Premier amour de Ivan Sergueïevitch Tourgueniev

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Kinbote, le 9 novembre 2003 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 61 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 14 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (569ème position).
Visites : 14 691  (depuis Novembre 2007)

Une bluette aux accents de tragédie

Vladimir Pétrovith, homme de quarante ans, se remémore son premier amour « qui n'a pas été un amour banal ». C'est l'été 1833 près de Moscou ; nous sommes dans la villa louée par ses parents. En face de la villa emménage une princesse désargentée et vulgaire. Elle a une fille, Zinaïda Zassekine, âgée de 21 ans, qui s'entoure d'une cour de prétendants célibataires ; elle se joue de leurs sentiments, en jeune femme volage et capricieuse. Le père de Vladimir qui a fait un mariage de raison et qui est resté beau garçon est indifférent à la vie de famille et avare de marques de tendresse à l’égard de son fils. « Prends ce que tu peux, mais ne te laisse jamais prendre ; ne s’appartenir qu’à soi-même, être son propre maître, voilà tout le secret de la vie »
C’est ce qu’il professe à son fils.
Vladimir Pétrovitch peut croire un moment qu’il est le préféré de la princesse.
Il passe par tous les affres de l’amour comme c’est le cas quand l'amour n'est pas assuré de son objet. Mais la jeune femme le cantonne au rôle croquignolet de page. Il est toutefois certain d'une chose, la princesse a changé : « Elle aime ». Et la suite ne fera que confirmer ce que le narrateur a laissé entendre : son « premier amour » entretient une liaison avec son père.
L’épilogue nous apprend que le père (qui a dû, lui, vivre là son dernier amour) mourra quelques années plus tard, de même que Zinaïda et que la mort donc réunira les amants. Le narrateur précise qu’il n'a éprouvé aucun ressentiment à l’égard de son père (« au contraire ma considération pour lui s’était encore accrue ») comme si l’amour filial avait été plus fort, comme si, au fond, le jeune homme avait été heureux de partager enfin une chose avec son père, et pas la moindre : la plus belle et intense qu'on est en droit d'attendre de notre courte et pauvre existence.
« A présent que les ombres du soir commencent à envelopper ma vie, que me reste-t-il de plus frais et de plus cher que le souvenir de cet orage matinal, printanier et fugace ? »

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Un peu de délicatesse dans cette littérature de brutes

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 19 décembre 2018

Qu’il est doux de revenir vers des auteurs qu’on pourrait qualifier de classiques, à tout le moins d’anciens, puisqu’ici c’est seconde moitié du XIXème siècle qu’Ivan Tourgueniev écrivit « Premier amour ».
Que nous sommes loin des trépidations et des excès d’un « toujours plus » actuel. Il est donc possible de disséquer un sentiment aussi doux qu’il peut être violent, l’amour, sans convoquer tous les démons et malversations de la Terre. Oui, on peut parler de l’amour, le disséquer ici, en examinant l’objet sous toutes ses facettes rutilantes, avec délicatesse, du bout des yeux et pourtant avec une intensité psychologique certaine. C’est qu’en plus c’est d’un « Premier amour » dont il est question ici, vous savez ce fameux premier amour que jamais on n’oublie et qui, dans ce cas précis, reste d’une platonicité avérée.
Vladimir Petrovitch a seize ans et il a quitté Moscou pendant l’été pour une villégiature à la campagne. Il doit étudier, vit de manière plutôt solitaire, protégé par sa mère, négligé par son père.
Mais la demeure d’à côté voit arriver, pour les mêmes villégiatures, une femme qui se donne beaucoup d’importance mais qui surtout se caractérise par une vulgarité extrême. Elle n’est pas seule. Elle est accompagnée de sa fille, Zinaïda Zassekine, un peu plus âgée que Vladimir mais surtout beaucoup plus « mûre ».

« Sa beauté et sa vivacité constituaient un curieux mélange de malice et d'insouciance, d'artifice et d'ingénuité, de calme et d'agitation. Le moindre de ses gestes, ses paroles les plus insignifiantes dispensaient une grâce charmante et douce, alliée à une force originale et enjouée. Son visage changeant trahissait presque en même temps l'ironie, la gravité et la passion. Les sentiments les plus divers, aussi rapides et légers que l'ombre des nuages par un jour de soleil et de vent, passaient sans cesse dans ses yeux et sur ces lèvres. »

Bing, Vladimir va tomber raide dingue amoureux. Pas de chance, la belle Zinaïda ne joue pas dans la même catégorie et s’avère une manipulatrice des plus perverses.
C’est tout ceci que va calmement, avec des mots choisis et une délicatesse d’orfèvre, nous conter Ivan Tourgueniev dans « Premier amour ». Et c’est rafraîchissant de constater qu’on peut en parler de cette façon. Ou du moins qu’on savait le faire …

Le journal d'une garce de trop

9 étoiles

Critique de ALF (Ondres (40), Inscrit le 13 mars 2004, 39 ans) - 13 août 2008

Lorsqu'il aperçoit pour la première fois la jeune et belle princesse Zinaïda, Vladimir Petrovich Voldemar (qui, traumatisé par ce livre, deviendra plus tard l'affreux-méchant d'une célèbre saga pour ados) s'épanche sur plusieurs dizaines de pages afin de nous décrire sans rien omettre ce que n'importe quel autre boutonneux aurait pu expédier en parlant de "coup de foudre".

Agé d'à peine seize ans, il rentre alors de plain-pied dans les jeux cruels et pervers de la sublime jeune femme qui, manipulatrice jusqu'au bout des ongles, s'est entourée de garçons de bonnes familles auprès desquels elle tente d'oublier qu'elle et sa mère sont fauchées comme les blés.

Pour faire plus court que Tourgueniev dont j'apprécie malgré tout la plume, cette peste de Zinaïda rappelle -la beauté en plus- une autre tête à claques, en l'occurrence la fameuse Nellie Oleson dans La Petite Maison Dans La Prairie.

La méchante de l'histoire? Oui et non, puisque la gamine va finir par trouver son maître, un homme calculateur et violent dont je vous laisse découvrir l'identité.

En partie autobiographique, ce court roman nous permet également d'apprendre que le père de Tourgueniev (zut, vous savez désormais qui est le méchant) épousa la mère de l'écrivain parce que celle-ci était immensément riche, possédant notamment plusieurs villages et des milliers de serfs...)...

Merveilleux...

9 étoiles

Critique de Rebelle (Paris, Inscrite le 9 janvier 2005, 25 ans) - 14 mars 2006

Ce livre est tout simplement l'un des meilleurs que j'ai lu.

J'ai découvert Tourgeniev à 9 ans (il y a environ 1an)avec "premier amour" et depuis je l'ai relu avec plaisir .

Grâce à CL ,j'ai découvert que Tourgeniev avait écrit d'autres livres et je me hâte de les lire!

Quand au contenu du livre, je pense que Kinbote a tout dit.
Personnellement,"Premier amour" m'a ouvert de nouveaux horizons en matière de littérature.

Rebelle- - 11ans- 14 mars 2006

Superbe !

9 étoiles

Critique de Norway (Entre le Rhin, la Méditerranée et les Alpes !, Inscrite le 7 septembre 2004, 44 ans) - 29 octobre 2005

Je l'ai lu et j'ai beaucoup aimé. A lire absolument.

Si triste...

9 étoiles

Critique de Manon (Paris, Inscrite le 31 juillet 2005, 31 ans) - 28 octobre 2005

Je partage l'opinion des autres critiqueurs... Premier amour est un chef d'oeuvre de poésie et de mélancolie que l'on savoure avec délectation. Mais j'aurai plutôt tendance à dire qu'il s'agit d'une douceur amère car Tourgeniev a écrit un conte cruel aux résonances tragiques. Quant à l'écriture fine, délicieuse elle me fait parfois penser à celle de Marina Tsvetaeva.
Superbe !

un romain qui se lit comme on déguste une douceur!

7 étoiles

Critique de Bibou379 (, Inscrite le 26 mai 2005, 35 ans) - 28 octobre 2005

Le rythme est lent, l'histoire est plaisante.. on regarde le temps s’écouler avec délice! Amateurs d'action abstenez vous! L'histoire est cruelle finalement! Un mot: mélancolie!

Tragique... inévitable ?

8 étoiles

Critique de Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 47 ans) - 22 août 2005

L’idée qu’un premier amour marque par son intensité et souvent par les déceptions qu’il suscite n’est pas nouvelle. Au demeurant d’un classicisme absolu ce postulat est largement répandu en littérature, moins dans la vie où heureusement l’Amour n’est pas forcément le premier pour être le vrai.
La brillance de la langue de Tourgueniev est à elle seule une raison suffisante pour lire cette nouvelle de la fin du 19ème siècle.
On ne peut aussi qu’être sensible à la personne aimée, la princesse Zinaïda, dont la cruauté et la complexité changent des femmes aimées traditionnelles de l’époque. Notre héros, Tourgueniev lui-même, qui ne s’est jamais caché du caractère autobiographique de sa nouvelle, a à peine 16 ans et découvre l’Amour, dans toute sa force, dans tout le bien être et le mal être qu’il procure une minute après l’autre.
Incontestablement l’originalité de cette nouvelle se situe, notamment parce que nous sommes au 19ème, dans l’identité du rival.
Au-delà de cette intrigue, vite dénouée, la beauté de la langue et la force des sentiments du siècle place cette nouvelle dans le florilège des leçons d’amour que donne la littérature.

Que reste-t-il de nos amours ?

8 étoiles

Critique de THYSBE (, Inscrite le 10 avril 2004, 62 ans) - 19 mars 2005

C’est avec une grande sensibilité et justesse que Ivan Tourgueniev nous parle de son premier amour. Il retranscrit parfaitement ces premiers émois à l’état brut et avec force. L’éveil à la relation amoureuse qui le projette sans transition dans sa vie d’homme. On ressent toute cette sincérité du premier tourment amoureux et sa déconvenue.
Et de plus, ce premier amour est validé par son père, seule « harmonie » réalisée avec lui sa vie durant. Comment ne pas conserver en sa mémoire un pareil sentiment et lui faire hommage par cette nouvelle.
Cette histoire nous touche, car qui n’est pas insensible au souvenir de sa première histoire d’amour, qu’importe soit-elle ?

le romantisme est cruel

8 étoiles

Critique de Drclic (Paris, Inscrit le 13 mars 2004, 43 ans) - 13 avril 2004

Ce récit nous envoûte. Ambiance de bourgeoisie et de noblesse russe(serfs et paysans) . Amour d'adolescent, c'est-à-dire sans retenir, sans réfléchir, sans se protéger.

C'est aussi une histoire vraie : le jeune héros Vladimir n'est autre que Tourgueniev !

Bis...

9 étoiles

Critique de Folfaerie (, Inscrite le 4 novembre 2002, 51 ans) - 12 novembre 2003

Oui, oui, merci Kinbote de rappeler à notre bon souvenir ce merveilleux roman, empreint de nostalgie et de romantisme. Pour moi aussi il faut remonter à l'adolescence, et forcément mes souvenirs sont un peu flous mais Premier amour est cher à ma mémoire car ce fut mon premier roman russe... Le mot de bluette employé par Kinbote me chagrine un peu, alors je suis allée le repêcher dans ma bibliothèque et je compte bien le relire, histoire de vérifier si l'émotion est toujours intacte.

Belle histoire...

8 étoiles

Critique de Lolita (Bormes les mimosas, Inscrite le 11 décembre 2001, 34 ans) - 10 novembre 2003

je n'ai que peu de souvenirs de ce livre que j'ai lu vers 14 ans. Mais en tout cas il a été classé dans mes livres préférés et j'ai beaucoup apprécié le style de l'auteur qui m'était jusqu'alors inconnu. Peut-être un de ces jours me replongerai-je dans cette histoire qui m'avait beaucoup émue!

Les ombres du soir

8 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 64 ans) - 10 novembre 2003

« A présent que les ombres du soir commencent à envelopper ma vie, que me reste-t-il de plus frais et de plus cher que le souvenir de cet orage matinal, printanier et fugace ? » Cette phrase choisie par Kinbote pour conclure sa belle critique résume bien l'esprit de ce petit roman, fait de romantisme et de nostalgie. Souvenir fugace, oui, mais aussi orage. Sturm und drang... Le texte énumère quelques poncifs de l'époque, plagie presque Chateaubriand : solitude, mal du siècle, sentiment de la nature... Peut-être l'oeuvre vaut-elle surtout par ses côtés romanesques parfois naïfs, comme lorsque le jeune Vladimir, autour de minuit, traque l'amant de sa belle, enveloppé dans une cape noire. Le rival s'avance dans la nuit, Vladimir prépare son couteau, quand il sent ses cheveux se dresser sur sa tête : l'homme qu'il se prépare à poignarder, c'est son père... Ou lorsque le jeune homme se jette d'un mur haut de plus de quatre mètres pour impressionner Zinaïda et qu'il reste quelques instants inconscient... pas assez pour ne pas sentir sur ses lèvres les lèvres fraîches de la jeune femme, ne rouvrant les yeux qu'après avoir eu le temps de goûter un peu cet unique baiser accordé par la chance.

Merci à Kinbote

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 10 novembre 2003

Pour cette bonne critique de "Premier amour". J'ai lu ce livre vers mes 15 ou 16 ans et il m'avait fortement marqué. Je l'ai relu il y a environ une bonne quinzaine d'années et je l'ai toujours apprécié, mais la force de l'émotion ressentie n'était plus la même, ce qui me semble normal. J'apprécie beaucoup l'écriture de Tourgueniev, bien meilleure que celle de Dostoïevski bien sûr, mais la profondeur du second m'a bien vite fasciné davantage.

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