La ville enchantée de Margaret Oliphant

La ville enchantée de Margaret Oliphant
(A Belaguered City, being a Narrative of Certain Recent Events in the City of Semur, in the Department of the Haute Bourgogne )

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique

Critiqué par Pierrequiroule, le 4 mars 2014 (Paris, Inscrite le 13 avril 2006, 38 ans)
La note : 8 étoiles
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Laisse dormir les morts!

Qu’y a-t-il dans l’au-delà et que deviennent les défunts ? Personne n’est revenu pour nous le dire… Jusqu’à ce jour de juillet 1875 où la petite ville de Semur, en Bourgogne, devient le théâtre d’étranges évènements. D’abord la nuit en plein jour, puis une brume épaisse, une impression de cohue là où tout semble désert et pour finir une force irrésistible qui pousse les habitants à abandonner leurs maisons. Les voilà expulsés de la ville sans espoir de retour ; mais par qui ? A ce stade je peux vous révéler sans crainte d’émousser votre curiosité que ces envahisseurs sont … les morts ! Il faut dire que cette bourgade provinciale souffre du grand mal français: l’incroyance. Cette fois les habitants sont allés trop loin. Non seulement ils vouent un culte à l’argent et manquent la messe, mais ils se mettent à blasphémer et vont jusqu’à fermer la chapelle de l’hôpital au nom du repos de malades ! Les morts de retour sur terre sauront-ils convertir ces esprits forts? L’histoire est racontée à tour de rôle par plusieurs Semurois témoins des événements. Il y a d’abord le maire, Martin Dupin, homme satisfait et respectable, bien qu’un peu trop cartésien. Puis ce notable donne la parole à son épouse, à sa mère, à un visionnaire et à un aristocrate local. Chaque narrateur donne son point de vue et révèle dans son rapport un peu de sa personnalité. Ainsi la tonalité du livre est tantôt grave et émouvante, tantôt comique.

Ce petit roman victorien apparaît d'abord comme une satire de la France de la IIIème République, pays des libres penseurs, pays de la laïcité. On sait que Mrs Oliphant, de nationalité britannique, a fait un voyage en Bourgogne, région dont l’architecture médiévale l’a inspirée pour sa description de Semur (serait-ce Semur-en-Auxois?). Mais la réflexion est ici plus vaste, voire métaphysique: elle porte sur les sociétés modernes en général, sur leur matérialisme, leur manque de spiritualité; elle aborde ces questions existentielles qui nous viennent à tous aux moments de solitude et d’angoisse. Même face à des signes irréfutables, certains Semurois refusent de croire et, lorsqu’ils retrouvent leurs proches défunts, beaucoup se cachent les yeux par peur. L’auteure a probablement été marquée par sa propre expérience du deuil, ayant perdu son jeune mari, puis sa fille âgée de dix ans. C’est pourquoi le retour de la petite Mary, enfant défunte du couple Dupin, est très émouvant dans le roman.

J’ai surtout apprécié l’originalité de Mrs Oliphant, son fantastique rien moins que conventionnel. Ici les revenants n’apparaissent pas aux vivants et ne leur parlent pas. Pourtant leur présence est tellement réelle qu’elle donne le frisson. Ce sont des sensations vagues, des objets qui changent de place, des échos, un brouillard envahissant, autant de signes annonciateurs qui insufflent l’effroi au fil des pages. Cette œuvre, publiée en 1880, est d’une grande modernité. Pour preuve, le scénario proposé ici est encore souvent exploité au cinéma – « Les Revenants », ça vous dit quelque chose ?

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