Des mille et une façons de quitter la Moldavie
de Vladimir Lortchenkov

critiqué par Débézed, le 11 octobre 2014
(Besançon - 70 ans)


La note:  étoiles
Exode moldave
J’ai rencontré Vladimir Lortchenkov sur le salon littéraire de ma ville de province, Besançon, et, même si le titre ne m’attirait pas particulièrement, je lui ai acheté son livre car je ne connais aucun autre écrivain moldave et je ne sais rien de ce pays coincé entre l’ex empire stalinien et l’Union européenne qui cherche encore ses limites. J’aurais voulu croire que ce livre n’est que ce qu’il apparait de prime abord, ce qu’on découvre en lisant les premiers chapitres, un roman surréaliste, burlesque, satirique, peuplé de héros picaresques, mais, hélas, l’ironie, la dérision, l’humour, l’exagération,… occultent mal la tragédie qui sourd entre les lignes, le drame d’un peuple abandonné de tous, oppressé entre deux géants qui l’ignorent « républiquement » et « soviétiquement ». Après son indépendance, ce pays pauvre, très pauvre – son PIB était inférieur à celui du Bangladesh -, les populations n’avaient plus qu’une issue fuir pour survivre ailleurs.

« … Regarde-moi ça on est entouré par de la saleté, de la pauvreté, des immondices. Ah vraiment, on n’a pas mis longtemps à dégénérer, ça fait à peine vingt ans que l’URSS s’est effondrée.

On vivait pas bien non plus sous l’URSS, …. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici. »


Vladimir Lortchenkov raconte l’histoire de cet exode des temps modernes à travers les combines et inventions les plus audacieuses, les plus incroyables, les plus improbables, les plus farfelues, les plus fantaisistes imaginées par les habitants de Larga un petit village du nord du pays. Un habitant de ce village s’étant pris de passion pour tout ce qui est italien, il a créé un véritable mythe de l’Italie, paradis sur terre, destination qu’il faut impérativement prendre pour trouver le bonheur et la richesse qui permettront à ces pauvres ères de vivre leur rêve. « Rares étaient les villageois à ne pas rêver de l’Italie, et aucun n’avait le premier sou pour entreprendre le voyage ». S’ils n’avaient pas d’argent, ils avaient des idées et quelles idées ! Même celle d’organiser une croisade des temps modernes pour reconquérir les lieux saints romains accaparés par les mécréants, un véritable Exodus moldave !

On rit beaucoup en lisant ce livre drôle mais on rit aussi un peu jaune devant un tel dénuement et une telle malédiction, un tel acharnement de la misère. Sur les marges de l’Union soviétique, quasiment abandonné du pouvoir central, ce pays en récupérant sa souveraineté a perdu le minimum vital fourni par le pouvoir central et s’est enfoncé encore plus dans la pauvreté qui a alimenté le rêve italien. Ce livre est une forme d’appel au secours lancé par l’auteur pour alerter l’opinion internationale sur la situation désastreuse dans laquelle se débattent ses concitoyens. Il nous fait toucher du doigt ce fameux tropisme européen qui attire une bonne partie de la planète vers les contrées les plus nanties, là où il reste un peu d’espoir.

« Pays de l’absurde et de l’amour, pays dont un habitant sur quatre a émigré, pays organisant une croisade moderne vers l’Europe. Moldavie…

Si j’avais été François Villon, j’aurais composé La Ballade des pendus.

Comme je suis Vladimir Lortchenkov, j’ai écrit ce roman ».
une fable humaine 10 étoiles

Par hasard, je me suis saisi de ce livre, histoire de lire autre chose que de la fantasy... Et ce livre s'est révélé être une œuvre admirable, tendre et cruelle, teintée d'un humour noir... très noir... et où derrière cet univers loufoque, surréaliste, où l'on s'envole vers l'Italie en tracteur... l'auteur porte un regard sur sa nation, un regard critique tant sur le peuple que sur les politiques... ainsi que sur le monde où l'on oublie si vite la misère qui règne ailleurs... où l'auteur crie à son peuple " Comprenez, malheureux, que nous cherchons ailleurs quelque chose que nous pourrions avoir ici. Ici même, en Moldavie ! Nous pouvons nettoyer nous-mêmes nos maisons, refaire nous-mêmes nos routes..." où le paradis rêvé n'est pas ailleurs qu'en nous-mêmes...
A lire absolument...

Deinos - - 55 ans - 25 juillet 2016


Une super fable 9 étoiles

Une fable loufoque et très sympa avec pour fond "des mille et une façon de quitter la Moldavie". Livre que je recommande.

Lectrice passion - Auch - 39 ans - 16 octobre 2014


Une fable loufoque à portée existentielle 10 étoiles

Quel bonheur que ce livre ! On en lit peu de ce type en France : une fable loufoque à portée existentielle. Les habitants du petit village de Larga en Moldavie n'aspirent qu'à une chose : quitter leur pays pour l'Italie, et ils ne lésinent pas sur les moyens. Quand le plus évident – s'endetter jusqu'au cou pour se payer un passage illégal – les conduit dans une impasse, ils iront vers le délirant. Et le lecteur se tient les côtes devant un sens aussi aigu de l'absurde. Vladimir Lortchenkov est un maître pour déceler l'aberration logique qui conduit à une réalité loufoque. Cependant, et c'est ce qui donne de la profondeur à ce roman, il sait aussi constater le lyrique et le poétique quand ils se présentent, ce qui fait "Des mille et une façon de quitter la Moldavie" bien plus qu'une satire de ce pays, mais un coup de projecteur plus ambitieux sur une humanité dont le grotesque (au versant sublime bien rare) apparaît comme le maître mot.

Reginalda - lyon - 50 ans - 13 octobre 2014