Le Temps des erreurs
de Mohamed Choukri

critiqué par Cyclo, le 7 décembre 2013
(Bordeaux - 73 ans)


La note:  étoiles
la suite du "Pain nu"
L’époque de Choukri (les années 50 et 60) est formidablement recréée dans ce roman autobiographique, suite du "Pain nu", que j’avais lu autrefois. La misère est omniprésente, et donc le rêve : "Dans les baraques, la seule ambition et toute la fortune, c’est la beauté du rêve, éveillé ou en dormant. Les pauvres sont les vrais rêveurs. Dans leurs petites coquilles, ils rêvent de grands espaces, de richesses, de festins somptueux, de fêtes tapageuses où l’on danse jusqu’à l’évanouissement. Vaines chimères, illusions délirantes". La description de la famille (le père, cossard et violent, la mère, tuberculeuse, les frères et sœurs qui essaient de survivre) est très forte : "Ici, la douleur est partout, dans les sourires forcés, les gestes brisés, les gestes vagues". Quant à la cour des miracles qui les entoure (voleurs, clochards, prostituées, ivrognes, fumeurs de kif, tout le petit peuple qu’il côtoie), je ne suis pas sûr en observant un peu les rues ici que ça ait tellement changé.
Mohamed Choukri s’en est tiré par l’étude (et que de peine quand on entre comme lui à l'école à vingt ans ! Mais c‘est aussi la preuve que ce n'est pas impossible, et que l'analphabétisme n‘est pas une fatalité), il avait une faim phénoménale de lectures. Mais il n’a jamais oublié ces temps difficiles.