Sans oublier de Ariane Bois

Sans oublier de Ariane Bois

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Isad, le 16 février 2014 (Occitanie, Inscrite le 3 avril 2011, 59 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (41 325ème position).
Visites : 1 467 

Récit d’une lente dérive

Les 3 premiers quarts de ce livre, heureusement jamais larmoyant, font état du sentiment d’injustice puis de vide d’une femme suite à la mort de sa mère dans un accident. La narratrice a un mari aimant et 2 enfants en primaire mais n’arrive pas à surmonter ce deuil, d’autant plus qu’elle n’a pas tout à fait digéré non plus le suicide de son jeune quelques années plus tôt. Sa dépression la pousse droit vers la camisole chimique et l’absence de tout sentiment, dont elle émerge difficilement. Elle se laisse progressivement aller jusqu’à penser être une menace pour ses enfants, ce qui la pousse à s’éloigner sans préavis suite à une dispute bénigne. Elle se rend sur les lieux de ses vacances d’enfance. Sa rencontre avec une vieille femme lui donnera l’occasion de redécouvrir sa mère et de reconquérir sa vie de femme. C’est cette dernière partie de reconstruction qui est la plus dense et la plus intéressante à mon sens. Elle repose sur le fait de laisser approcher le hasard, sur la magie des mots lus ou écrits et sur l’occupation du corps. Tout cela s’avère nécessaire pour se départir de ses pensées négatives et se soigner.

Le thème assez difficile est abordé de façon « saine » avec beaucoup de pragmatisme. La psychologie et ses répercussions sur le corps sont montrées avec précision. Les réactions des enfants, parfois un peu « cliché » surtout en ce qui concerne celles mettant en scène les mères et leur fille, sont toutefois relatées avec naturel. Le style est dynamique, y compris dans les moments d’angoisse car toujours au bord de la révolte.

IF-0214-4158

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deuils et renaissance

7 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 43 ans) - 29 juillet 2014

Comment peut-on vivre après la mort de sa mère ? C'est la difficile question à laquelle est confrontée la narratrice de "Sans oublier". Elle a pourtant un travail et un métier qui lui plaisent, elle vit avec l'homme qu'elle aime et qui l'aime, ses enfants sont en bonne santé, mais quand sa mère décède soudainement, lorsque l'hélicoptère qui l'emmène faire un reportage en Sibérie s'écrase, le monde s'écroule. Reviennent alors à sa mémoire des souvenirs oubliés, ceux de son enfance, de son éducation bohème avant-gardiste, des jeux avec son frère. Ce frère décédé à vingt ans, par choix, par suicide, et qui a laissé un vide béant dans une famille que nulle naissance n'a su compenser. Les difficultés d'établir une relation avec sa fille ainée nouveau-née. Tous ces deuils qui n'ont pas été faits.
Et cette narratrice s'effondre. Petit à petit. Même avec le soutien de ses amies. L'amour et la patience inconditionnels de son mari. "On finit toujours par en vouloir à celui qui nous aide." Jusqu'à ne plus pouvoir s'occuper de soi, et encore moins des autres, de ses enfants : " Ce jour-là, j'étais orpheline, j'avais quatre, dix, quatorze ans, et besoin d'être consolée. Incapable d'en moucher un, d'apaiser l'autre, de jouer à la maman. La vraie, après tout, était morte."
Alors elle fuit, ses devoirs, sa vie, ses responsabilité, sans savoir que cette fuite est une quête indispensable, celle de son passé, pour se réapproprier son présent, et peut-être un futur.

Je suis assez mitigée suite à la lecture de ce livre. J'ai assez peu adhéré à l'histoire. J'ai trouvé la descente aux enfers de la narratrice atrocement longue. La déliquescence d'un être humain, sa dissolution, est un spectacle éprouvant. Ariane Bois en fait une description pragmatique, épluchant une à une toutes les couches de son personnage jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une jeune femme, une jeune enfant, à vif, aussi bien physiquement que moralement. Le deuil est une guerre et je suis en train de la perdre. Vaincue, sans avoir pris les armes. La mort ne vous prive pas seulement des autres, elle dérobe la meilleure partie de soi, celle avec qui on cohabite sans souci. La mort vous pille, vous insulte et, en sus, vous fait les poches, ne laissant qu'une enveloppe vide.
J'ai assez peu goûté également à la dernière partie du livre, la "renaissance" de la narratrice (dont on ne connaitra jamais le prénom). Les secrets de famille, les histoires cachées, pèsent sur les individus. Leur mise au grand jour a un côté libérateur. Certes. Mais dans cette histoire, ce qui est caché devient source de renaissance, de compréhension, de libération. Juste parce que cela a été dit, sorte de Deus ex Machina magique qui jette à bas toute trace de souffrance. Ca me parait un dénouement un peu facile.
En revanche, j'ai beaucoup apprécié l'écriture intelligente de cette auteure que je ne connaissais pas. Le style est incisif, sans concession, jamais larmoyant malgré le sujet traité. Concernant la douleur, le deuil, A. Bois ne cède jamais à la facilité. J'ai été incapable de freiner la chute de cette narratrice, me contentant de sombrer avec elle dans les replis du désespoir, de la voir petit à petit abandonner son rôle de femme, celui de mère, celui de fille de son père, pour endosser pleinement celui d'orpheline.
Il y a aussi de la force et de la fragilité dans cette écriture, un refus des concessions, une aspiration mordante et lucide sur les êtres et les relations. Les relations mère-enfant en particulier sont croquées avec beaucoup de précision, de maturité, de recul. Elle m'a longtemps considérée comme une extension d'elle-même. Le syndrome bien connu des mères, pas forcément juives. "J'ai froid, mets un pull"… "Elle me fait encore une angine…" Où commençais-je ? Où finissait-elle ?
Ce qui est sûr, c'est que j'ai aimé ce livre parce qu'il était bien écrit. Je conseillerais toutefois aux lecteurs potentiels de se lancer dans cet ouvrage un jour où leur moral sera au beau fixe !


J'ai mis longtemps à comprendre que ce que l'on donne aux enfants ne nous revient pas… Il faut accepter qu'ils vivent à leur façon, les aimer assez pour leur permettre de faire leur chemin. Etre parent, finalement, c'est mettre au monde un enfant et accepter de l'y laisser, renoncer à ce sentiment de propriété, de droit exclusif. Et y trouver même du plaisir.

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