Tous les matins je me lève pour changer le monde
de Florence Montreynaud

critiqué par Veneziano, le 31 août 2014
(Paris - 42 ans)


La note:  étoiles
L'itinéraire d'une militante féministe
Florence Montreynaud, linguiste et historienne, puis journaliste, est devenue militante féministe, pour devenir une figure de proue de ce mouvement, par nature pluriel, comme elle le rappelle. Son engagement naît de la peur que lui créent les exigences de son père et du rabaissement qu'il procure, du fait de l'inaptitude présumée des femmes à la réussite.
Longtemps non engagée, le MLF et l'avocate Gisèle Halimi la convainquent à franchir le pas, au point d'être élue conseillère municipale dans son village de l'Oise et candidate aux législatives qui suivent, en 1977 et 1978. Elle crée les Chiennes de garde en septembre 1999, dont elle est la première Présidente, pour en reprendre les rênes par la suite.

Elle décrit assez longuement les violences symboliques faites aux femmes, les renoncements et l'auto-dénigrement de leur part, qui est subséquent de cette domination masculine, socio-culturelle, de nature anthropologique, comme l'a montré Françoise Héritier. Le féminisme, pour atteindre l'égalité, doit démontrer la similitude de capacités et de mérites des femmes, qui peuvent donc réussir sans leur seul physique et par leurs seules capacités intellectuelles.

Son objectif réside dans l'égalité des sexes, dans le respect mutuel. Du fait de sa formation initiale, elle s'attache au poids des mots et de l'image, puisqu'elle est linguiste devenue journaliste, alimentant l'envie d'écrire. C'est donc naturellement qu'elle se dirige vers le combat contre les injures sexistes et la publicité sexiste.
Auparavant, elle milite activement pour l'avortement, au sein du Planning familial, où elle fait, en quelque sorte, ses gammes de militantes. Elle admet des difficultés à entendre les hommes parler du sujet. S'il s'agit bien d'une affaire de femmes, comme le souligne, au passage, le titre du film de Claude Chabrol, il est nécessaire aux féministes de défendre leurs combats, notamment celui-là, qui est, en effet, l'une des premières libertés des femmes, puisqu'elle participe à la maîtrise de leur corps par elles-mêmes.
Je confesse une autre pointe dissonante au sujet du film Baise-moi, de Virginie Despentes, où elle se livre à la facilité de la violence jubilatoire, contraire à ses propres principes, rappelés dans ce même ouvrage. Page 157, elle peut écrire "La scène initiale du viol collectif accumule en moi un tel potentiel d'indignation qu'il explose dans un grand élan libérateur à chaque scène où les héroïnes tuent un macho. Etre draguée dans la rue par un mec lourd et lui répondre en lui tirant dessus ne me semble nullement excessif." Le viol est un crime très grave, mais la peine de mort est abolie, et faire justice soi-même est interdit. Evidemment, il s'agit d'une fiction, et l'auteure n'en appelle pas au meurtre des machos. Elle fait certes état d'une vengeance jubilatoire prenant cadre dans une oeuvre de fiction. Néanmoins, j'avoue ma gêne à lire ces lignes, car on ne peut pas souhaiter la mort de qui que ce soit. Je suis contre la violence, surtout disproportionnée : aussi une sanction pénale disproportionnée est-elle anticonstitutionnelle, en contrariant la Déclaration de 1789, pas au mieux dénommée au passage (... des droits de l'Homme et du citoyen).

L'essentiel de cet ouvrage est ailleurs, puisqu'il y est question de démontrer que les insultes sexistes contre les femmes publiques leur créent préjudice. Elle cite la série d'exemples de femmes soutenues dans de tels contextes, qui ont fait état de leur désarroi. Cela amène l'auteure à justifier la création des Chiennes de garde, dont elle rappelle l'action.

L'objectif est d'enrayer la crise d'illégitimité dont les femmes publiques, soit celles dans la sphère publique, la politique, les médias, font l'objet. La considération du physique, le rejet intuitif du mérite des femmes, chez qui seule l'image compte encore, bien malheureusement.
Et les clichés reviennent vite, et ont donc la vie dure. Aussi est-il facile de se laisser aller à une facilité intellectuelle, par une certaine paresse, consistant à revenir sur des poncifs inégalitaires, avec les conséquences culturelles et socio-professionnelles qui s'ensuivent.
C'est ce que montre très bien Florence Montreynaud quand elle énumère les propos sexistes contre lesquels elle s'est battue, ce qui vaut la vigilance régulière des Chiennes de garde qui combattent également la publicité sexiste. En effet, l'image de la femme est encore utilisée comme une fin en soi, un catalyseur à fantasmes, souvent destiné à faire vendre.

Le respect mutuel en vue de l'égalité des sexes est le principe fondateur de ce livre. Pour cela, il est un livre important.