaba blanche, appelés par le roi dans Cendrillon obtempèrent et tant pis pour les tenants de l’obscurantisme ils sont obligés d’approuver le contrat de mariage ou de partir :
« Le mari s’engage à mettre fin au droit traditionnel de la polygamie et de la répudiation. Le mari et l’épouse ont les mêmes droits…. »
C’est un pied de nez aux islamistes radicaux d’hier et d’aujourd’hui et un appel à une lecture moderne des textes sacrés, le Coran chez les musulmans.
L’auteur est positif et optimiste et s’en prend dans le cadre de ces récits romancés au conservatisme et au moyen âge réinstallé pour le malheur de tous et surtout des femmes par les barbus et leurs affidés.
Du plaisir que du plaisir à la lecture de ces contes.
Jean-François Chalot