La gorge
de Žanina Mirčevska

critiqué par Pucksimberg, le 10 décembre 2013
(Toulon - 39 ans)


La note:  étoiles
Un chef-d'oeuvre macédonien ! Quelle claque !
Cette pièce remue, brusque, dérange ... Zanina Mircevska parle de notre monde moderne, de notre avidité, de notre volonté de tout posséder, d'amasser, de cette soif de pouvoir jamais assouvie. C'est pour cette raison qu'elle a créé un personnage qui a un appétit gargantuesque, qui dévore tout jusqu'à son propre nom. Il est nommé ... Logique, vu qu'il n'a plus de nom ! Ici, c'est sa relation au monde et avec les autres qui est analysée. On le voit converser avec le jardinier, la femme de ménage, le conseiller,etc. Il dialogue aussi avec un cheval et une poule ! Et même avec un ours prénommé Haribo ! Le monde dépeint est lié à l'argent, au pouvoir, au sexe aussi avec cette très jeune fille au prénom évocateur Lolita. Celui qui mange est celui est fort et l'on affirme sa force par cet esprit destructeur. Le personnage ... est comparé au Loup qui dévore le Petit chaperon rouge.

Zanina Mircevska choque. Certains animaux sont confrontés à la violence humaine ( lapin, cheval, cafard qui se noie ... ). On y parle aussi d'inceste et d'anthropophagie. Ce monde moderne est peint à l'aide d'éléments qui font horreur et l'on a parfois le sentiment de vivre une véritable descente aux Enfers. La scène où un homme noir a des rapports "étranges" avec des chiennes est aussi assez écœurante. L'auteure suscite des images fortes et tient le lecteur sous sa coupe. Pauvre lecteur ...

... a soif de pouvoir, mais est capable parfois de gestes bienveillants vis-à-vis des autres. C'est tout simplement pour répondre à ce besoin de domination et pour combler sa soif de pouvoir qu'il agit ainsi. Je n'y vois pas de l'altruisme.

Et il y a surtout des qualités indéniables dans l'écriture, un sens du rythme et une manière de gérer le dialogue qui peut surprendre. Les dialogues n'ont pas la présentation typographique habituelle. La dialogues ne sont pas aérés et se retrouvent condensés dans de longs paragraphes dont seule une barre oblique sépare les répliques. Le nom des intervenants est noté en ouverture de la scène, mais ne figure pas au début des répliques.

Une critique vive, violente, polémique, menée avec talent. J'espère qu'un metteur en scène se penchera très prochainement sur cette pièce qui offre plein de possibilités !