La cuisine des tranchées
de Silvano Serventi

critiqué par JulesRomans, le 30 janvier 2014
(Nantes - 59 ans)


La note:  étoiles
Des saveurs bien "tranchées"
"La cuisine des tranchées" ne se contente pas d'évoquer les aliments des poilus sur le front ou dans la zone des armées mais l'ouvrage s'intéresse aussi à ce que des Français prisonniers en Allemagne pouvaient manger. Par ailleurs les aliments des civils de l'arrière et des zones d'occupation sont également objets d'étude.

Le contenu est très large puisque l'on découvre quelle région ou quelle colonie était pourvoyeuse de certains aliments. L'on savait que les planteurs antillais et les élus antillais s'auto-décernaient des brevets de patriotisme pendant et après la guerre et l'on aurait pu croire que le rhum avait été le nerf de la Grande Guerre pour ses effets euphorisants auprès des poilus. D'ailleurs l'on vit pour cet alcool la production augmenter de 50% entre 1913 et 1917 (à noter que marginalement il a pu servir dans le domaine médical et celui des explosifs) et 85% de sa production partait à l'exportation.

L'on découvre bien d'autres pages et en particulier page 83 que l'unique conserverie en Afrique, implantée à Lyndiane au Sénégal, pouvait dès 1916 mettre en boîte la viande de 50 000 têtes de bétail par an.

Outre des recettes popularisées dans le "Bulletin des armées" (présente aux pages 42 à 44), ce sont globalement les conditions dans lesquelles la nourriture est apportée au front et cuisinée qui sont évoquées. D'autres aspects sont traités et en particulier le contenu de repas festifs.

La conclusion ne met pas en évidence ce que l'historien de l'alimentation pourrait juger le plus important, à savoir que la principale conséquence de la Grande Guerre est la familiarisation intensive à la conserve. Par contre les dernières pages mettent en évidence que se construit alors un patrimoine culinaire commun à tous les Français et l'auteur cite comme meilleur exemple le camembert, qui jusqu'en 1914 produit régional, est connu de tous les habitants de l'hexagone à la fin de la Première Guerre mondiale.