Qu'attendent les singes
de Yasmina Khadra

critiqué par CHALOT, le 20 juin 2014
( - 71 ans)


La note:  étoiles
un roman policier politique passionnant
« Qu’attendent les singes »
Roman de Yasmina Khadra
Editions Julliard
Mars 2014
355 pages
Gangrène et espoir

L’Algérie d’aujourd’hui n’est plus celle de la terreur des années d’affrontements entre une république peu ou pas démocratique et les islamistes ivres de sang. La page est tournée, définitivement ou provisoirement, ce que nous décrit l’auteur ici c’est une Algérie gangrénée par un pouvoir corrompu où des hommes et des femmes cherchent, les uns à profiter du système en place et d’autres à sortir le pays de sa situation ne non droit.
C’est une histoire politico-policière que nous conte l’auteur avec le talent qu’on lui connaît.
Comme beaucoup de bons policiers le livre s’ouvre sur un crime. Celui-ci est odieux.
La victime est une toute jeune femme dont le corps est retrouvé dans un bois près d’Alger.
Une femme, commissaire de police est chargée de l’affaire… Elle est prête et décidée à aller jusqu’au bout, malgré les peaux de bananes semés sur son chemin, les menaces et les pressions de sa hiérarchie qui veut étouffer une affaire qui pourrait plus qu’éclabousser un haut dignitaire du régime.
Qui a tué cette jeune fille qui semble n’être qu’une personne « ordinaire » ?
Des personnages de « second rang » sont assassinés, pendant que d’autres, l’un, donneur d’ordre, craint et puissant, l’autre corrompu et corrupteur agissent dans l’ombre pour « nettoyer » la place et empêcher coûte que coûte la commissaire de résoudre l’énigme.
Tout est noir, très noir et le bien semble destiné à être terrassé.
Le peuple algérien est-il abattu, voué à être éternellement victime de requins qui ont détourné radicalement la révolution à leur profit ?
« On a confisqué ses valeurs, chosifié ses mythes, clochardisé ses artistes et on a étouffé dans l’œuf ses idoles et ses champions, pourtant il continue de croire dans chaque étoile qui brille dans le ciel, dans chaque matin qui se lève sur des déjà-vu, rêveur parce qu’il garde la voix, longanime parce que immortel… »
Le suspense dans ce roman est présent et le lecteur, dès le début s’interroge. Ce dernier pense avoir trouvé la solution mais il doit attendre la fin pour découvrir la vérité même si la malfaisance de beaucoup d’acteurs est très vite dévoilée.
Je ne regrette pas de ne pas avoir attendu la sortie de ce roman en livre de poche …

Jean-François Chalot
Qu'attendons-nous tous pour faire vibrer notre humanité ? 8 étoiles

C’est à travers une intrigue policière que Yasmina Khadra nous parle de l’Algérie, de la corruption qui y règne et la gangrène.
C’est noir, désespérant et cela commence fort, très fort : « Merveilleusement maquillée, les cheveux constellés de paillettes, les mains rougies au henné avec des motifs berbères jusqu’aux poignets, on dirait que le drame l’a cueillie au beau milieu d’une noce.
Dans ce décor de rêve, tandis que le monde s’éveille à ses propres paradoxes, la Belle au bois dormant a rompu avec les contes.
Elle est là, et c’est tout.
Fascinante et effroyable à la fois.
Telle une offrande sacrificielle… »
L’intrigue m’a tenue en haleine et l’analyse politique sous-jacente m’a stupéfiée.
Yamina Khadra garde quand même espoir et termine ce roman sur une note relativement positive quoique toujours violente.

A lire en multipliant les pauses pour ne pas succomber à la noirceur

Bafie - - 57 ans - 20 juin 2018


Tous pourris 8 étoiles

C'est une vision noire et déprimante de l'Algérie que nous donne Yasmina Khadra. C'est froid, dur, il n'y a pas une étincelle d'espoir. J'ai vraiment l'impression que l'auteur a voulu crier sa rage et sa déception de cette Algérie qui n'arrive pas à se sortir de la corruption.
C'est un beau livre, comme toujours avec Khadra l'écriture est recherchée, l'enquête n'est qu'un prétexte pour nous présenter la vision de l'auteur, il n'y a pas de héros dans ce livre, juste des personnages méchants, tristes, déprimants, délirants, drogués, alcooliques, violents, pervers, .......
On ne sort pas indemne de cette lecture.

Pierraf - Lyon - 61 ans - 13 décembre 2015


Bien et moins bien 6 étoiles

Les critiques précédentes ont bien résumé l'intrigue et il n'est pas nécessaire d'y revenir. Celle-ci se déroule avec en fond de tableau une description sévère de l'état de l'Algérie et de son gouvernement. Et je ne peux m'empêcher de ressentir un certain malaise en lisant tout cela. Si le style de Khadra, à à part quelques facilités en début de roman, est finalement assez sobre et efficace (quelques scènes sont décrites avec un grand réalisme), le récit est très chargé de cadavres, de mutilations et de descriptions peu ragoûtantes. Pour moi, l'auteur en fait trop et nuit ainsi à la force potentielle de l'histoire. Avec ces réserves et à condition de survivre à l'accumulation des faits et des discours, le livre se lit assez facilement.

Falgo - Lauris - 79 ans - 8 décembre 2015


Coup de gueule déprimant 7 étoiles

Ce livre respire le désespoir. Dès le début, le ton est donné : « (il y a ceux qui tirent) vers le bas toute main qui se tend vers eux. En Algérie, on appelle cette dernière catégorie : les Béni Kelboun. Génétiquement néfastes, les Béni Kelboun disposent de leur propre trinité : ils mentent par nature, trichent par principe et nuisent par vocation. Ceci est leur histoire. » Ici, Yasmina Khadra dénonce les magouilles des « décideurs de l’ombre », appelés rboba, qui font et défont les fortunes et les déchéances, sans jamais être exposés, qui corrompent le système. Yasmina Khadra décline tous les adjectifs négatifs pour décrire une Algérie noire et sale, dévoyée et déprimante. La seule note positive à émerger se trouve à la dernière page. Il était temps, mais un peu tard tout de même.
Une jeune femme a été assassinée sauvagement. Cette affaire va ébranler le système corrompu et criminel bien établi d'un tyran, engendrant des hécatombes en cascades. Les policiers tentent de faire prévaloir la justice, malgré tous les bâtons lancés dans leurs roues.
Ce roman est des plus déprimants, à croire que l’auteur était en dépression lors de l’écriture. Le lecteur est tenté de penser qu’il règle ses comptes avec les Algériens. Toutefois, la langue est toujours aussi belle sous la plume de Yasmina Khadra.

Pascale Ew. - - 52 ans - 15 octobre 2014


khadra en colère? 10 étoiles

Le résumé est déjà fait, et bien fait.
J'ai l'impression que khadra était en colère quand il a écrit ce livre. Ce n'est pas le même style et ce ne sont pas les mêmes mots. Et ça lui va bien ce langage cru, la vitesse de l'histoire, ce coup de gueule contre la corruption, l'injustice et les complicités en Algérie.
Est-ce à travers d'un policier qu'il vide son sac? En tout cas, j'apprécie son "nouveau" style.

Joanna80 - Amiens - 63 ans - 17 septembre 2014