Rock'n'roll et chocolat blanc : Téléphone, Starshooter, Higelin
de Jackie Berroyer

critiqué par Numanuma, le 19 mars 2014
(Tours - 44 ans)


La note:  étoiles
Dépuceler Genève
Jackie Berroyer… Je vais pas vous la faire à l’envers, j’ai pas accroché tout de suite. Je me souviens de ses interventions ultra décalées dans je ne sais plus quelle version de l’émission Nulle Part Ailleurs alors que les vents tournaient déjà dans le mauvais sens pour Gildas, De Caune et consorts.
Berroyer donc. Il avait une petite séquence impromptue : placé dans un faux standard téléphonique, il pouvait intervenir à tout moment et placer des saillies drolatiques comme bon lui semblait. Belle liberté télévisuelle. Je n’ai pas de souvenir précis, sauf que parfois, ben, pas compris la blague. Mais marrant dans le principe.
Plus tard, j’ai appris qu’il avait collaboré à Rock’n Folk. Evidemment, il est monté d’un cran dans mon estime le Berroyer mais je n’ai jamais lu ce qu’il a pu écrire dans ce journal. Mais bon, Rock’n Folk quand même, ça pose le bonhomme.

Je l’ai vu, plus tard encore, par-ci par-là dans des films. Je l’ignorais acteur. Pareil, pas de souvenir précis, sinon cette tête singulière du type qui passait par là sans rien demander à personne et qui se retrouve embringué dans une galère. Une sorte de Pierre Richard triste.

Et pourtant, son bouquin là, Rock’n roll et chocolat blanc, avec sa couverture de Serge Clerc, plus eighties tu meurs, ça m’a paru évident, tout de suite. Et quatrième de couv’, une Gretsch et les noms de Téléphone, Starshooter et Higelin. Années 80 encore. Enfin presque, 76-79, c’est écrit dessus. A une époque, avant, pendant et après le punk, on l’on croyait qu’un groupe de rock de France allait pouvoir violenter le marché anglo-saxon, le mettre à genoux, ou, au moins, lui faire une cour assidue.
Téléphone, nos Stones à nous, partait avec ce bagage musical qui pouvait ouvrir pas mal de porte. Starshooter, je connais quasi pas, sauf de nom. Apparemment, le groupe avait une esthétique très personnelle. Petit tout sur le Net. Bah en, fait, je connaissais un titre mais sans savoir qui chantait. Perso, j’accroche pas ce côté sixties avec des pantalons roses et des influences new wave mais, va savoir ce que ça pouvait bien représenter comme air frais sous Giscard.
Et Higelin. De nos jours le Grand Jacques c’est un peu le retour en grâce. C’est le Prophète quoi. Il tourne toujours, il sort toujours des disques, il est acclamé, il est revenu de tout. On dirait que c’était un peu le cas à l’époque du bouquin.
Et quand il n’est pas dispo, il a un fils, une fille et une sœur pour mettre la famille à l’honneur.

Alors, on va me dire que c’est encore un bouquin qui dit que le rock c’était mieux avant, gnagnagna… Rien à voir. C’est un livre qui te dit que le rock, c’est bien tout le temps quand c’est du bon. Bah, oui, faut pas se leurrer, y’en a du mauvais aussi !
Sur ses rencontres, Berroyer, entre deux digressions sympas et plaisantes, pose un regard concerné-méditatif du gars qui ne va plus se laisser prendre comme ça. A l’époque, ah oui, c’est une réédition, désolé de ne pas l’avoir précisé plus tôt, Berroyer à 32 ans. Il a connu le début du rock. Il sait de quoi qu’on cause ! Mais Téléphone, Starshooter, Higelin, c’est sa came.
Et là où c’est fort, c’est que Berroyer réussira à parler d’Higelin, de lui tourner autour, de suivre ses concerts pour le livre sans jamais lui adresser la parole !

Comme je l’ai dit, on n’est pas obligé d’accrocher ni même de connaître ces groupes pour comprendre qu’ils apportaient quelque chose de neuf dans le rock français. Bien sûr, c’était de jeunes types mais assez âgés pour savoir ce qu’il ne fallait pas faire. C’est finalement plus important que de savoir ce qu’il faut faire.
Mieux encore : on n’est pas obligé d’aimer le rock pour lire le bouquin ! Oui, ma bonne dame. Parce que plus que du rock, ce dont parle cette petite pépite, c’est de la France d’alors. Une France qui peine à passer dans les temps nouveaux. Je me demande si on n'en est pas encore là d’ailleurs…

Berroyer est un témoin amusé-amusant qui écrit sans en avoir l’air mais qui le fait avec un certain panache de branleur.