L'acquittement de Gaétan Soucy

L'acquittement de Gaétan Soucy

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Aaro-Benjamin G., le 19 janvier 2014 (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 50 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (35 094ème position).
Visites : 1 740 

Le pardon

Un court roman. L’histoire d’un homme qui revient vingt ans plus tard sur les traces de son passé, vers un petit village au milieu de l’hiver. Une quête mais aussi un voyage pour confronter ses démons. L’auteur alimente le mystère de ce retour inexpliqué vers la famille Von Croft. On y retrouve les atmosphères attendues chez Soucy, un flottement entre la réalité et le surréel. Des personnages et des situations étranges laissées en suspens.

J’ai deviné assez tôt où l’on me dirigeait. Néanmoins, le style sobre et l’intrigue lancinante ont réussi à me captiver jusqu’à la fin. L’écriture de l’auteur peut sembler visuelle et cinématographique, mais elle est en fait impressionniste. Des lieux et des gens que l’on découvre par touches fugitives. Ceci est à la fois la force et la faiblesse du roman. Puisque à la longue, le lecteur peut souvent se perdre par manque de repères.

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Avoir froid en Dieu

8 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 77 ans) - 20 janvier 2014

En 1946, Louis Bapaume est l’organiste de la basilique Notre-Dame de Montréal. Même s’il joue de la musique sacrée il a tout de même froid au ciel. Dieu n’est pas sa tasse de thé. C’est un homme naïf, mais surtout timoré quand il s’agit d’aborder autrui.

Vingt ans plus tard, il revient en pleine tempête de neige à Saint-Aldor, le petit village où, jeune organiste frais émoulu, il fut professeur de musique. Accueilli par le chef de gare mélomane, il apparaît à ses yeux comme un homme étrange, mais sympathique. Ayant enseigné à Julia von Croft en même temps qu’à sa jumelle, Geneviève, il veut les revoir. Qu’est-ce qui a bien pu se passer entre lui et Julia, vingt ans auparavant? II se révèle peu à peu qu’il a se faire «acquitter» des sévices qu’il aurait fait subir à Julia.

Grâce à Maurice, un adolescent à la voix d’or, le héros se réconcilie avec lui-même. Il voit en lui un jumeau. Il lui est d’autant plus précieux que c’est par lui qu’il apprendra qu’il est le compositeur d’une partition dont il est assez fier. Est-ce suffisant pour se pardonner de ses offenses ? Voire même de se pardonner de vivre ? Il se sent coupable de tous les maux de la terre, voire même de la mort de son père. « Aucun péché, lui dit Maurice, ne justifie la punition de voir mourir ceux qu’on aime. » C’est en s’acquittant de ses soi-disant fautes, qu’il pourra finalement vivre sa propre vie. Cesser de souffrir en prenant aussi conscience de toute la souffrance du monde. L’exorciser en s’approchant de la figure qui incarne la douleur, soit celle du chien qu’il caresse pour se débarrasser de ses craintes enfantines. Cesser de se replier sur soi pour revenir à la musique qui le libère, voire même qui le conduit à Dieu.

Il a donc trouvé à Saint-Aldor ce qu’il cherchait sans le savoir : la musique et une certaine sérénité. Il repart aussi honteux et humilié qu’avant, mais l’acquittement ne lui importe plus puisque ce voyage lui a permis de se dégager d’une mémoire encombrée et encombrante, de cesser d’être trop orgueilleux, trop vaniteux. Il va donc devoir passer par la perte de soi, pour retrouver une présence dans un ciel qu’il avait cru vide. Il connaît une assomption que la plume de l’auteur rend des plus céleste.

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