Tolkien et la Grande Guerre
de John Garth

critiqué par JulesRomans, le 6 août 2014
(Nantes - 62 ans)


La note:  étoiles
Le saigneur des agneaux
"Tolkien et la Grande Guerre" est un livre qui rappelle que John Ronald Reuel Tolkien a vu tous ses ami de jeunesse (sauf un) mourir durant la Première Guerre mondiale et qu’en tant qu’officier des transmissions de l’armée britannique il a pu assister à un nombre incommensurable d’actes héroïques et d’horreur. L’ouvrage était paru en 2003 en Angleterre et John Garth se donne comme objectif (en parlant de Tolkien)

« de replacer son activité créatrice dans le contexte de ce conflit mondial et des bouleversements culturels qui l’ont accompagnés » (page 10)

Né en 1892 Tolkien avait reçu une préparation militaire dans le cadre de son établissement universitaire d’Oxford, avant la déclaration de la Première Guerre mondiale. C’est lors de sa première hospitalisation que Tolkien en 1914 écrit "La chute de Gondolin", une mystérieuse histoire d’une civilisation antique assiégée par des monstres à allure mécanique.

L’auteur reconstitue très minutieusement le parcours de Tolkien pendant tout le conflit et s’attarde en particulier sur la Bataille de la Somme qui équivaut pour les Anglais à Verdun. John Garth montre comment Tolkien possède parfaitement la connaissance des mythologies celtes, gréco-latines et germaniques et comment il mêle habilement ses emprunts dans un panthéon asymétrique où:

« Chez les Valars, il n’y a pas de dualismes simples : aucun dieu du bonheur pour contrebalancer le lugubre Frui, par exemple , et aucun berger ou semeur pour faire opposition avec le chasseur Oromë » (page 262)

Bien que rares les déclarations de Tolkien sur l’influence de son vécu durant la Première Guerre mondiale dans le récit du "Seigneur des anneaux" existent (page 311) et elles viennent en complément à des études sur le contenu des écrits de fiction d’auteur anglais ayant servi durant la Grande Guerre.

John Garth rappelle le profond patriotisme de Tolkien à mi-chemin entre propagande et protestation et relève que C.S. Levis avançait que "Le Seigneur des anneaux" rejetait tant l’optimisme facile que le pessimisme plaintif pour tenter de trouver un point d’équilibre froid entre illusion et désillusion (page 313).
Cet ouvrage est remarquable dans la mesure où il ouvre des pistes pour nous inciter à lire ou relire la production de Tolkien à la lumière d’une expérience exceptionnelle de Tolkien que John Garth nous détaille avec une grande virtuosité.