Les noisettes sauvages
de Robert Sabatier

critiqué par Fanou03, le 25 janvier 2019
(* - 43 ans)


La note:  étoiles
A Saugues, le temps d'un été
Décidément Robert Sabatier a l’art de composer de bien beaux romans d’ambiance. Ainsi, comme dans les Allumettes Suédoises ou dans Trois sucettes à la menthe, s’égrènent langoureusement les journées d’Olivier. Il découvre cette fois-ci ses racines familiales du côté de son père : c’est donc à Saugues, gros bourg de Haute-Loire, aux marches du Gévaudan, que le jeune garçon va passer l’été, en compagnie d’un jeune oncle charismatique, d’un grand-père affectueux qui deviendra son confident, et d'une grand-mère sauvageonne faussement revêche.

Nulle intrigue ne vient réellement structurer le récit. Mais par la magie du conteur qu’est Robert Sabatier, le livre, quoique plutôt lent (comme d’ailleurs les deux premiers volumes) enchante par la grâce et l’émotion contenue qu’il dégage. Olivier se frotte à l’apprentissage de la vie rurale d'avant la seconde guerre mondiale, en une succession de tableaux champêtres la plupart du temps d’une grande douceur, comme la pêche aux écrevisses avec l’oncle Victor, les balades en bicyclette avec la jolie cousine Jeannette, ou bien les escapades au marché aux veaux de Saugues.

Entre deux virées dans la campagne et un coup de main enthousiaste à son maréchal-ferrant d’oncle, le vertige de la vie éprend parfois Olivier, comme il peut nous éprendre aussi, quand il pense avec mélancolie à tous ces lieux qu’il a connus, aux gens qu’il a croisés et qui ont parfois disparu de son existence. La naissance et la mort, au milieu de ces vacances plutôt agréables, surgissent ainsi comme des évocations, à travers par exemple l’épisode de la naissance du veau de la Marcade, qu’Olivier va aider seul à mettre bas, ou bien lorsqu’il assiste à la tuerie du cochon. Le cycle incontournable de la vie imprègne ainsi le livre, jusqu’au départ du jeune garçon, à l'orée de l'automne. Il lui faut en effet bientôt quitter Saugues, car l'hiver vient qui, comme le rappelle son grand-père, surgit inévitablement après l’éblouissement de l’été, hiver ô combien redouté sur ce rude plateau de Saugues pourtant si agréable à la belle saison.