Il fallait survivre : Pierre et Louison, deux adolescents dans la Grande Guerre
de Ludmilla Podkosova

critiqué par JulesRomans, le 3 mai 2014
(Nantes - 62 ans)


La note:  étoiles
Faites des études d’histoire de la France, sinon faites un roman historique pour la jeunesse !
En 1913 Marcel Sembat publie un texte " Faites un roi, sinon faites la paix". En effet il pense que la sauvegarde de la République doit aller avec une politique étrangère pacifique. Il craint que la menace de la grève générale (envisagée par la CGT et le parti socialiste) ne se révèle sans efficacité. Par ailleurs il pense que le gouvernement français, avec une bonne partie des officiers qui sont hostiles au régime républicain ne pourra mener avec succès les armées à la victoire. Seul un pouvoir autoritaire peut pour lui conduire une guerre moderne qui nécessite le soutien et la mobilisation de toutes les forces du pays.

Nous reprenons le style de cette phrase car nous sommes fatigués de voir fleurir un certain nombre de livres depuis que la Première Guerre mondiale se met à réintéresser de larges parties de la population de l’hexagone. "Il fallait survivre" est l’exemple d’ouvrage de fiction pour les jeunes où l’auteur se lance dans le récit historique sur la Grande Guerre (au sens large, prémices compris comme on l’a vu avec un ouvrage autour de l’assassinat de Jaurès) sans aucune connaissance un peu fine du sujet qu’il traite.

Un ouvrage de littérature de jeunesse a quelques chances de ne pas être critiqué véritablement et celui qui le présentera aura exceptionnellement les connaissances historiques pour voir ce qui cloche. Même avec un peu de chance le contenu perçu très superficiellement, comme avec "L’horizon bleu" sera encensé parce que le récit a des côtés émouvants et que certains aspects semblent même faire œuvre pédagogique. Et on verra même des conseillères pédagogiques détachées auprès d’un musée d’histoire proche de notre lieu de résidence, n’ayant pas de désir de porter un regard critique sur ce qu’elles recommandent, continuer à conseiller ce dernier ouvrage de fiction bourré d’anachronismes autour de la Première Guerre mondiale.

Les pages documentaires chez l’éditeur Oskar sont rarement en décalage avec le contenu du roman. On est donc surpris qu’une demi-page de blanc suive les demi-pages et demie de texte sur les femmes de la Grande Guerre. Le documentaliste, soit n’a pas lu le texte du récit, soit a décidé de ne pas pointer un gros anachronisme. En effet il aurait été utile d’expliquer pourquoi à la page 8, l’on parle de mairesse (et ce n'est pas un surnom puisque l'on a écrit "désignée par le conseil municipal") dans un pays (la France) où les femmes n’auront le droit de vote que fin 1944.

Ponctuellement en zone occupée, des femmes ont pu être l’interlocutrice privilégiée des Allemands, c’est le cas avec Jeanne Macherez à Soissons durant les deux semaines où la ville est coupée des autorités françaises. Ceci en campagne pouvait arriver parce qu’elles étaient l’épouse de l’instituteur qui était secrétaire de mairie avant le conflit et qu’elles étaient institutrices. Toutefois on est dans notre récit, avec une action pour la partie de la Marne non occupée. D’ailleurs on peut regretter que l’auteure, à part une allusion à Reims (pour des combats), n’indique pas d’abord que le département est divisé par la ligne de front, ensuite que d’après les informations données il est dans la zone des armées et enfin que Reims et ce village sont dans le département de la Marne. Le récit nous propose des lettres de poilus où le soldat ne dit même pas qu’il est près géographiquement de ceux à qui il écrit (sa mère et sa jeune sœur) lorsqu'il est dans la ville du sacre.

Le frère est porté disparu, mais il réapparaît en 1919, il a été prisonnier des Allemands pendant plus de deux ans et personne n’en a rien su. Outre que c’est vraiment très faible au niveau de l’intrigue, c’est pour de multiples raisons totalement impensable. Bref en matière de roman historique pour les jeunes sur la Grande Guerre, restez dans les valeurs sures avec des auteurs comme Yves Pinguilly, Philippe Barbeau, Catherine Cenca, Michael Morpugo, Sophie Humann ou Sophie Marvaud. Vous trouverez sur Critiqueslibres plusieurs présentations de leurs ouvrages en question.