La Mort blanche - Chronique de la der des ders de Robbie Morrison (Scénario), Charlie Adlard (Dessin)

La Mort blanche - Chronique de la der des ders de Robbie Morrison (Scénario), Charlie Adlard (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Aventures, policiers et thrillers , Bande dessinée => Légende, contes et histoire

Critiqué par JulesRomans, le 11 mai 2014 (Nantes, Inscrit le 29 juillet 2012, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 004ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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La mort blanche, ça vous les gèle !

"La mort blanche" est une BD qui avait connu une sortie assez confidentielle en 1999 chez les Cartoonistes Dangereux. Si dans sa version originale "White death" en anglais, elle n’avait pas raté le 80e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, elle était arrivée en France une année plus tard que le 11 novembre 1998.

Signalée comme une des meilleures BD de fiction en langue anglaise, parues sur le thème de la Grande Guerre, elle avait un lieu d’action original peu traité dans la bande dessinée parue en album, à savoir le front italien où les armées du royaume font face aux Autrichiens.

Le récit ouvre sur la tête d’un homme que les effets de la tempête de neige font percevoir comme une tête de mort. Le soldat Pietro Aquasanta, quelques instants plus tard, tue un homme de son village. En effet avant de servir pour Rome, en tant que sujet autrichien il a été mobilisé à la déclaration de guerre. Fait prisonnier dans les premières semaines où l’Italie est entrée en guerre (le 23 mai 1915), il utilise les compétences dont il a connaissance de par son père (secouriste de montagne dans le Trentin) pour déclencher des avalanches, grâce à l’envoi d’un obus bien placé, sur les troupes ennemies. Six mois plus tard, alors qu’il est dans une tranchée remplie de morts et de blessés, il retrouve un autre gars de son village.

La mésentente entre Pietro Aquasanta et un sergent-major devenu officier à titre provisoire au début du récit, est un des ressorts de l’intrigue. L’on connaissait les arditi, équivalent des "corps francs" allemands ou des "compagnies d’élite de régiment" françaises (sur ces dernières, voir la BD "Les Godillots, 2 L’oreille coupée"), les alpini et les bersaglieri (au chapeau si caractéristique) corps d'élite de chasseurs à pied où certains étaient dotés de vélo. On ignorait que certains succès militaires italiens étaient dus à une connaissance de la montagne qui se traduisait par le déclenchement de l’éboulement de grandes quantités de neige sur l’ennemi.

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Excellent ouvrage ! Instructif sur le fond et d'une grande qualité artistique !

10 étoiles

Critique de Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 63 ans) - 30 mai 2014

Nous autres Français, nous avons toujours l’impression, quand nous parlons de la guerre de 14-18, qu’il s’agit d’une guerre avec essentiellement des soldats français, sur une terre de France et que les Français ont fini par gagner seuls de main de maître ! Les célébrations de ce triste évènement sont là pour nous rappeler que le conflit fut mondial, qu’il a touché de nombreux pays, que les victimes qui se comptent par millions ne furent pas seulement françaises… Au moins, si cet anniversaire peut servir à cela, il aura été utile de le célébrer. Non ?

La bande dessinée n’est pas la dernière à participer à cet évènement livresque et elle n’a pas attendu 2014 ! Par exemple, La mort blanche de Morrison et Adlard est sortie en mars 1998, trop tard pour être intégrée en langue française dans les célébrations des 80 ans de la fin de la première guerre mondiale. C’est un ouvrage réalisé par un scénariste écossais et un dessinateur anglais. Comme chacun sait ce n’est pas sur le territoire insulaire britannique qu’eut lieu ce conflit. Ils étaient donc libres de choisir l’épisode qu’ils allaient raconter : ils ont choisi le conflit entre Italie et Autriche-Hongrie, en altitude et sous la neige, dans les montagnes du Trentino.

Il s’agit d’une région autonome, appartenant encore à l’Autriche à la date de ces combats, qui est limitrophe de la Suisse, de l’Italie et de l’Autriche. En 1919, elle sera rattachée à l’Italie qui tentera d’y imposer sans succès la langue italienne. Là, dans une région essentiellement marquée par de grandes parois verticales, des champs de neige et des failles et crevasses cachées par la glace, les soldats d’Autriche et d’Italie vont se faire une guerre atroce et cruelle, avec, là aussi, des tranchées mais gelées, balayées par le vent froid et, parfois, ensevelies par les avalanches de neiges… La mort blanche !

C’est d’autant plus cruel que ces avalanches peuvent être produites par des tirs ennemis, une sorte de dommage collatéral, ou par des actions délibérées des soldats qui provoquent ces avalanches comme aujourd’hui on le fait pour sécuriser les pistes de ski.

On va donc suivre le soldat Pietro, un homme qui a vécu sa jeunesse dans cette région, un homme d’ailleurs coincé entre deux cultures, autrichienne et italienne, qui porte les couleurs italiennes dans cette bataille de 1916.

Je ne vais pas vous en dire plus sur l’histoire elle-même et sur les rebondissements, sur l’issue pour ces hommes perdus dans leur guerre. Je voudrais juste m’arrêter quelques instants sur la qualité graphique et narrative de cet album qui est réellement exceptionnel !

Le dessin de Charlie Adlard n’a rien à voir avec ceux des comics classiques dont il vient. Il s’est fait connaitre avec X-Files, puis, après La mort blanche, il est devenu le dessinateur hyper médiatisé de Walking Dead. Là dans cet album unique, il dessine en profondeur, en vérité, en humanité devrions-nous dire. Le dessin en noir et blanc – les puristes trouveront peut-être un autre qualificatif pour ce dessin exceptionnel – est d’une puissance étonnante assurant à l’ensemble une efficacité effroyable. C’est un dessin de guerre, une guerre où la nature et l’ennemi se disputent pour être les plus cruels. Le lecteur, bouleversé, se recroqueville, se blottit, met un pull supplémentaire, et tente de survivre, lui-aussi, à ces combats meurtriers. Bouleversant !

Comment ne pas dire un mot ou deux de ce scénario très bien construit de Morrison ? Une histoire de guerre, de nature, d’hommes et même de femmes d’une certaine manière, une bataille dont on ne parle jamais qui se déroule devant vous, les lecteurs, avec un mécanisme diabolique, avec une cruauté hors normes, avec une violence inhabituelle. Je n’ai aucune compétence et connaissance de la première guerre mondiale dans cette région et donc je ne me porte pas garant de la qualité historique cet album. Par contre, au niveau scénario, pour des bandes dessinées de guerres, je n’avais pas lu un ouvrage de cette intensité depuis bien longtemps…

Cet album a donc été réédité à l’occasion de l’anniversaire du début de la première guerre mondiale et je suis très heureux d’avoir pu le lire et maintenant, je l’espère, de vous avoir donné envie de vous y précipiter toutes affaires cessantes…

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