S'abandonner à vivre de Sylvain Tesson

S'abandonner à vivre de Sylvain Tesson

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Dirlandaise, le 22 septembre 2014 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (20 060ème position).
Visites : 1 297 

Critique sociale acerbe

Recueil de dix-neuf nouvelles soigneusement travaillées par l’auteur et aventurier fort sympathique qu’est Sylvain Tesson. L'écrivain laisse ici courir son imagination pour mettre en scène des personnages aux prises avec des situations parfois très amusantes, rocambolesques et aussi quelquefois tragiques. Les thèmes abordés sont la vie de couple, l’immigration, le racisme, le conformisme social, l’incompréhension entre proches. J’avoue préférer les livres autobiographiques de Sylvain Tesson , relatant ses expériences aventureuses mais j’ai lu ces nouvelles avec gourmandise et regrettant que ce soit terminé tellement elles sont savoureuses. L’écriture dense et dynamique de l’écrivain donne vie à des personnages en quête d’une amélioration de vie qui leur coûte souvent très cher et les plongent dans le chaos. Il privilégie la vie de couple mais explore aussi les motivations profondes d’un immigrant nigérien venu chercher fortune à Paris ainsi que d’un sniper kamikaze et de parachutistes russes. Les nouvelles sont courtes, nerveuses, variées tant par les thèmes que les réflexions qu’elles ne cessent de nous injecter dans la conscience. Seul bémol : la fin de certaines nouvelles me semble assez facile et hautement prévisible mais qu’importe puisque chacune d’elles comporte une bonne part de critique sociale acerbe tout à fait pertinente.

Sylvain Tesson nous offre ici une autre facette de son immense talent d’écrivain et cela fait plaisir de constater à quel point celui-ci est étendu et semble inépuisable. Un homme admirable doué d’une plume et surtout d’une conscience sociale à nulle autre pareille. Je relirai de temps à autre ces courtes nouvelles qui se laissent déguster lentement, phrases par phrases tellement elles sont riches et dotées d’une saveur particulière. Une érudition distillant un véritable enchantement page après page. Et dire que nous avons failli le perdre…


« Tout à l’heure, sous les sapins, des mains blanches et fines ouvriraient des écrins Cartier et des boîtes orange Hermès. Zermatt vibrait des préparatifs de la fête. Noël était la plus parfaite entreprise de détournement spirituel de l’histoire de l’humanité. On avait transformé la célébration de la naissance d’un anarchiste égalitariste en un ensevelissement des êtres sous des tombereaux de cadeaux. Pour quelques heures, en ce 24 décembre, l’immense névrose européenne de l’après-guerre s’octroyait un répit, le temps d’ouvrir des paquets dans un bruit de mandibules d’insecte. » Le téléphérique.




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Les éditions

  • S'abandonner à vivre [Texte imprimé], nouvelles Sylvain Tesson
    de Tesson, Sylvain
    Gallimard / Blanche
    ISBN : 9782070144242 ; EUR 17,90 ; 02/01/2014 ; 224 p. ; Broché
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Apologie du pofigisme !

8 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans) - 11 novembre 2017

Sylvain Tesson (1972- ) est un écrivain et voyageur français.
Il obtient le prix Goncourt de la nouvelle en 2009, pour "Une vie à coucher dehors" et le prix Médicis essai en 2011 pour "Dans les forêts de Sibérie".
"S'abandonner à vivre" parait en 2014.

Recueil de 19 courtes nouvelles toutes aussi savoureuses les unes que les autres.
Un thème récurrent: le pofigisme (... )
Sylvain Tesson invente ce mot pour qualifier l'état de "se laisser porter par le flux des choses de la vie" plutôt que de se débattre inutilement et dépenser une énergie stérile.
S'abandonner à vivre, accepter les tourments de la vie.
Une vie qui -pour l'auteur- est une entreprise absurde et dont il est préférable de rester spectateur.
Les personnages qui gravitent dans ces histoires sont autant de souvenirs de l'écrivain voyageur que de pures fictions.

J'avoue avoir passé un excellent moment à la lecture de ces petites friandises Tessonnesques.
On retrouve la plume incisive, ironique de l'auteur.
Un regard lucide, résigné mais également amusé et distant sur notre Monde moderne.
Un très agréable moment de lecture.

...et à mourir

7 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 22 mai 2016

Il est souvent question d'amour, de voyages, de Noëls… pas toujours heureux dans ce recueil.
Des nouvelles très variées malgré quelques prénoms, quelques endroits, quelques noms d'auteurs qu'il nous arrive de retrouver.
On se retrouve en Chine pour un voyage de noces original sur le Grand Barrage. Mais aussi au Niger, en Afghanistan, à Paris, en Bretagne...
On suivra les efforts de deux amis dans le massif du Hoggar :
"pas un geste d'humeur, pas un reproche, pas un jugement, nulle familiarité : on se côtoyait en se foutant la paix. La distance est l'ingrédient des amitiés vraies."

En Russie, on partagera la vie de la jolie Tatiana, qui se mariera à un français pour fuir l'ennui sibérien.
"Elle s'était convaincue du rayonnement de cette langue (le français) qui, en réalité, n'était plus parlée que par soixante millions de petits-bourgeois épuisés, repliés sur le souvenir d'une grandeur fossile. Le français ne servait plus qu'à la revendication interne, à la plainte, au gémissement."

La Russie sera d'ailleurs le pays de la reconstitution d'une bataille napoléonienne, de coupures d'électricité bienvenues, même au cœur du Texas, on retrouvera des russes et c'est aussi dans un train russe qu'on apprendra la meilleure façon de vivre en Russie, à un homme attaqué au couteau : "On s'en fout de ta plaie. Sois pofigiste, mec."
Le pofigisme : s'abandonner à vivre, "ce mot russe désigne une attitude face à l'absurdité du mode et à l'imprévisibilité des événements.le pofigisme est une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient."

Concernée par les divagations des pensées d'un insomniaque, c'est malgré tout "L'exil" qui m'aura le plus touchée. Le départ d'Idriss du Niger pour rejoindre la France, terre promise qui va permettre à tous les siens de récupérer leurs mises, de vivre ou survivre ; Idriss qui devient laveur de carreaux d'une agence de voyages "Rêves d'horizon" Sahara, terre du mythe...

Des nouvelles brèves et variées, pertinentes mais inégales.

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