Le temps qui va, le temps qui vient de Kawakami Hiromi

Le temps qui va, le temps qui vient de Kawakami Hiromi
(Dokokara ittemo toi machi)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Myrco, le 24 décembre 2013 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 68 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (33 195ème position).
Visites : 1 507 

Exploitation un peu fastidieuse d'une idée intéressante

Onze chapitres titrés comme autant de nouvelles, onze voix différentes, en alternance masculines ou féminines, qui se succèdent et nous racontent, en demi-teinte, leurs vies, leurs parcours respectifs, souvent depuis l'enfance...
Cela ressemble un peu à la chronique d'un quartier, un petit quartier commerçant situé non loin du centre de Tokyo, et de ses habitants qui s'y croisent, se connaissent plus ou moins ou l'ont fait dans le passé, à un moment donné : Heizô le poissonnier, Ren le cuisinier du restaurant "La grappe" et ... tous les autres.
Autant d'existences banales, voire médiocres, à moins qu'elles ne soient tout simplement normales , qui n'échappent pas aux tristes, limite tragiques aléas de la vie.
Si le ton est souvent très distancié, le regard de l'auteure rend compte d'une perception pour le moins désabusée : ses personnages relatent sans jamais s'apitoyer sur leur sort ; ils n'attendent pas grand-chose d'une vie qui ne leur offre en général guère de perspectives. Ils se retranchent souvent dans l'acceptation, une indifférence plus ou moins apparente aux choses, voire une certaine passivité, autant de manières sans doute de se protéger des atteintes extérieures d'un contexte difficile et de l'idée que rien n'a grand sens dans cette vie.
Taeko, la professeur d'anglais confie:
"J'ai pensé avec force qu'il y avait des tas de choses que je ne voulais pas voir. En même temps, je comprenais que c'était la condition pour vivre"
ou encore Tokie, venue dans le fameux quartier passer quelques jours avec sa belle-mère, rare personne à laquelle elle s'étonne de vouer une vraie affection et qui, pour la sortir un peu de sa vie étriquée fera en sorte de lui proposer un peu de piquant en toute immoralité :
"Autant que possible je voudrais qu'il ne se passe rien. C'est mon unique souhait dans la vie. "
Et lorsque la passion existe, elle a pour corollaire une vie totalement gâchée : ainsi en est-il de la vie de Ren suspendue à sa passion pour Natako, qu'il exprime avec un certain détachement, essentiellement au travers de la relation des faits.

Ce contexte difficile du Japon moderne que j'évoquais précédemment, l'auteur ne fait que l'effleurer, par petites touches, mais il est bien là néanmoins, pesant, impactant sur les destinées de chacun: crise économique, insécurité et précarité à tous niveaux, jeunes surdiplômés en regard des possibilités d'emploi, suicide des jeunes sous la pression du système d'études, délitement de la famille et inconstance des couples.... et surtout, surtout immense solitude des individus.

Sur le fond, le propos est donc loin d'être inintéressant si l'on veut bien aller au-delà de l'apparente banalité d'un discours qui s'exprime nécessairement à l'unisson de cette dernière dans un style dont la platitude de façade masque parfois la subtilité des non-dits. Mais si l'on ajoute à cela la multiplicité des personnages, de leurs histoires respectives plus ou moins enchevêtrées, d'où la difficulté de les resituer les uns par rapport aux autres , il en résulte une lecture confuse, décousue, fastidieuse tout au long de laquelle on se demande où l'auteure veut nous emmener et j'avoue que j'avais hâte d'en terminer.
Et pourtant, ce dernier chapitre, il faut absolument l'atteindre car il est la clé de l'ouvrage justifiant tout ce qui précède, la clé qui ferme la boucle en quelque sorte.
En effet, cette fin plutôt belle, inattendue, même si elle est un peu artificielle se veut une réflexion sur la mort et la mémoire (je n'en dirai pas plus par respect du futur lecteur), une réflexion qui m'a d'autant plus touchée qu'elle est mienne depuis longtemps. Cette fin révèle l'intention qui a présidé à la composition du roman, d'un roman qui n'en est pas vraiment un... ou de nouvelles qui n'en sont pas vraiment...
Le problème est qu'hélas, pour moi, elle n'a pas suffi à racheter l'ennui et le détachement souvent éprouvé à la lecture de ces pages.

KAWAKAMI Hiromi est née en 1958; auteure de romans et nouvelles, elle est très populaire dans son pays où elle a reçu le prix Akutagawa.

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Kaléidoscope Tokyoïte

7 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 2 avril 2014

Sacré kaléidoscope quand même ! A cheval sur nouvelles et roman … Pour un roman, c’est totalement déstructuré avec onze interventions de personnages – de brèves chroniques, ou des résumés de vie – dont le principal point commun est leur statut de Tokyoïte. Pour des nouvelles, il y a des points de liaison qui sont évoqués, le plus souvent fugitivement, avec des personnages principaux d’une nouvelle qui apparaissent secondaires ou tertiaires dans d’autres. Chez Antoine Volodine on appellerait ça des « entrevoûtes » (breveté SGDG !!!).
La difficulté pour le lecteur occidental, que nous sommes, c’est que les patronymes nous étant fortement exotiques, nous avons du mal à les mémoriser, et passer de Heizo à Yuzuru du premier au second chapitre, sans liaisons aucunes, puis à d’autres, laisse pas mal de frustration puisqu’à peine s’est-on attaché à un personnage qu’il faut l’abandonner et en redécouvrir un autre.
Ils ont toutefois un autre point commun que celui de leur statut de Tokyoïtes ; ils sont de conditions modestes et tous semblent évoluer dans une grande solitude – paradoxe pas si paradoxal que cela dans une mégalopole surpeuplée telle Tokyo.
Lire « Le temps qui va, le temps qui vient », c’est quand même prendre une bonne tranche de vie lambda japonaise urbaine, c’est frémir un peu de la rudesse de leur existence. Pas d’héroïsme ou de morceaux de bravoures, nous sommes entre petits commerçants, petits employés de bureau, en plein milieu du peuple Tokyoïte. Dommage qu’on s’y perde faute d’un fil rouge plus costaud !

Le temps qui va

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 7 février 2014

Quant à moi j'ai beaucoup aimé ce livre qui dépeint des personnages et des atmosphères typiques de Tokyo. Je l'ai lu avec beaucoup de plaisir. Un petit regret, j'aurai aimé ne pas quitter si vite certains personnages particulièrement attachants, ceux du début surtout. J'ai regretté aussi qu'il n'y ait pas de fil conducteur entre chaque tranche de vie, je pensais que tout les personnages allaient se relier, mais ce ne fut pas le cas (ou alors ça m'a échappé).

Comme Isad je ne crois pas que je garderai un souvenir marquant, par contre, comme souvent avec ces livres japonais (ceux de Ogawa que je lisais systématiquement à une époque), il me restera un souvenir d'une atmosphère particulière.

Histoires croisées des habitants d’une rue

6 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 7 février 2014

Les chapitres composent autant de bribes de vies, passées ou présentes, des habitants d’un petit périmètre autour d’une poissonnerie et un petit restaurant. Les personnages se racontent simplement, expriment leurs rêves, leurs amours, leurs peines sur un ton détaché. Le livre fourmille aussi d’une multitude de petits riens qui constituent la trame du quotidien, notamment la façon d’envisager la vie de couples arrangés, plus ou moins élargie aux parents, à la fratrie et aux amis selon les circonstances.

L’émotion est toujours mise à distance, exprimée sur un ton clinique qui donne une sorte de profondeur légère au récit qui mêle les vivants et les morts. Quelques jours plus tard, il ne me reste cependant aucun souvenir marquant de cette lecture.

Lu dans le cadre du prix CL2014

2 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 28 janvier 2014

Chaque chapitre peut être pris pour une nouvelle avec un thème spécifique, qui rapproche le lecteur du Japon. Avec des thèmes comme l’amour, l’infidélité, l’amitié et la mort, elles semblent toutes tourner autour d’un quartier.

La première histoire commence avec un poissonnier, Heizo et une histoire d’amour entre deux professeurs Taechan et Kubota Manabu. La deuxième nouvelle retrace la vie de Yuzuru, un élève de Taechan. A partir du troisième chapitre, les liens entre les personnages ne sont pas apparents. Le lien entre les histoires n’est pas facilement visible et le lecteur se demande où l’auteur veut en venir. Avec 3 à 4 nouveaux personnages par chapitre, une liste de prénoms est nécessaire pour s’y retrouver. Il me manque plus de ponts entre les histoires, les tiroirs sont trop présents et peu d’unité.

Chaque histoire semble avoir un thème précis : le suicide, la relation sexuelle, l’infidélité conjugale, le mariage arrangé, la maladie d’Alzheimer… Je pense qu’en recueil de nouvelles, ce livre aurait eu plus de succès qu’en classification roman.

Surement très subtil et à la fois assez direct, on reconnait quelque touches poétiques mais le style est très épuré, lié peut être à la traduction, limite froid et ennuyant. Les frontières de mon esprit occidental ne me permettent malheureusement pas de juger ce livre dans sa vraie valeur. Après avoir fini la lecture, j’ai un sentiment inachevé de non-compréhension et peut-être que j’ai un manque de maturité ou de connaissance du pays du soleil levant pour apprécier.

Chroniques japonaises

6 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 26 janvier 2014

Curieuse construction que ce livre, entre le roman et le recueil de nouvelles. La narration est donnée à une nouvelle personne à chaque chapitre et aucun d’eux n’est relié, si ce n’est que par les lieux communs. Il s’agit d’une incursion dans le monde des familles japonaises, un travail essentiellement d’observation. Un livre humaniste, chose rare dans la littérature moderne. Mais, malgré un certain talent de l’auteur, l’ensemble reste éparpillé. La principale faille est son inhabilité à altérer les voix en fonction des narrateurs. Que ce soit un jeune homme ou une vieille femme qui nous parle, j’avais l’impression qu’il s’agissait toujours de la même personne.

Le tour du quartier

6 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 8 janvier 2014

C'est une jolie boucle que nous propose Hiromi Kawakami. En onze personnages, toujours reliés entre eux par un fil ténu, comme un petit clin d'œil entre des chapitres qui, de par ce fait, ne sont plus des nouvelles.
Une galerie variée qui nous permet de connaître la vie quotidienne dans un Japon moderne mais attaché à ses traditions... et à sa cuisine !
Malgré tout ou à cause de cet assemblage un peu disparate, le plaisir que j'ai pris à découvrir les personnages, à essayer de les relier entre eux, a cédé à un certain ennui devant ses destins qui ont en commun une certaine apathie, une résignation, entre banalité et normalité
"C'était un garçon ordinaire, normal si tu préfères.
Tu dis normal, mais de quelle manière ? Quel genre de normal ?"

Et bien sûr quelques efforts de mémoire pour se rappeler si le nom a déjà été évoqué, peu familiarisée que je suis avec les prénoms, les surnoms, les appellations affectueuses ou les noms de famille japonais.

Nous rencontrerons des gens aux trois "degrés" de leur vie "le petit, le moyen et le grand. La petite jeunesse, c'est en dessous de trente ans, la grande, c'est au-dessus de cinquante."
Et c'est peut-être aussi pour cette raison qu'il est pour chaque lecteur, facile d'éprouver de l'empathie pour tel ou telle personnage.

Mon chapitre préféré, la vie de Tokie, jeune femme , étriquée dans une petite vie rangée dont la vie va changer grâce à sa belle-mère originale, est un chapitre qui reflète assez bien, à mon avis, l'ensemble du livre:
"La plupart des choses me laissent indifférente. J'entends par là que je peux rester égale à moi-même, sans me poser de questions à l'infini.
C'est la seule certitude que j'ai acquise au cours de a vie, comme une confiance en soi. Si j'ai confiance en moi, c'est sur ce seul point. ..
… je suis un être humain tout ce qu'il y a de plus banal, voilà."

Et ce petit clin d'œil "involontaire" à la France devant l'admiration d'une belle marmite orange: " Mais dis-moi, c'est une Le Creuset!"

Un tour de quartier sympathique quoique un peu lassant qui manque, pour ma part, un peu de dynamisme.

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