Esquisse d'une théorie de la pratique
de Pierre Bourdieu

critiqué par Elya, le 12 novembre 2013
(Savoie - 34 ans)


La note:  étoiles
De l'ethnologie à la sociologie avec la société kabyle
Ce livre rassemble différents textes écrits par Bourdieu plutôt vers le début de sa carrière de sociologue, suite à son séjour ethnologique auprès de Kabyles.

La première partie rassemble 3 documents indépendants parus dans différentes revues entre 1960 et 1970. Il s’agit de 3 « lectures » de la société kabyle via différents « prismes » : le sens de l’honneur (texte 1), l’organisation de la maison (texte 2), l’histoire familiale (texte 3). Dans ces écrits, Bourdieu nous rapporte ce qu’il a observé et ce qu’il a entendu en Kabylie, et qui reflète la dynamique des échanges interpersonnels, entre les hommes et les femmes, les différentes familles, les différents villages, les membres d’une même famille… Toutes ces relations, ces personnes, ces actions, sont structurées par des « divisions mythico-rituelles » et un ensemble de normes et de faits qui régissent la société de manière plus ou moins consciente (Bourdieu parle d’ « éthos ») que le sociologue saisit. Il insiste également sur le « capital symbolique » que procurent certains faits qui peuvent nous apparaître anodins et peu concluants sur le plan économique et matériels.
Il désamorce certaines réactions que peuvent susciter la lecture de ses commentaires, notamment des analogies douteuses, superficielles et ethnocentriques. C’est d’ailleurs ce que je n’ai pu m’empêcher de faire lorsqu’il évoque les oppositions et les homologies entre le nif (l’honneur) et l’huma (l’outrage) associés respectivement à l’homme et à la femme, et qui rappellent, de manière surement simpliste, le yin et le yang. Ou, lorsqu’il évoque la thamgart (vengeance du sang), je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que nous aussi, en France, on a un mot pour ça, employé surtout en Corse, la vendetta.

Il s’agit peu à ce stade du livre de se questionner sur la rigueur de la méthode employée par le sociologue, même s’il fait quelques parenthèses à ce sujet. Il y ébauche d’ailleurs une définition d’une « théorie de la pratique », qui sera le sujet de la deuxième partie de ce livre : « La théorie de la pratique en tant que pratique est le seul moyen d’échapper à l’alternative du matérialisme et de l’idéalisme en rappelant, contre le matérialisme positiviste, que les objets de la connaissance sont construits, et, contre l’idéalisme intellectualiste, que le principe de cette construction est l’activité pratique orientée vers des fonctions pratiques. »
Cette deuxième partie est donc plutôt une réflexion, ou une étude, sur les caractéristiques de l’analyse ethnologique. Bourdieu y définit un certain nombre de notions qu’il utilise ensuite sans cesse dans ses autres ouvrages : celles d’ « observateur observé », d’ « habitus, de « capital symbolique ». Il est intéressant d’en trouver aussi des définitions, même si elles sont souvent complexes, pas très synthétiques. Par contre, si l’on veut vraiment saisir tout ce que Bourdieu raconte dans cette partie, il faut s’accrocher. Personnellement, je n’en ai pas vu l’intérêt. Ses phrases, ses raisonnements me semblent trop alambiqués au premier abord pour avoir envie d’y consacrer du temps. J’ai donc lu cette partie sans en retenir grand-chose dans son ensemble, hormis quelque petits passages, peu nombreux.

J’avais envie de découvrir les premiers travaux de Bourdieu, ceux qui selon les dires l’ont fait transiter depuis l’ethnologie vers la sociologie. C’est chose faite, et j’ai apprécié de découvrir quelques caractéristiques de la société kabyle, surtout concernant l’organisation type des maisons kabyles. Concernant la teneur en réflexion épistémologique et méthodologique de l’ouvrage, je suis par contre passée à côté.