La culture du narcissisme
de Christopher Lasch

critiqué par AmauryWatremez, le 1 août 2017
(Evreux - 48 ans)


La note:  étoiles
Notre culture du narcissisme
Je ne pense pas comme d'autres que le « moi » soit forcément haïssable. Il était important que cette idée apparaisse vers la fin du XVIIème siècle et que l'individu se libère de contraintes collectives pour se réaliser. Mais le « moi » a fini par prendre une importance démesurée, presque insupportable et envahir tout le reste. Cela amène le résultat suivant : nous devenons de plus en plus incapables de supporter la contradiction, d'apprécier le débat et de fréquenter des personnes autres que des reflets même déformés de nos aimables personnes.


Je trouve cela des plus ironiques. En un temps où les moyens de communication offrent des possibilités infinies nous sommes de moins en moins capables de le faire, en un temps où ils pourraient permettre plus d'équité sociale nous la désirons de moins en moins...


La littérature politique peut être intéressante mais quand l'analyse d'un auteur peut être pertinente l'ouvrage peut se conclure sur des propositions de solutions totalement hors-sol et dégagées du réel, ou inversement. Aucun livre politique ne donne de point de vue réellement global sur la crise morale grave que traverse notre société. Ce qui fait l'intérêt de « la culture du narcissisme » c'est que Christopher Lasch le donne justement dans les pages de ce travail de réflexion. Il le fait en se basant sur la psychologie sociale individuelle et collective. Son essai a plus de vingt ans mais il est d'une actualité toujours plus brûlante...

Il m'a enthousiasmé bien plus que bien des « best-sellers » réputés politiquement incorrects que bien des pensums toujours inscrits dans une idéologie et donc étriqués dans leur réflexion.


Nous vivons dans une société qui encourage le narcissisme à outrance. C'est la ruse la plus maligne pour nous pousser à consommer le plus possible en nous laissant croire que nous serions libres de nos choix. Nous sommes tous des « narcisses » à divers degrés, tous préoccupés par notre reflet dans le miroir, sur l'écran de notre gadget électronique, y compris moi-même, je ne m'exclus pas du lot. Nous sommes tous surtout soucieux de notre « moi », de notre bien-être d'abord personnel avant que de nous intéresser au reste du monde. Pire encore quand nous prétendons le faire c'est encore pour nous mettre en valeur et renvoyer une image flatteuse de notre si belle âme.


Toute réflexion sur la société sera en 2017 toujours suspectée d'égocentrisme prétentieux, de cadrage de l'ego. Toute valeur morale sera considérée comme arbitraire et insupportable demandant des contraintes de comportement avec les autres, limitant notre narcissisme ainsi que toute valeur collective qui ne sont plus définies d'ailleurs collectivement. C'est comme un grand marché de l'idéal. Chacun prend ce qui l'arrange sur les rayons.


Les idéaux, les fois religieuses, les idéologies ne sont comprises que comme moyens de se sentir bien dans sa peau. Il ne s'agit plus de s'inquiéter généreusement du Bien Commun en sacrifiant qui son égoïsme, qui son confort. Les belles idées ne sont plus qu'un genre d'hygiène mentale, de gymnastique introspective n'impliquant pas le moins du monde de réalisation concrète. Pour une bonne raison, la mise en œuvre tangible des utopies mènerait directement à la fin de cette culture du narcissisme que nous affectionnons tant. Et cela la plupart d'entre nous le comprend parfaitement même confusément. Cela signifierait l'abandon de notre si fondamental ego à nos yeux.


Pour s'en disculper, pour se donner bonne conscience, il y a ceux qui se tournent vers le commerce dit équitable, vers une prise de conscience -superficielle certes- de la nécessité d'un développement dit durable. Cela demeure toujours de la consommation, du commerce et permet d'entretenir également le narcissisme. Les contradicteurs, les révoltés contre le système, les politiquement incorrects ne s'en libèrent pas dans la plupart des cas, car il s'agira toujours de se regarder le nombril avec amour.


Nous cultivons avec constance notre immaturité perdurant pour la plupart d'entre nous bien au delà de l'âge de la puberté. Pire encore, l'internet et les progrès techniques nous permettent de demeurés coincés « ad vitam » dans l'époque de notre choix, souvent celle de notre enfance. Nous refusons de grandir perdus dans un complexe de « Peter Pan » général nous empêchant de nous voir vieillir. Un jour certains finissent malgré tout par percevoir leurs ridules aux coins de yeux. Ce qui entretient de plus belle le commerce et le narcissisme puisque alors on leur suggère la chirurgie, les miracles de la pharmacopée moderne voire un « coaching » de vie inepte.


En sortir suppose un arrachement à nous-mêmes, enfin à ce que nous croyons être nous. Et là peut-être que le bonheur ne sera plus seulement un horizon inatteignable...