Moi aussi, j'ai eu une petite amie bisexuelle
de Guillermo Martínez

critiqué par Pucksimberg, le 8 juillet 2014
(Toulon - 44 ans)


La note:  étoiles
Relation torride entre un enseignant et son étudiante
Le narrateur, écrivain argentin, est invité dans une université américaine afin d'assurer les cours de littérature espagnole durant un semestre. Après avoir fait rapidement connaissance avec ses collègues et après avoir visité son appartement, il fera une rencontre déterminante : Jenny, une de ses étudiantes. Une histoire d'amour, plutôt une histoire sexuelle, naît rapidement entre les individus que tout oppose.

En lisant le titre, l'on pourrait penser lire une comédie légère qui pourrait se bouquiner tranquillement sur la plage, mais l'histoire n'est pas aussi légère que ce que l'on aurait pu imaginer. Guillermo Martinez a choisi un ancrage aux Etats-Unis, en 2001, année du tristement célèbre 11 septembre. En toile de fond, l'on perçoit les répercussions de certains épisodes historiques sur les personnages. Le système universitaire américain est aussi décrit, rapidement, car ce n'est pas l'essentiel, mais le lecteur peut se faire une idée de cet univers et du public qui le fréquente. C'est cette relation amoureuse qui est au centre même du roman avec toute cette part d'interdit qui éloigne et rapproche les deux personnages. Après avoir fait serment, comment peut-il justifier son amour pour son élève ? La bisexualité de cette jeune fille est-elle un frein à leur histoire ?

Guillermo Martinez ne propose en rien une étude sociologique, un mélo ridicule, c'est un roman sur les sens, le désir, la sexualité. Les réflexions les plus abouties sont celles sur la littérature, aucunement celles sur le couple car l'auteur n'adopte pas un ton moralisateur.

Ce n'est pas un roman à mettre entre toutes les mains évidemment. Il est juste, sensuel et prenant.
un récit torride et parfaitement maîtrisé. 9 étoiles

Moi aussi, j'ai eu une petite amie bisexuelle de Guillermo Martínez, 220 pages chez Nil.

Titre original : Yo también tuve una novia bisexual

Bien d’accord avec un précédent lecteur qui y voit une « relation torride entre un professeur et son élève », en même temps qu’une analyse du désir et de ses différentes formes.

Il était aussi important pour moi, après la lecture de « la mort lente de Luciana B. » de relever le conflit qui oppose Rachel et son collègue Mac Lean, à propos de la « discrimination positive ». On est dans une université de Georgie, dans le Sud profond où la ville de RedGround est toujours marquée par l’idéologie de la discrimination raciale.

Y demeure encore une atmosphère conservatrice en tous domaines, tant pour la sexualité que dans l’apprentissage des langues : comment comprendre le faible intérêt pour la littérature espagnole dans cette université où affluent des Mexicains et des Noirs ?

Enfin la droite conservatrice prend tous les moyens, à l’occasion du 11 septembre, pour contrôler les individus et surveiller les opinions. A cet égard la CIA, comme Mac Neal, sont des virtuoses de l’espionnage et de la manipulation.

On comprend que cet aspect séduise Guillermo Martinez dont j’admire la construction du récit, méticuleuse comme une horlogerie. Par ailleurs la sensualité très prenante du roman m’a éloigné des considérations littéraires sur le « New criticisme qui m’aurait intéressé dans un autre contexte.

Au final, un roman très chaud, d’une construction exemplaire, favorable à la libération des individus face à toutes les oppressions nationales et locales.

Rotko - Avrillé - 50 ans - 21 juillet 2014