L'amant imaginaire de Marguerite Taos Amrouche

L'amant imaginaire de Marguerite Taos Amrouche

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Arabe

Critiqué par Débézed, le 17 février 2014 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 7 étoiles
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Taos Aména Antigone

Ce roman est présenté comme un journal intime autobiographique débuté le 13 octobre 1952 et achevé le 19 août 1953. Mais comment reconnaître dans ce texte la fière « Jacinthe noire » étudiante rebelle dans une institution où elle était mal acceptée, ou la jeune fille rêveuse et romantique qui déambulait dans la « Rue des Tambourins » à Tunis ?

« L’amant imaginaire » n’est qu’une longue plainte, une jérémiade, un cri de souffrance, un avilissement insupportable devant un homme indigne d’elle, d’une femme mal mariée, encore assez jeune pour séduire un bel homme, d’une femme que les hommes qu’elle a rencontrés, n’ont pas su éveiller quand elle n’était encore qu’une jeune fille à la recherche de son identité sexuelle et des émois de la chair. Une jeune femme qui rêvait d’avoir été Constance Chatterley devant son vaillant garde forestier et qui devenait frigide devant son mari, résignée devant un amant qui lui préférait des amis de son sexe et inaccessible aux autres hommes et même aux femmes qu’elle a approchée timidement. C’est, selon l’éditeur, l’histoire de Taos Amrouche elle-même quand elle avait trente-cinq ans, qu’elle vivait platoniquement avec un peintre sans succès qu’elle avait épousé pour fuir la solitude et qu’elle était folle amoureuse d’un écrivain célèbre âgé de vingt ans de plus qu’elle et plus attiré par les jeunes gens que par cette femme qui le suppliait de l’aimer même pudiquement.

Ce livre c’est presque une année du calvaire d’une femme folle amoureuse qui ne peut pas se séparer de son mari qui lui préfère une de ses amies, pour rejoindre un amant trop âgé pour s’engager avec une jeune femme et manifestant des penchants homosexuels. Etirée entre ses deux hommes qu’elle ne peut pas quitter mais qui ne sont pas très attachés à elle, elle pleure, geint, se lamente, écrit, écrit des lettres émouvantes, des lettres pleurnichardes, des lettres de colère, de rébellion, de supplication, et même d’abaissement indigne.

Cette femme serait Taos Amrouche, la seule fille d’une fratrie kabyle émigrée à Tunis pour pouvoir vivre la religion chrétienne qu’elle avait choisie et la culture française dont elle voulait s’imprégner pour accéder à un bon niveau d’éducation et d’instruction. Enfant, elle n’était pas la préférée de la famille, elle n’était qu’une fille, Jean le frère, le grand poète ami de Camus, mobilisait l’attention de la famille et je jeune frère s’appropriait toute l’affection de la maisonnée. Adolescente, elle est resté longtemps pure et romantique, son premier amoureux n’a pas voulu la souiller et l’a laissée insatisfaite, d’autres garçons l’ont abandonnée, et elle a fini par se marier pour ne pas rester seule loin du pays qu’elle avait quitté pour poursuivre ses études. Mariage sans amour, vie de bohème entre un peintre qui ne veut plus peindre, un amant qui ne veut qu’écrire et ne vivre que pour son œuvre et son propre livre qu’elle n’arrive pas à terminer. Vie de frustration, de malheur et de misère qui s’étire au fil des nombreuses pages de ce gros livre jusqu’à donner la nausée au lecteur qui ne peut que se révolter de voir cette femme jeune et belle se laisser dépérir entre un mari qui ne l’aime plus, un amant qui ne l’aime pas assez et un frère félon.

Un grand moment de désespoir à partager avec cette femme qui se sent rejetée par tous, par ceux de son pays qui ne voulaient pas plus de sa religion que de sa culture et par ceux de son pays d’adoption qui n’ont pas su l’aimer. Un grand vide, une grande solitude dans laquelle elle s’évanouit, se disloque, s’évapore pour n’exister qu’à travers le cahier rouge où elle consigne son malheur et le seul bonheur qui lui reste, celui d’écrire à son amant même s’il ne répond pas toujours à ses lettres qu’elle recopie dans ce cahier fétiche avec les rares missives de son amant lointain, très lointain. Cette femme semble construire son malheur avec ses états d’âme, on pourrait croire qu’elle a besoin de souffrir pour vivre mais, en fait, elle n’a pas été initiée au plaisir et au bonheur, elle est fragile, hypersensible, exaltée, elle a besoin d’être aimée et choyée, elle a besoin d’un amant lui enseignant la joute des corps pour lui faire connaître des plaisirs qui lui sont restés inconnus même si elle s’adonne au plaisir solitaire comme la vie qu’elle a menée jusque là.

« Curieuse nature que la mienne : où le commun des mortels éprouve un paroxysme, en amour, je n’éprouve, moi, qu’un bonheur calme. C’est que ma vie courante est faite de paroxysmes, quand celle des autres est faite surtout de monotonie ».

Des pages difficiles à accepter qui donnent envie de secouer cette femme qui semble se complaire dans son malheur, de balancer un grand coup de pied aux fesses de ces hommes qui n’ont pas su et ne savent pas, au moment où ces pages sont écrites, aimer cette femme comme elle le mérite et malgré tout cela un grand moment de bonheur, un grand moment de lecture, si Aména se lamente, Taos écrit son malheur merveilleusement, ses maîtres n’ont pas prêché en vain, Gide, Giono, Camus ont reconnu ce talent, ce bijou, ils l’ont poli et c’est d’abord ce que je conserverai de cette lecture.

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