Mesdames, vous aimez "ça" !
de San-Antonio

critiqué par Kalie, le 23 décembre 2013
(Sarthe - 54 ans)


La note:  étoiles
« C’est en baisant qu’on devient baiseron »
Les romans les plus récents de l’auteur sont mes préférés. Je les trouve encore plus fous et osés que ses livres plus anciens. Une fois de plus, avec ce bouquin datant de 1994, j’ai bu chaque phrase comme du petit lait.

A cause d’une gentille opticienne qui n’avait pas mis de culotte pour faire sa vitrine, San-Antonio se trouve entraîné dans une dangereuse aventure en Thaïlande (et en Malaisie). C’est à Bangkok que débute l’enquête pour retrouver la demi-sœur disparue de l’opticienne déculottée. Notre policier est accompagné d’Achille, Directeur de la police, ex-patron de San-Antonio devenu son alter ego, vieux débris impuissant qui n’a qu’une idée en tête : profiter du voyage pour retrouver sa virilité perdue. Et effectivement, ce San-Antonio est particulièrement tourné vers la bagatelle. Plus encore que d’habitude, je trouve. A tel point, qu’avec ses exploits sexuels, le héros en oublie sa mission. Cependant, il finit par avoir toute la pègre thaïlandaise à ses trousses. Comme il le dit si bien : « Ce que j’estime, assez exceptionnel dans mon cas, c’est que, plus ma position est critique, plus je trouve des occasions de me vider les burnes, à croire que le désespoir de ma situation est générateur de coups de bite. »

Le premier chapitre allie le burlesque à la pornographie. Chez Frédéric Dard, le sexe est toujours joyeux, jamais glauque : « Je me laissais polir le chinois à la salive d’opticienne » ; « Gloutonne à souhait, la chère sans-culotte m’engouffrait avec cette détermination des luronnes mouilleuses qui préfèrent détourner à leur profit le paf de passage, plutôt que de le laisser s’aller exploser chez la voisine. » Et ce n’est là qu’un début. Thaïlandaises, Danoises en vacances ainsi qu’une petite française énergique agrémentent le voyage. Il ne faut pas oublier non plus le « Vieux », devenu étalon grâce à un remède miracle.

Au ton très coquin s’ajoute les jeux de mots de l’auteur : « balbutié-je (éjectable) », « …les marches de pierre (Paul, Jacques) », « Je la plante (grimpante) sans attendre une confirmation », « C’est la France avec tous ses cons et tribuables qui paie. », « Ce qui me raie-con-forte », « Con descendant » etc. Il y aussi les patronymes rigolos : « Annie Versère », « Rose Déprez », « Mao Tsé Rien », « Chi O Po », « le buldingue de la compagnie Tes Ti Kul » etc. ainsi que les descriptions très imagées : « …avec la voix soumise d’une gagneuse en chômage technique pour cause de ragnagnas inattendus… », ces « regards énamourés qui irriguent le slip » ou ce « bâtiment en cils de travelo » etc.

Si le dépaysement, l’action et l’humour sont au rendez-vous ; l’enquête piétine. Qu’importe, aucun risque de s’ennuyer sous la plume de Frédéric Dard ; que ce soit avec les questions existentielles du narrateur (ici, notre héros tolère « la laideur des bouddhas à l’obésité triomphante » tout en préférant notre « Seigneur qui ressemble à un garçon coiffeur pour Dames… ») ou lorsqu’il interpelle rudement le lecteur avec ses « Tu peux comprendre ça ? T’es sûr ? Avec toi, j’ai toujours peur. »

J’adore également le regard désinvolte que notre policier porte sur ses contemporains : « Ils espèrent quoi les touristes, en venant galérer dans ce pays de mes fesses ? Se prennent pour Marco Polo. Polo mon cul oui ! De quoi se pignoler dans l’une des vitrines des Galeries Foufounette ! » ou encore « Bien entendu, les touristes se sont crus obligés de tracer leurs blases sur les blocs de roches. C’est une constante de la sottise universelle : écrire son nom sur ce qui paraît plus durable que soi. Ça le rassure le glandu de savoir son blase associé à un minéral, ou à un végétal à longue durée. Il se croit charrié un peu plus loin dans le temps. Ces roches rassemblées par les phénomènes géologiques forment des écritoires propices aux graffitis. Aussi s’en sont-ils payé à cœur joie, les Toto, les Nanar, les Lolotte de la planète : Riton aime Lélette, John loves Barbara. Des bouffées d’amours touristiques. Ils ont baisé à l’hôtel en rentrant d’excursion. Les voyages dépaysent. Dans une chambre de passage, tu brosses ta gerce comme si elle était une autre, une malconnue. Sa chatte est transcendée par une sensation d’aventure. Ses poils en sont moins cons (si j’ose de la sorte parler), son pubis plus renflé. Peut-être aussi qu’elle mouille mieux à l’hôtel des « Flots Bleus » qu’à la maison où elle a dû terminer son repassage (après le repas sage) pour avoir le droit de dérouiller dans ses miches lasses, la verge plus lasse encore de son ténor de clapier. »

Mais comme souvent, l’auteur se rappelle qu’il a une histoire en cours. Tout s’accélère à l’approche du dénouement. Le nombre de morts grimpe en flèche. Le sang gicle dans la bonne humeur. Et la vérité éclate, surprenante comme souvent. Voilà encore un San-Antonio qui n’est pas piqué des vers.