Verdi amoureux
de Roselyne Bachelot

critiqué par Yotoga, le 5 mars 2014
( - - ans)


La note:  étoiles
De Nabucco à Falstaff
Sur la couverture Flammarion, sous le titre, est précisé « biographie ». Dans la préface, Roselyne Bachelot se protège en annonçant à tous les puristes verdiens qu’elle n’a pas « fait une œuvre d’historienne » ; « vous ne trouverez pas de notes de bas de page explicatives, ni de ces renvois savants ». « En idéalisant délibérément son parcours, Verdi a par avance autorisé que je prenne quelques libertés avec l’approche notariale de certaines biographies ». Au moins, elle pose carte sur table et cette fois-ci, je ne reprocherai pas le manque de références.

A travers le livre, le lecteur suivra l’histoire de l’Italie du nord, les assauts napoléoniens jusqu’en 1815, le rapport avec les autrichiens et le Risorgimento. Verdi, né français dans la région Emilie-Romagne sous le joug des troupes napoléoniennes, n’obtiendra des papiers italiens qu’après quelques mois, en 1813. Il vivra l’occupation des autrichiens jusque dans les années 1847, mais sera en France, à Paris pendant plus de deux ans et ne soutiendra pas le Risorgimento de sa personne. Aussi, pendant la proclamation de la république en 1849, il est à Paris mais la politique influence tout de même sa musique, comme avec l’écriture de la Battaglia de Legnano (page 135). Enfin, Roselyne Bachelot ne se cache pas pour dénoncer Verdi comme un tire au flanc page 142 « que ce soit dans son engagement patriotique ou son engagement amoureux, on ne peut que constater que notre héros est frappé d’une forme de procrastination qui lui fait trouver toutes sortes de bonnes excuses pour retarder les risques et même leur échapper. Tout au long de l’épopée nationaliste, il s’est toujours arrangé pour arriver sur les lieux après la bagarre et parfois avec des prétextes assez piteux. ».
Après la lecture, quel délice de revoir Il gattopardo de Luchino Visconti.

Le rapport qu’a Verdi avec la France ne sera que suppositions tirées de la correspondance lue par l’auteur. Page 122, elle trace cette ambivalence entre l’appartenance à la nation italienne mais une vie tranquille à Paris, loin des hypocrisies cléricales italiennes. Sa relation avec Emanuele Muzio et la vie commune avec Giuseppina sans être mariés, semblent coïncider avec ses envies de libertés de mœurs impossibles en Italie. Parce que ce livre, avant d’être une biographie musicale, c’est surtout de Verdi amoureux dont il est question. Et tout le débat ouvert par le Requiem, Verdi est-il athée ou simplement anticlérical semble résolu page 291, révolté par le soutien de l’église alliée des autrichiens, et horripilé par la bigoterie de la société qui l’empêche de vivre à sa guise.

Dans toutes les œuvres de Verdi, l’auteur reconnait et analyse le rapport père/ fille, d’Abigaille et Nabucco à Aida et Amonasro, puis Gilda et Rigoletto. Elle pose la question dans Nabucco : nait-on fille de son père ou le devient-on ? En tant que fille de député, on peut imaginer que cette question la touche personnellement. Page 71 : « En répondant à la plainte déchirante de Nabucco vaincu, exprimée en fa mineur, par la tonitruance de l’entrée d’Abigaille en ré bémol majeur, Verdi affirme avec son époque que les femmes de pouvoir sont des fille de et des hommes manqués. Nous mettrons un siècle pour le contredire… »

Après chaque chapitre, l’auteur propose un arrêt sur image. Ce passage écrit en italique correspond aux pensées de Roselyne Bachelot sur le chapitre précédent. Ainsi, elle dévoile son penchant féministe, et se lâche comme page 87 « c’est cela l’histoire de Giuseppina Strepponi, l’histoire de l’asservissement des femmes au désir des hommes, la négation de leur dignité et de leur libre arbitre. Le combat continue… »

Vous l’aurez compris, ce livre n’est pas simplement une biographie, pleine d’énergie et de vivacité, Roselyne Bachelot passionne le lecteur et lui communique son amour pour Verdi, mais aussi pour la Strepponi, attachante et révoltante à la fois.

Un petit bémol quand même : à la fin du livre, le lecteur trouvera un CD. Remarquablement lu par Jean-Philippe Lafont, le livre audio m’interpelle : j’aurais préféré les extraits musicaux de Verdi. Si je peux lire le livre, pourquoi l’écouter en plus ?