Sauf les fleurs de Nicolas Clément

Sauf les fleurs de Nicolas Clément

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Didoumelie, le 20 décembre 2013 (Inscrite le 5 septembre 2008, 45 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 345ème position).
Visites : 1 410 

"Je donnerais toute ma vie pour avoir une vie"

Voici un livre très bref qui est empreint d'une gravité dans la narration : mais l'écriture est à la fois surprenante par son style tranchant, tout autant qu'audacieuse, puisque non dénuée de lyrisme et de poésie, et c'est ce qui en fait tout son charme.

Le texte nous livre ici des images pour tenter de dire des choses violentes, dures ; la vie de Marthe, son histoire racontée par elle-même, narratrice de ce roman.

L'histoire en elle-même peut paraître malheureusement banale (une jeune fille qui tente de protéger sa mère contre les coups violents de son père) mais elle n'en reste pas moins bouleversante, au travers de tous les efforts que font Marthe et son jeune frère pour échapper à cette violence, qui transpire à grosses gouttes dans leur quotidien effrayant, tout au long de ce court et joli texte.
Le texte est à la fois violent et magnifique… Je ne résiste pas à vous en livrer un passage :

« Je voulais une mère avec des épaules pour poser mes joues brûlantes. Je voulais un père avec une voix pour m’interdire de faire des grimaces à table. Je voulais un chien avec un passé de chat pour ne pas oublier qui j’étais. [...] Je n’ai pas eu tout ce que je voulais mais je suis là, avec mes zéros, ma vie soldée du jour qui vaut bien ma vie absente d’avant. Je tombe rond ; mon compte est bon. »

J'ai passé un agréable moment de lecture avec ce petit livre, très troublant dans son style et sa narration, et très touchant, qui ne pourra pas laisser complètement indifférent.

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9 étoiles

Critique de Rotko (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 43 ans) - 28 février 2015

Nicolas Clément, sauf les fleurs, chez Buchet Chastel.

C’est une fillette qui parle directement au lecteur, comme dans un journal. Marthe raconte sa vie à la ferme, son affection pour sa mère et son frère cadet, la froideur et la brutalité du père. Au lecteur de découvrir par lui-même le drame qui sous-tend ce récit.

Car il s’agit d’un drame, exposé « classiquement », avec un préambule, pour une tragédie en 5 actes : ie les chapitres qui prennent chacun un titre :
« notre ferme », « Florent », «  L’adieu » etc.
A chaque chapitre (ou Acte) correspond un âge de Marthe, clausule de l’épisode : « j’ai 12 ans, 16ans » etc.

Sans doute reconnaît -elle dans son vécu, par cette organisation, ce qu’elle découvrira chez Eschyle, dès l’école primaire.

Le style est concis - et dense, comme l’action est intense : pas de subordonnées, mais des indépendantes brèves, juxtaposées, dont la sobriété s’éclaire souvent de confidences affectueuses, d’élans d’amour - ou de haine.

«Je l’embrasse avec mes mains, il me caresse avec sa bouche,[…] Nous fumons des Dunhill, nous brisons des glaçons sur nos ventres, nous lapons la fièvre faite hiver. Je l’aime ours, je l’aime un peu polaire, des yeux de course en lignes blanches, un sexe qui fait le vide en moi et me joue comme il faut. Je ferme les yeux. Il entre par ma porte. Je pense à Maman qui dort seule. Je donnerais toute ma vie pour avoir une vie. »

Car l’auteur soigne la langue, celle qui révèle les personnes : les phrases courtes du père, porteuses d’ « ordres et martinets », les demandes des animaux ( le chien, la vache), si souvent empathiques dans le ferme, la langue de l’école, nourrie des livres que fréquentent respectivement l’institutrice et la narratrice, celle qui donne aux mots leur plein sens, dans le respect du dictionnaire…

Au point qu’à Baltimore, Marthe devient excellente dans la traduction des œuvres grecques. C’est aussi la langue intérieure de Marthe, son monologue pour pensées personnelles, avec silences, et déclarations abruptes. Parfois un seul verbe, entre deux points.

« Disparaître. »

Le lecteur sera sensible aux métaphores, (le puits, le naufrage…), à une écriture concentrée qui vise au cœur comme à l’essentiel, pour dire un vécu violent, sans pathos. La jeune fille écrit pour elle, et pour un lecteur qui apprécie cette marque de confiance, et cette écriture poétique.

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