Gorée : les esclaves y pleurent encore de Georges Holassey

Gorée : les esclaves y pleurent encore de Georges Holassey

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Enfants => Contes et légendes

Critiqué par Lmpresse, le 9 décembre 2013 (Inscrit le 24 novembre 2013, 43 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 1 426 

"Un livre qui excelle dans l'art du suspens". "Une belle respiration d'odeurs, de sons, d'impressions, de vies"

Pour faire découvrir ce livre qui intéresse tant les adultes que les plus jeunes, nous reportons ici quelques articles et chroniques littéraires portant sur 'Gorée: les esclaves y pleurent encore' un recueil de nouvelles qui a fait découvrir cet auteur franco-togolais, pour avoir été finaliste de deux prix littéraires en France et en Afrique.

Article de Vincente Duchel-Clergeau sur CULTURES SUD, la revue des littératures du sud :
*** Dans ce recueil de nouvelles, Georges Holassey, auteur togolais de 36 ans installé en France, évoque le voyage, l’exil, les peurs enfantines alimentées par les contes et légendes, ... Avec, en toile de fond, la nature, les arbres, le souffle du vent, les oiseaux, la mer qui reflètent les états d’âme.
La nouvelle qui donne son titre au recueil, « Gorée : les esclaves y pleurent encore », est un récit du retour aux racines africaines de Donovan, Africain-Américain. Un exil à contre-courant qui suscite incompréhension chez les jeunes, qui ne pensent qu'à échapper à la pauvreté et à la rudesse de la vie dans leur pays. Donovan les invite à réfléchir sur l’exil vers les pays occidentaux : ne faudrait-il pas « rendre hommage aux ancêtres, en refusant de partir là-bas où la liberté leur avait été confisquée » ? Mais Donovan repartira en Amérique…
La même thématique est traitée dans « Le voyage de l’espoir ». Il s’agit cette fois de la migration d’un jeune diplômé togolais au chômage, qui va au Sénégal « chercher la dignité ». Il ne la trouvera pas, mais choisira de rester : «j’ai fait le choix de ce voyage et je l’assume. »…
En fait, l’auteur décline différentes sortes d’exil, en commençant par celui que suscite la recherche identitaire des Afro-américains.
Enfin, dans « Le marin déchu », c’est un marin allemand qui échoue à Lomé, la capitale du Togo, par amour pour une fleuriste, Maya. On comprend que c’est une autre sorte d’exil.
Elle le quitte et, après cette rupture, il a sombré dans la dépression, et est suivi dans le service de pyscho-pathologie d’un hôpital. Au cours d’une séance, il confie au professeur qu’il est allé voir un guérisseur, car il est persuadé d’être victime d’un maléfice. Le stagiaire commente : « Qui de nous pourrait lui en vouloir de croire à une cause mystérieuse de sa maladie, même s’il vient d’un pays, où, nous dit-on, l’on ne croit guère à l’irrationnel ? »
Ces phénomènes mystérieux sont également dans les nouvelles suivantes, sur des tons qui varient du comique au tragique à travers le regard et les peurs enfantines. Dans « Une nuit pas comme les autres », un collégien enfreint l’interdiction parentale et regarde sous un grand arbre, qui abrite des oiseaux terrifiants. Il y voit une forme mystérieuse. Une foule se rassemble à bonne distance de l’arbre, chacun est partagé entre la peur de cet être mystérieux – un esprit ?- et la joie d’assister à un événement extraordinaire. C’est alors qu’arrive Félix, ce maître d’école venu de la capitale qui brave les tabous et dénigre les totems ». La chute est désopilante : l’être mystérieux n’est qu’un pantalon. L’aspect extraordinaire de l’événement est tourné en dérision, mais le mystère a ses attraits, que l’on préfère conserver.
« Mon oncle, ce revenant » raconte la réapparition d’un oncle, disparu depuis quelques années, après la mort de son père « pour ne pas mourir comme son père, qui aurait été tué, selon lui, par un complot maléfique tramé par les membres du clan familial ». La peur suscite des comportements inexpliqués. Christophe, le neveu, va suivre son oncle, mais reste circonspect. L’auteur jette un éclairage teinté d’humour sur les réactions des uns ou des autres. Ainsi lorsque son chien flaire les chaussures de Christophe, l’oncle y voit la confirmation « d’un esprit méchant qui le poursuivait » et que son chien a senti. Or, Christophe découvre « alors ce qui lui faisait perdre la tête : des traces de sang et un reste de rat que j’ai du écraser sans le savoir. » Tout est dit.
Le « Cercle des phénomènes » est dans la même veine. Otto, fils d’un directeur d’école, va passer ses vacances d’été chez son grand-père. Après une mauvaise nuit, son grand-père lui fait subir une cérémonie pour conjurer le mauvais sort. De même, la mort de sa grand-mère, survenue à la suite d’une morsure de chien, a été considérée comme « un envoûtement » par tout le village, qui n’a eu de cesse de faire des cérémonies, en vain. « Deux ou trois personnes tout au plus osèrent accuser de rage ce chien ». C’est simple et percutant.
En revanche, c’est le tragique qui l’emporte dans « Mon ami Léon ». Léon, un enfant bossu, est enlevé à l’entrée du village, bâillonné et ligoté, à cause d’une lugubre superstition sur les bossus. La seule description des tam-tams, de la danse, de la transe traduit l’horreur de l’acte.
Dans ce recueil, l’auteur … réussit le pari de donner à voir une réalité complexe, sans privilégier un point de vue. Il aborde d’autres thèmes et excelle dans l’art du suspens, rappelant parfois le ton de certaines nouvelles de Roahl Dahl, un maître en la matière. ***

Article de Vincente Duchel-Clergeau (Cultures Sud : http://culturessud.com/contenu.php/… )

Autre article :
*** Nous chroniquons sur ce site surtout des essais de politique ou de sociologie, et depuis quelques mois des romans, notamment des premiers romans afin de ne pas être esclave de l'actualité, de la notoriété. Pas vraiment la peine de lire des blogs sur le web si c'est pour avoir les mêmes livres que dans les grands médias dominants. Mais nous chroniquons presque jamais de recueil de nouvelles et c'est sans doute dommage car la nouvelle est un art difficile.
Mais il est vrai que la France n'est pas vraiment une terre de nouvelles, Maupassant est hélas loin malgré que les publications qui se font jour régulièrement. Mais une certaine réserve des éditeurs, et parfois des lecteurs existent.
Alors profitons de ce beau recueil d'un écrivain né à Lomé en 1974 et vivant en France. Cet auteur publie son second livre aux éditions Le Mono après avoir été déjà publié en 2009 aux éditions de L'harmattan avec un livre intitulé "Injustique".
Ce recueil contient onze nouvelles dont la première donne son titre au livre.
Chacune des nouvelles porte un titre. En voici quelques uns :
- Mon ami Léon
- Un soir de noces
- Le cercle des phénomènes
- Le voyage de l'espoir
- Le marin déchu
- L'épave
Partout dans le monde, il y a deux sortes de gens, ceux qui partent, et ceux qui arrivent, les autres étant immobiles, très ou trop immobiles. Donc au début du livre, nous sommes en Afrique, là où vient d'arriver un américain, un américain que ceux qui sont déjà là, ont surnommé Donovan.
Donovan c'est un bon nom pour un américain, même si c'est un américain qui vient en Afrique afin de retrouver ses racines. Oui tous les américains ne sont pas des WASP, loin de là. Là-bas l'américain est tout de suite confronté à une vie rude, si rude qu'elle fait souvent fuir ceux qui sont nés en Afrique, fuir vers l'Europe ou l'Amérique.
Trajets, voyages inversés.
En Afrique souvent une terre de désespoir.
Ailleurs, une terre d'espoir, enfin peut-être.
Et puis, il y a le vin de palme. Le vin de palme qui peut aider, aider à parler, ce que va faire Donovan, qui va expliquer comment il avait auparavant, avec un groupe d'afro-américains, découvert cette île de Gorée. Voir de ses propres yeux la maison aux esclaves, là où ses ancêtres étaient parqués comme des bêtes avant l'embarquement vers l'Amérique lointaine.
Tout avait alors changé dans sa vie.
Après son retour, rien ne fut plus comme avant. Alors il décida de savoir d'où il venait, en pratiquant des analyses scientifiques.
Ensuite il fit sa valise vers l'Afrique, pour la connaître, et pour se connaître.
Et le vin de palme...
Cette nouvelle donne le ton du livre. Un livre qui est une belle respiration, une respiration d'odeurs, de sons, d'impressions, de dialogues, de vies...
Et puis il y a Léon, et Félix et aussi Frédéric, et un voyage vers Dakar, un revenant, sans oublier un vendeur ambulant de livres...
Un livre attachant qui donne envie de lire le précédent... A découvrir séance tenante... ****
(article publié sur Danactu-Résistance - Blog culturel) http://danactu-resistance.over-blog.com/article-go… )

Message de la modération : Livre présenté par l'éditeur

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Forums: Gorée : les esclaves y pleurent encore

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Gorée : les esclaves y pleurent encore".