L'oeil de la mouche de André-Joseph Dubois

L'oeil de la mouche de André-Joseph Dubois

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Catinus, le 28 septembre 2014 (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 68 ans)
La note : 9 étoiles
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Le Houellebecq belge ?

Le narrateur, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, affiche – sans doute ? – la trentaine bien sonnée, habite – peut-être ? – la ville de Liège, enseigne encore le français dans un lycée et est – nous le savons, là ! – : divorcé. Son entourage immédiat : ses parents qu’il semble affectionner, sa sœur qu’il ne reconnait plus tant elle a changé, son beau-frère et son neveu qu’il supporte difficilement – pour rester poli ! -. Et puis, Jenny, son ex-femme qu’il revoit de temps en temps. Il a décidé de ne plus se rendre à son lycée – sans pour autant démissionner de sa fonction - ; et d’écrire un journal - qu’il considère comme une déchéance- .
« Il aurait fallu lui expliquer que j’avais passé ma vie à tenter d’arracher ma peau de pauvre comme elle essayait à présent de se débarrasser de sa condition de femme. Que moi j’avais suivi le mauvais chemin, confondu le combattant et le transfuge. Et maintenant je n’étais plus qu’un épouvantail à la défroque enflée par le vent, las, rendu, vaincu. Surtout j’aurais dû lui dire que notre cause à tous deux était juste cependant, parce que la pauvreté, du corps, de l’esprit, de l’âme et du sexe, est toujours inacceptable. »
Si, par le plus pur des hasards, on me demandait de tenter que définir le genre d’écriture d’André-Joseph Dubois , je dirais : il serait comparable à celui de Houllebecq ; mais avant l’heure puisque ce présent roman fut publié en 1981 tandis que ceux de Houellebecq datent d’une décennie plus tard. Mais qui a- t-il de plus effroyable que de vouloir comparer un écrivain à un autre ? Donc, veuillez ne pas tenir compte de cette appellation : André-Joseph Dubois, le Houellebecq belge.
Sans aucun doute : une de mes meilleures lectures de l’année ! Et la découverte d’un auteur de choix. A suivre …


Extraits :

- Ma préférence allait vers Tintin au Congo . Les nègres y figuraient aussi noirs que des mineurs, ils parlaient mal, étaient bêtes : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Tintin, rose et souriant, leur apportait la parole et sa civilisation. Est-ce à lui que je dois mon métier d’enseignant ?

- (…) le nourrisson nu sur une couverture, l’écolier sage, le communiant que les premières masturbation ravissent et affolent (…)

- Enfin on accrocha une émission : la messe de Pâques.
« - Depuis que les curés parlent français, dit mon père, on comprend encore moins. «

- J’observais aussi mon père, courbé sur son assiette à la manière des paysans. Il suit des yeux la course des morceaux jusqu’à la bouche.

- Maintenant il se masturbait chaque soir avant de s’endormir, systématiquement, comme une bonne ménagère se débarrasse de la lessive. Il ajouta qu’il me recommandait la méthode, que je m’en trouverais bien.

- Il arriva des Italiens noircis de soleil comme les Africains, prêts à tout pour vivre. Les patrons les aimaient bien parce qu’ils étaient affamés donc dociles. Nous les détestions un peu : ils travaillaient au rabais, sifflaient nos filles, parlaient une autre langue, n’étaient pas aussi pâles que nous. Nous les gosses, nous nous postions sur leur passage pour crier : macaroni ! marcaroni ! Les adultes nous disaient mollement : laissez ces pauvres gens tranquilles (…)


En bonus, une intervieuw à propos de ce livre :

http://vimeo.com/69470986

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