Le parti pris des animaux de Jean-Christophe Bailly

Le parti pris des animaux de Jean-Christophe Bailly

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Essais

Critiqué par Donatien, le 12 novembre 2013 (vilvorde, Inscrit le 14 août 2004, 77 ans)
La note : 8 étoiles
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VERTIGINEUX!

LE PARTI-PRIS DES ANIMAUX

ISBN 9782267024661

Le livre est composé de huit textes consacrés aux animaux.

Dans l’introduction Jean-Christophe Bailly expose que ce sont la surprise et la joie que les animaux existent et l’inquiétude face à la disparition possible d’un grand nombre d’entre eux qui sont les motifs de ce livre.
L’histoire de la compatibilité entre les hommes et les animaux est l’histoire même de l’humanité.

Le premier texte est en vers libres sur l’animal le plus proche de nous : les singes.
Exercice d’admiration pour ce que le singe sait faire « tout ce qui de façon certaine constitue son langage et son monde « et non ce qu’il sait ou saurait faire comme nous.
L’auteur nous raconte ses rencontres avec les singes en liberté, leur souplesse, leur vélocité. Les traits de caractère des vervets et des colobes ( que je ne connaissais pas), «pour la libre et agile façon dont ils écrivent leur différence», les orangs-outangs du zoo d’Amsterdam.
Ode aux singes.
Extrait : «ce qui devrait nous frapper en premier
c’est, ce serait d’abord leur regard
ce regard qu’ils nous renvoient et qui
au lieu de nous clouer au sol
suppose l’existence d’un espace de délibération et de transfert».

2) Le visible et le caché.

Les animaux, la plupart du temps on ne voit que leur sillage. Ils surgissent, l’affect de la rencontre avec eux reste lié aux régimes de l’irruption, du suspens bref et de la fuite. Un territoire c’est une aire où se poser, où chasser, où errer mais c’est aussi une aire où l’on sait où et comment se cacher. (voir Le terrier de Kafka)., SAUF au zoo.

La cage est le contraire absolu du territoire. L’innocence désespérée des animaux au zoo! Le théâtre d’inquiétude qu’est pour eux, l’ouvert!

3) La forme animale.

Il voudrait expliquer pourquoi il ne parle pas d’ANIMALITE mais plutôt «d’une adhérence à soi et au monde qui est en même temps comme une fuite en avant et qui est le propre de toute bête».

Il assimile l’élevage à un exil.


L’animalité serait le nom de ce qui, dans leur apparence et leur conduite, est apparenté à une pulsion .
Les animaux seraient des estafettes , ne faisant pas partie du logos.


4) Les animaux sont des maîtres silencieux, conférence de 2010, question de nos inquiétudes quant aux bêtes. Nos relations passées et futures avec les bêtes. L’hypothèse de leur disparition pure et simple de la surface de la Terre.
Considérer les animaux dans leur ensemble comme des témoins d’une altérité effective. Les animaux ne parlent pas, le but de ces actions était donc de magnifier leur silence leur détachement envers le langage.

Suivent d’autres réflexions comme, pourquoi associer l’absence de langage articulé à l’imbécillité ou à une situation inférieure?

Voler c’est faire l’expérience de l’espacement et habiter à même l’intervalle (qui contiendrait une joie).
Et le sommeil? « Ce contact au monde dont seule la respiration témoigne et qui est comme un SEUIL. Toutes les créatures ont accès à ce seuil, frange où l’être semble se recueillir et s’accepter intégralement dans l’existence. Existence qui est un fonds d’expérience commun aux hommes et aux bêtes. «
Ces signes sont repris sous le nom unique d’ANIMALITE.

L’expérience singulière du regard échangé. L’existence de l’altérité comme telle, ouvert à la pleine reconnaissance de l’autre, même différent.

Réflexions aussi sur les rites et coutumes des chasseurs, l’intimité perdue avec ce fonds commun des existences et des expériences.

JC Bailly voudrait s’introduire dans l’espace ouvert et assombri de nos pensées via l’un d’entre eux : le LYNX.
Le lynx, figure du maître silencieux comme un exemple d’animal parfait. (on l’appelait autrefois loup-cervier). Outre son impeccable beauté, c’est son odorat, l’ouïe avec les fins pinceaux qui terminent ses oreilles , les vibrisses de ses moustaches soit l’hypersensivité apte au contact électrique, patient et glissé avec l’univers!
«Rien qu’une ombre en allée dont vraiment, j’aurais aimé voir le passage parmi nous, pure intimité à soi et, pour nous ,une forme silencieuse : un maître, un fantôme et même un dieu si vous voulez -une BETE.»

Certains textes de Jean Christophe Bailly font référence à des notions philosophiques, le vocabulaire est précis, parfois scientifique (mais non «amphigourique» comme certains en font le reproche, à propos de son magnifique «Dépaysements).
Il suffit de consulter le dictionnaire pour en apprécier la beauté et l’efficacité.

J’ai , de plus, acheté ce livre à Lagrasse, après la visite cet été de la belle abbaye qui offrait aux visiteurs un joli havre de paix composé d’une taverne ET d’une magnifique librarie.
Les livres étaient joliment présentés, parfois assortis de commentaires explicatifs.
Bref, un moment de bonheur prolongé par celui de la lecture de ce beau recueil de textes.

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