Le voyage imaginaire
de Léo Cassil

critiqué par Lectio, le 29 novembre 2013
( - 68 ans)


La note:  étoiles
Une bouffée de tendresse et de nostalgie.
Léo Cassil (Lev Kassil,1905-1970) nous parle d'un temps que nous avons tous connu dans notre enfance, celui des personnages inventés, des territoires imaginés et des cachettes secrètes parce que dans le monde adulte "il n'y avait pas de place pour les enfants". Fils d'un médecin et d'une professeur de musique, les frères Lolia et Osska vivent dans une famille russe plutôt bourgeoise et aisée. Tout commence par une punition (aller au coin) due à la perte d'une figurine de l'échiquier de papa. Ainsi nait la SCHWAMBRANIE, pays en forme de molaire, profession du père oblige! La géographie du pays s'enrichit au fil du temps d'archipels au gré des taches d'encre involontaires. Elle possède sa faune, sa flore, son Tsar, ses principes de justice et ses habitants ressemblent caricaturalement à ceux de la ville de Pokrovsk où ils résident. Les noms Schwambraniens sont issus des publicités, des médicaments, des catalogues en un joyeux mic-mac : urodonal, bremabor, smith & wesson, cascarine, mitrailleuses maxim, seccotine, naphtasol... Car au lieu d'être un conte intemporel aux personnages mythiques, la SCHWAMBRANIE se superpose à la vie réelle quotidienne. Et, en cette année 1917, la vie quotidienne en Russie est agitée, sanglante, délabrée, affamée. La guerre d'abord avec ses dizaines de soldats arrivant du front éclopés, mutilés dans des hôpitaux de fortune. Puis, la chute du Tsar, la révolution, la collectivisation, le manque de nourriture, le pouvoir arbitraire. Bien que le logement se rétrécisse, que l'enseignement soit cahotant, la SCHWAMBRANIE tient bon. Réquisitionné, le père part au front. Nouvelles responsabilités pour combler l'absence paternelle, endoctrinement, la SCHWAMBRANIE s'éloigne à mesure que les enfants grandissent. A la fois document sur la vie quotidienne d'une famille russe en 1917 et célébration de l'imaginaire et de l'utopie enfantine, l'ouvrage est largement autobiographique. On lira avec intérêt ce que les deux frères devenus adultes conservent de cette évasion de jeunesse. Le succès de ce livre nous démontre combien cette histoire nous est familière en nous rappelant cette part souvent secrète de notre enfance plus ou moins lointaine.