Le bel otage
de Zayd Muti'Dammaj

critiqué par TRIEB, le 7 novembre 2013
(BOULOGNE-BILLANCOURT - 68 ans)


La note:  étoiles
L'ENLEVEMENT AU SERAIL
A l’âge de douze ans, le narrateur du roman est enlevé à sa famille pour servir au palais du gouverneur comme duwaydar. Nous sommes dans les années quarante au Yémen, pays en proie à un début de révolution visant l’imam-roi Yaya
La traductrice du récit précise par une note de bas de page ce qu’est un duwaydar : « Un jeune garçon à l’esprit vif que les princes et les gouverneurs de l’imam employaient dans leurs palais».

Le narrateur partage la chambre d’un ami qui est nommé, tout au long du texte le « beau duwaydar ». Il découvre les mœurs, coutumes et usages du palais . Ainsi, la sœur du gouverneur, femme très séduisante et ravissante le poursuit-elle de ses assiduités et de ses avances : elle le tente par de multiples invites et l’embrasse avec fougue : « Elle a pris ma tête entre ses mains …et… elle a posé sur mes lèvres un baiser où j’ai goûté le nectar d’une reine abeille. J’ai eu le vertige et tout s’est mis à tourner autour de moi. » Pourtant, en soignant son ami, en proie à la maladie, et en ne parvenant pas à établir de liens égalitaires avec Sharifa Hafsa, nom de la sœur du gouverneur, le narrateur prend conscience de l’impasse dans laquelle il se trouve : il est otage, il est captif et découvre qu’il peut vivre libre. C’est ce qu’il décide à la fin du roman en s’évadant du palais à la faveur de la mort de l’imam-roi et d’un changement politique proche.

Ce roman est significatif à plus d’un titre : il est habité par l’érotisme, le culte du désir, de la liberté amoureuse ; il participe aussi d’un message plus politique et plus contemporain, celui des printemps arabes récents en décrivant l’oppression du régime de l’imanat en 1940, comme par une intuition prophétique.
Le roman se lit avec plaisir ; sa traduction bienvenue contribuera à faire connaître cette littérature moyen-orientale d’expression arabe.