Joyland de Stephen King

Joyland de Stephen King
(Joyland)

Catégorie(s) : Littérature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique

Critiqué par Gregory mion, le 1 mai 2014 (Inscrit le 15 janvier 2011, 36 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (613ème position).
Discussion(s) : 3 (Voir »)
Visites : 4 857 

Le nouveau chef-d'oeuvre de Stephen King.

Il n’existe pas beaucoup d’auteurs qui nous rendent si attentifs à leur histoire qu’on prend leur roman le matin, qu’on oublie de faire un repas complet le midi, puis qui nous font terminer la journée en même temps que leur livre. Alors que Stephen King a déclaré plusieurs fois qu’il aimerait qu’on se souvienne de lui juste comme quelqu’un qui savait raconter une histoire, de lui, manifestement, il nous restera toujours un peu plus, parce qu’il continue de dominer l’art romanesque avec un talent impressionnant. On peut même parler de génie tant les histoires de Stephen King se confondent à la matière du réel, quand bien même elles mettent en scène des éléments qui n’ont rien à voir avec la réalité. Car le génie littéraire de Stephen King se situe exactement là : dans sa capacité à suspendre notre incrédulité devant des phénomènes incroyables. C’est encore plus réussi lorsque ses histoires sont relatées à la première personne du singulier, comme c’était le cas récemment dans 22/11/1963, et comme c’est encore le cas ici avec Joyland.
Mais cette fois, il ne s’agit pas de remonter le temps pour essayer de sauver Kennedy des balles de Lee Harvey. Cette fois, il s’agit de revenir à l’été de 1973 tel que l’a vécu Devin Jones, un jeune homme de vingt-et-un ans qui se sentait travaillé par la vocation littéraire, un jeune homme qui se sentait aussi dans une mauvaise passe amoureuse, tant et si bien qu’il s’est retrouvé pour trois mois en Caroline du Nord, après avoir lu une petite annonce accrocheuse de boulot saisonnier. Et comme les trois mois ont débouché sur une prolongation, Devin Jones a eu l’occasion non pas de raconter une histoire, mais deux – premièrement celle d’un crime affreux, deuxièmement celle d’un enfant qui est doté de la faculté de voir et d’entendre les fantômes. Bien entendu, les deux histoires vont coïncider, et c’est si bien imaginé que même après notre lecture, il est impossible de relever le moindre défaut de facilité dans la construction du roman et dans la façon dont il disperse les indices. La présence d’éléments fantomatiques donne au livre un caractère fantastique, cependant l’intrigue, en tant qu’elle repose sur un assassinat mystérieux, réachemine le roman selon l’ordonnance classique de la littérature policière. Le lecteur veut savoir qui a assassiné Linda Gray, de même qu’il veut savoir si elle a pu revenir d’entre les morts et si tout ceci ne serait pas dépendant de quelques légendes locales. Et comme Linda Gray a été tuée dans un train fantôme, ceci ajoute un caractère préoccupant au crime, en même temps que ceci le recouvre d’une membrane naturellement cancanière, prompte à favoriser des conversations indiscrètes.

Comme à son habitude, Stephen King excelle pour élaborer un dispositif local, avec ses décors et ses personnages typiques, représentatifs du monde quotidien et gardiens des histoires autochtones. Qu’on se souvienne par exemple du vieux Jud Crandall dans Simetierre, qui familiarisera les nouveaux venus avec les couleurs locales – suivant ce modèle des anciens qui en savent un peu plus long que les autres, Devin Jones fera quelques rencontres décisives avec certains de ces mémorialistes, ainsi apprendra-t-il les circonstances terrifiantes de la mort de Linda Gray, complétées par les propos encore plus terrifiants au sujet de son esprit tourmenté qui n’aurait jamais quitté le train fantôme. À cet égard, tout ou presque a lieu dans l’enceinte du parc d’attractions de Joyland, en bordure de la petite localité de Heaven’s Bay, un morceau de terre tout simple qui s’encastre entre l’océan Atlantique et les vastes plaines de la Caroline. Ce n’est évidemment pas Disney World, mais l’ambiance davantage rustique des lieux offre un cachet de sincérité non négligeable à l’histoire, et c’est sans doute la raison pour laquelle les lecteurs continuent de plébisciter Stephen King : comme les gens se lassent de plus en plus de lire les pérégrinations d’une littérature française crétinisée par les prix de l’automne, ils regardent du côté de ceux qui leur parlent de la réalité telle qu’elle existe pour la majorité. Non pas que ce soit un procédé ou une stratégie fédératrice, cela dans la mesure où King a toujours avoué ses origines modestes et son incapacité à inventer des personnages dont il n’aurait pas pu vérifier concrètement les caractères. Ainsi, de nouveau, King ne déroge pas au faisceau de préoccupations qui irriguent quasiment tous ses livres : la condition de la classe moyenne, la violence faite aux femmes et aux enfants, et peut-être, au-dessus de tout ceci, la trop grande corrélation entre les codes de la société néolibérale et les possibilités intrinsèques de la violence engendrées par ce modèle social. En quoi chaque roman ne se contente pas seulement de susciter un espace narratif parfait, mais chacun interroge en creux tel ou tel glissement social, jusqu’à faire des monstres et des fantômes des substituts complémentaires pour les sciences humaines.
On suivra donc avec un réel plaisir les péripéties de Devin Jones au sein de l’univers fantasmagorique de Joyland. Le plaisir est d’autant plus grand que Stephen King restitue le milieu de la fête foraine avec une truculence aussi bien documentée que naturelle. Il y a d’ailleurs une oscillation géniale entre cette truculence et les moments plus graves de l’histoire. Mais lorsque les personnages se censurent dans leurs expressions, ils le font comme chacun d’entre nous modifierait ses croyances à la nuit tombée, lorsque vient le moment de regarder les flammes tomber et de raconter une histoire de revenant. Rien n’est forcé dans l’écriture, et comme toujours, Stephen King possède un don de justesse pour rapporter la parole des enfants. Dans cette histoire, Devin Jones fera la connaissance du petit Michael Ross, un gamin atteint d’une maladie rare, et le lecteur se souviendra longtemps de ce gamin, comme on se souvient par exemple du petit Eddie Kaspbrak dans Ça, l’enfant fragile qui participa fièrement au combat contre le démon.

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Tournez manèges.

10 étoiles

Critique de Martell (, Inscrit le 27 février 2004, 65 ans) - 6 février 2015

D’abord, je dois souligner l’excellente première critique. Comme à mon habitude, j’attends de terminer un livre avant de lire les divers avis. Et comme je ne rate aucun Stephen King ça ne ferait que risquer de m’en faire trop connaître à l’avance. Donc oui, j’ai aussi adoré cette histoire magique et plein de tendresse avec sa part de mystère.

Le personnage principal nous rappelle à quoi ressemble une peine d’amour, son travail à Joyland l’aidera à oublier un peu et avec lui on va se laisser entraîner par notre curiosité sur un meurtre mystérieux qui hante l’un des manège et puis… vous verrez bien.

Un court extrait pour illustrer combien mon auteur favori est habile à manier les sentiments.
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«Maman, on dirait qu’il est vivant !»
Il l’est, me suis-je dit à moi-même, me rappelant comment mon père m’avait appris à faire du cerf-volant dans le parc de notre ville. Je devais avoir le même âge que Mike mais j’avais de bonnes jambes pour me porter. Tant qu’il est là-haut, là où il est censé être, oui, il est vivant.
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Nostalgie quand tu nous tiens...

10 étoiles

Critique de Marsup (, Inscrit le 22 octobre 2009, 43 ans) - 2 février 2015

Un petit commentaire rapide pour dire à quel point j'ai ADORE ce livre! Depuis son livre sur l'assassinat de Kennedy, LE KING est de retour. Enfin !

Joyland est une pépite, l'un des 5 meilleurs livres écrit par son auteur (je les ai tous lus). Un mélange de nostalgie, de policier, d'amour avec un brin de fantastique... et le cocktail est savoureux!

Un grand merci pour ce roman inoubliable.

au pays du bonheur

10 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 43 ans) - 16 décembre 2014

Devin Jones se rappelle l'été 1973, riche en évènements et en changements pour lui. A l'époque, il a 21 ans, et vient de rompre avec sa petite amie Il décide de partir pendant 3 mois pour "vendre du rêve" dans le parc d'attractions Joyland. Comme les autres nouveaux embauchés, dont Tom et Erin, dont il deviendra bientôt très proche, il va découvrir les codes, surtout ceux des forains, ces personnages atypiques responsables du bon fonctionnement des manèges, et bien sûr, les mystères, comme celui qui entoure le train fantôme depuis qu'une jeune femme y a été tuée quatre ans auparavant. Et puis il y a également ce petit garçon dans son fauteuil roulant qu'il croise soir et matin sur la plage, en compagnie de sa maman si jolie mais plus glaciale qu'un iceberg.
Après les trois mois d'été, Devin décide de rester pour assurer la maintenance du parc ; avec l'aide à distance d'Erin, il va tenter d'élucider le meurtre de Linda Gray, et au travers de sa relation avec un petit garçon, devenir adulte.

Joyland, c'est un Stephen King sans monstre ni épouvante. Il y a bien un meurtre à élucider, et un jeune garçon extra-lucide, mais là n'est pas le cœur de l'intrigue. Joyland saisit plutôt ce moment si particulier, cette première fois, où l'on devient un peu plus grand, un chouia plus sage, où l'on commence à comprendre que le monde n'est ni blanc ni noir, encore moins tout rose, mais un endroit où sont présentes toutes les nuances de l'arc-en-ciel. Amour, amitié, maladie, responsabilités, soutien, altruisme, c'est tout cela qui fait la trame de ce roman initiatique.
Comme dans tous ses livres, l'auteur nous présente des personnages bien "léchés", bien exploités. L'écriture est fluide, la trame narrative solide, et le rythme, plus lent que dans d'autres œuvres, facilite l'instillation d'un climat de douceur nostalgique. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, même si l'émotion est présente, Joyland est aussi un roman avec du mystère, de l'humour, des personnages bien campés, et tout un tas de traditions et de vocabulaire (la fameuse "parlure") typiquement forains. C'est vrai que je pourrais regretter un (tout) petit manque d'action/de mystère/de fantastique (après tout, je lis un Stephen King, pas un Douglas Kennedy par exemple, quelles que soient leurs qualités respectives !) et une fin trop prévisible, mais j'ai été rapidement prise sous le charme de "Jonesy" comme on l'appelle à Joyland, et le charme a fonctionné jusqu'à la dernière page. Que demander de plus ?


Quand t'as vingt et un ans, la vie est nette comme une carte routière. C'est seulement quand t'arrives à vingt-cinq que tu commences à soupçonner que tu tenais la carte à l'envers… et à quarante que t'en as la certitude. Quand t'atteins les soixante, alors là, crois-moi, t'es définitivement largué.

J'alléguerai pour ma défense – fantasmes mis à part – que les hommes sont monogames à partir du menton seulement. Sous la ceinture, en revanche, il y a un cheval de rodéo qui s'en fout complètement.

Prétendre qu'il pleut systématiquement le week-end peut sembler être une légende, mais pour moi, ça ne l'est absolument pas, et demandez à n'importe quel pauvre bougre rivé à son boulot ce qui arrive chaque fois qu'il programme une sortie de pêche ou de camping pendant ses jours de congés…

Quand on lit un polar ou qu'on regarde un film à suspense, on peut siffloter gaiement en passant devant une multitude de cadavres, simplement curieux de savoir qui, du majordome ou de la belle-mère diabolique, est le coupable.

Un peu différent mais très bon !

8 étoiles

Critique de Palmyre (, Inscrite le 15 avril 2004, 57 ans) - 12 octobre 2014

Joyland se présente un peu plus comme une énigme policière et on ne rencontre pas l'horreur à chaque chapitre comme dans beaucoup des romans de King. De plus je l'ai trouvé assez court contrairement à la plupart des écrits du maître.
Cela n'empêche pas que le récit soit très prenant et que l'on aie du mal à le quitter dès qu'on l'a entamé. J'ai côtoyé des enfants atteint de la maladie dont souffre Mike au court d'un stage pendant mes études, et cela m'a rappelé des souvenirs très vifs.
J'ai néanmoins adoré cette histoire, juste un petit regret c'est que l'on ne sait pas grand chose de la vie de Devin Jones APRÈS Joyland.

wahou, comment fait-il ce King.....

10 étoiles

Critique de Alicelight (, Inscrite le 3 novembre 2009, 40 ans) - 23 septembre 2014

Je suis à chaque fois époustouflée par autant de talent. Mais franchement comment fait-il? Comment peut-il avoir autant de talent dans tous les registres, comment peut-il être aussi productif? et comment peut-il faire des chefs d'oeuvre à chaque fois.
Ce livre ne fait pas frissonner et est différent de ses autres livres. Il joue beaucoup plus sur le registre affectif. j'aurais presque pleuré pour ce petit garçon.
Et quel génie, que d'émotions.
5 étoiles comme d'hab et parce que je ne peux pas mettre plus et

Coeurs perdus de l'adolescence

7 étoiles

Critique de Figaro (, Inscrit le 13 février 2014, 49 ans) - 26 août 2014

Le livre se lit agréablement, mais la trame est ténue. Bonne description de l'ambiance d'un parc d'attraction, nostalgie de l'adolescence (comme dans Cœurs perdus en Atlantide, mais bien moins réussie). On manque un tout petit peu du fantastique que l'on vient toujours chercher chez King.

Un délicieux moment plein de nostalgie

10 étoiles

Critique de Monde imaginaire (Bourg La Reine, Inscrite le 6 octobre 2011, 46 ans) - 1 juillet 2014

Dans Joyland, on nous vend du bonheur !

Si vous avez été happé par la 4ème de couverture racoleuse du livre, détrompez-vous tout de suite, les frissons promis pour appâter le lecteur n’existent presque pas.

Je ne sais pas ce qu’ils ont fumé chez Albin Michel ou même si quelqu’un chez eux a réellement lu le livre, mais c’est un King tendre et nostalgique que vous trouverez dans Joyland.

L’histoire se déroule en 1973, une merveilleuse et délicieuse année, c’est l’année de ma naissance : oh ça va hein ! si on ne peut plus se flatter tranquille :-)

Nous y faisons la connaissance de Devin Jones, jeune étudiant au cœur brisé qui décide de travailler l’été dans une fête foraine. Le dépaysement est total et pendant mes 2 jours de lecture, j’étais vraiment à Joyland, avec les ploucs heu … pardon les lapins !

Et puis il y a le style inimitable du King qui fait qu’on s’attache aux personnages comme si nous les connaissions réellement. Ça se lit tout seul, c’est typiquement le genre de livre doudou que j’affectionne.

Le King m’a vraiment gâtée avec ce roman d’apprentissage intimiste et plein de sensibilité.

Bravo Mr King

8 étoiles

Critique de KAROLE (, Inscrite le 9 février 2010, 43 ans) - 25 juin 2014

Stephen King change de registre .
Joyland n'a rien à voir avec les livres qu'il a pour habitude d'écrire , rien à voir avec l'horreur et le frisson habituel , je dirais plutôt un thriller avec un peu de romance , mais il sait toujours nous transporter dans ses histoires et d'avoir l'impression de voir un film, je trouve qu'il est vraiment très bon (écrivain) .
Dans Joyland les personnages sont attachants et le livre très agréable à lire .

si il vous fallait encore une preuve du génie du King...la voilà!

10 étoiles

Critique de Darkvador (Falck, Inscrit le 1 février 2012, 51 ans) - 8 mai 2014

Stephen King a beau être l'un des écrivains les plus respectés en matière d'horreur,il ne s'en tient pas à cette étiquette. "Joyland" déjoue la catégorisation des genres littéraires. Dans ce livre se mêlent amitié, amour, joie, tristesse , thriller. deux histoires dans une. Ce n'est pas l'horreur qui domine dans Joyland mais une peur qui peut s'instiller dans une vie... Un livre magnifique qui force le respect. Le king nous dit ce qu'il a toujours laissé entendre: Que la vie est inexplicable, que joie et chagrin, triomphe et tragédie sont inextricablement mêlés et peuvent s'affirmer à tout moment. Bref un roman sur les apparences trompeuses. Mais les sentiments, eux, sont bien réels. Quand King nous conte avec son génie l'histoire d'un personnage ordinaire dans un monde affectif on tombe dans le panneau à chaque fois et on en redemande. Si vous n'avez jamais lu un roman de Stephen King lisez celui-là! il ne représente pas sa carrière mais son style , cette façon d'écrire est bien présente. Un peu "la ligne verte", "stand be my" ou les "évadés"

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