La rage de vivre
de Mezz Mezzrow

critiqué par Jimmienoone, le 15 août 2014
( - 79 ans)


La note:  étoiles
magnifique
Formidable livre, que j'ai découvert à 20 ans ( j'en ai 75 ! ) et que je ne me lasse pas de relire; c'est presque ma bible !...
Il faut dire que je suis musicien ( clarinettiste comme Mezz Mezzrow ) mais en amateur. La manière, et l'humour dévastateur avec lesquels Mezzrow raconte la naissance du jazz dans les années 20 , à New York et à Chicago, le côté poignant de certains passages : les lèvres de Louis , les jeunes chicagoans s’apprêtant à quitter Chicago pour tenter leur chance à New York, et recevant le" sermon" chanté de Doc Poston , le saxophoniste de l'orchestre de Jimmie Noone, le jive , cet idiome parlé par les musiciens noirs " à la coule " etc... tout cela m'a vraiment bouleversé , me faisant passer du rire aux larmes tant ce bouquin transpire d'humanité. La traduction française est superbe, et la préface d'Henry Miller devrait inciter tout le monde, amateurs de jazz ou non, à lire ce livre.....
Le jazzman blanc qui aurait voulu être noir... 8 étoiles

"Really the blues" (titre original) est l'autobiographie, parue en 1946, de Milton "Mezz" Mezzrow, clarinettiste et saxophoniste de jazz, qui aura côtoyé les plus grands musiciens de jazz de son époque et collaboré notamment avec Sidney Bechet et Louis Armstrong qui fut son ami, pour ne citer qu'eux.

Il s'agit effectivement d'un livre formidable qui nous relate le parcours cabossé (prison, drogue...) d'un artiste humainement attachant, droit, passionné et sans concessions qui, au mépris de l'argent et de la gloire, n'aura vécu que pour cette musique qu'il revendiquait comme le seul jazz véritable: celui des Noirs, le jazz New-Orléans.
Que l'on se place d'un point de vue historique, technique, sociologique, ce récit est une mine en ce qu'il nous immerge de manière extrêmement vivante et pointue dans le monde du jazz des années 20 aux années 40: toutes les figures connues ou moins connues y défilent...
Il est également un témoignage très intéressant sur l'Amérique raciste de ces années là, années de la prohibition et du grand banditisme (notre homme travaillera d'ailleurs un moment pour Al Capone).
Mais tout autant, ce livre est une profession de foi anti-raciste, un vibrant et magnifique hommage rendu à la mentalité de ces noirs américains, à leur philosophie, leur amour de la vie, dont cette musique était l'expression, car si Mezzrow était né juif américain blanc, la famille qu'il s'était choisie était cette communauté de musiciens noirs, cet "honnête, sain, solide, joyeux et trépidant monde du jazz où les émotions sont propres et droites et s'expriment d'une manière directe et chaleureuse" un monde que caractérisait une "camaraderie musicale, une entraide, une fraternité, une mutualité" bien loin de l'individualisme et du mercantilisme blancs.

Mais ce récit ne serait pas ce qu'il est sans le talent de Bernard Wolfe, journaliste américain spécialiste de jazz,qui en a été l'instigateur et a su merveilleusement capter l'oralité de la langue de Mezzrow, d'une grande richesse argotique, en restituer toute l'authenticité, la saveur, la gouaille et la vitalité: un vrai feu d'artifice! Saluons également les traducteurs qui ont dû souffrir autant que se réjouir en découvrant cette prose!

Si je n'ai pas attribué les 5 étoiles comme Jimmie Noone (à noter que le célèbre clarinettiste de ce nom est évoqué dans un passage marquant où le compositeur Ravel découvre son talent avec stupéfaction) cela est dû au fait que certaines énumérations de noms inconnus de moi, certains détails techniques peu accessibles à mon inculture jazzistique ont parfois entravé mon plaisir. Mais je vous rassure, ce n'est qu'un tout petit bémol. N'allez pas penser une minute que ce livre ne s'adresse qu'aux amateurs avertis! Surtout pas, même si ces derniers seront encore plus en mesure de le savourer dans tous ses aspects...

Myrco - village de l'Orne - 68 ans - 1 novembre 2014