La guerre de Cent Ans vue par ceux qui l'ont vécue
de Michel Mollat du Jourdin

critiqué par Fanou03, le 14 mai 2014
(* - 48 ans)


La note:  étoiles
une passionnante synthèse sur la Guerre de Cent ans
Michel Mollat du Jourdin tente ici d’analyser le déroulement du long conflit franco-anglais à travers une perspective humaine et sociale, en essayant de donner un peu de "chair" aux événements constitutifs de cette guerre.

Le livre rebutera sans doute les lecteurs n’ayant pas déjà une bonne connaissance de cette période. En effet, bien que la taille modeste de l’ouvrage (182 pages) et la plume du médiéviste, fort plaisante à lire, lui donnent un côté plutôt avenant, ces éléments s’avèrent trompeurs. L’ouvrage se révèle en réalité assez ardu, très riche en détails, avec de nombreuses références aux sources d’époque. En outre l’auteur utilise des raccourcis historiques parfois décontenançants pour qui n’est pas familier du sujet.

Les sources disponibles, les témoins et les témoignages sont mis à l’honneur dans un très intéressant chapitre introductif que je trouve être un modèle du genre. Si la première partie du livre quant à elle (« Comment les chroniqueurs ont vu la guerre ») n’échappe pas de fait à un récit chronologique assez traditionnel, la deuxième partie (« Comment les contemporains ont vu la guerre ») présente par contre de façon thématique les conséquences du conflit sur les différentes classes sociales de l’époque.

L’étude historique de Michel Mollat du Jourdin est extrêmement consistante, abordant des aspects variés de la guerre, aussi bien par exemple la façon dont le conflit a été vu du côté anglais que son impact sur le monde paysan ou les efforts diplomatiques de la Papauté en faveur de la paix.

Je ne suis pas sûr malgré tout que l’historien réalise vraiment son ambition initiale (qui d’ailleurs n’est pas vraiment formalisée, hormis à travers le titre de l’ouvrage) et apporte des éléments nouveaux, en comparaison des « grosses » monographies de référence. Quoi qu’en dise l’auteur, l’écueil est peut-être qu’en matière d’histoire sociale de ce temps-là, les sources écrites, dominées par les grandes chroniques (pas forcément très adaptées à cette démarche) ne sont ni très nombreuses ni très diversifiées dans les informations qu’elles délivrent.

Cet essai très bien écrit est donc avant tout une passionnante synthèse sur la Guerre de Cent ans. L’ouvrage possède un mérite supplémentaire : il nous rappelle aussi que, au-delà des des princes et des rois, les différents éléments du peuple ont été également des acteurs importants de l'histoire médiévale.