L'homme qui avait soif
de Hubert Mingarelli

critiqué par Tistou, le 1 juillet 2014
( - 60 ans)


La note:  étoiles
Dramaturgie « mingarellienne »
Hubert Mingarelli ne déroge pas à ses fondamentaux : hommes, relation père-fils, unité de temps …
« L’homme qui avait soif » est une nouvelle fois une affaire d’hommes. De Japonais plus précisément, D’un soldat vaincu, Hisao, qui s’en retourne chez lui, retrouver une femme qu’il ne connait que par courrier (de guerre). De son compagnon de guerre, Takeshi, laissé mort au combat. Mais d’autres hommes aussi, soldats américains, vieux japonais rencontrés lors de son retour vers Shigeko, la femme qu’il ne connait pas encore.
Relation père-fils ; pas formellement puisque Hisao et Takeshi sont frères d’armes. Néanmoins la relation entre les deux hommes a tout de celle père (Hisao) – fils (Takeshi) dans sa réalité.
Unité de temps : l’action proprement dite s’écoule sur très peu de temps ; de l’ordre de un jour et demi/deux jours, le laps de temps pendant lequel Hisao s’est élancé en direction de Shigeko pour la retrouver, un voyage théoriquement simple (train puis ferry), mais compliqué du fait qu’Hisao, pas sorti indemne psychiquement de l’épisode défaite et mort de Takeshi, va quasiment sciemment ne pas regagner le train duquel il était descendu pour trouver de l’eau et le regarder partir, se compliquant ainsi singulièrement la vie.
C’est la quête de sa valise restée dans le train et du cadeau provisionné pour Shigeko dans un Japon dévasté par la défaite qui va constituer la chair de ce roman (encore un grand classique mingarellien ; la quête !), agrémenté toutefois du retour en arrière sur l’épisode final de la défaite personnelle d’Hisao, emmuré dans un tunnel creusé sous une montagne avec le cadavre de Takeshi pour seule compagnie.
C’est évidemment extrêmement introspectif, détaillé au possible au niveau des ressorts psychologiques par cet entomologiste de l’âme humaine qu’est Hubert Mingarelli. De l’âme de l’homme, pardon. Et même plutôt de l’âme de l’homme soldat, re-pardon !
Encore un bien beau Mingarelli, dans la veine de « Quatre soldats » pour le contexte et l’inspiration …
« Hisao, revenu sur le banc, fixa pendant un long moment le dos du soldat qui s’était retourné et observait le sillage éclairé par la lumière de poupe. Puis il saisit la valise à côté de lui et la posa sur ses jambes. Son regard la traversa, et en songe il vit le cadeau pour Shigeko, emballé dans le papier rouge et protégé par son caleçon en laine. Il mit les mains dans les poches de sa veste pour se réchauffer. Il sentit sous ses doigts la dernière lettre de Shigeko Katagiri, et sous la lettre, l’une des feuilles d’orme qu’il avait gardée, après qu’elles soient tombées comme pluie sur la route … »
Voyage intérieur 8 étoiles

J'évite habituellement les livres très courts. J'ai l'impression qu'il n'y a pas assez d'espace pour installer un cadre et apporter de la profondeur. Et pourtant ce récit du voyage d'Hisao, un homme simple abîmé par la guerre, recèle une grande force. Celle des tragédies humaines, des âmes perdues. A la limite de la folie et avec ses faibles moyens, Hisao essaie d'avancer, de reprendre sa vie en main. Il tente de rejoindre la femme qu'il doit épouser.

J'ai aimé la construction du récit, qui révèle progressivement ce qui a mené Hisao dans cette situation absurde, celle de laisser partir son train pour ne pas perdre une goutte de la rosée récupérée dans ses mains. J'ai également aimé cette ambiance d'après-guerre où les destins se heurtent sans s'épouser. Le style est épuré et dur. Un livre poignant.

Elko - Niort - 40 ans - 13 janvier 2017


Un très bon moment 9 étoiles

J'ai été enchantée de retrouver le style d'Hubert Mingarelli que j'avais beaucoup apprécié dans "Un repas en hiver".
Dans le premier on abordait la réaction de certaines personnes en cas de guerre, Ici aussi on découvre les séquelles d'Hisao mais après guerre.
Même si les situations et les cultures sont totalement différentes, on arrive vraiment à comprendre le sentiment des protagonistes ; c'est écrit à chaque fois d'une manière très pudique mais qui reconstitue très bien l'ensemble des scènes, que ce soit celles d'Hisao essayant de retrouver sa valise ou les périodes où il se souvient.
C'est vrai que, comme le dit Oscarwy le livre n'est pas très long, mais je pense que ce n'était pas dans l'intérêt de l'histoire de broder pour faire des pages et pour moi les chapitres courts donnent une certaine dynamique à ce roman.

LesieG - CANTARON - 50 ans - 7 janvier 2017


LA MONTAGNE QUI ACCOUCHE D'UNE SOURIS 5 étoiles

Ce roman m'a très peu emballé, d'ailleurs il s agirait presque d'une novella, car 154 pages en gros caractères avec beaucoup de blanc , cela fait bien peu!
Le sujet est lui aussi très mince , entre l'enfermement dans la montagne du protagoniste ( Hisao) où il perd son ami, et son voyage erratique à la poursuite du train dans lequel il a égaré sa valise à cause d'une crise de potomanie qui l'a obligé à s'absenter un instant ( peu réaliste)
la quête de cette valise qu'il finira par retrouver est assez vaine , d'ailleurs in fine il ne l'ouvre même pas, pour savoir si le fameux oeuf de jade se trouve encore à l intérieur! (hilarant ! )
Donc au final un récit sans intensité , un style simple sans fioriture assez dépouillé ,un roman très peu japonais en somme , ce qui peut surprendre le lecteur non averti , mis à part les noms des personnages et des villes ( qui eux sont japonais !) et la référence à la bataille sur la petite ile de Peleliu entre les forces américaines et les soldats japonnais
tout cela me donne surtout envie de lire un vrai roman Japonais , peut être Kenzaburo OE, ou Philippe Forest "retour à Tokio" ou encore Thomas B Reverdy ' les évaporés"

OSCARWY - - 60 ans - 12 mai 2015