Le meneur de loups de Alexandre Dumas

Le meneur de loups de Alexandre Dumas

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Romans historiques

Critiqué par Saule, le 26 mai 2003 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 754ème position).
Visites : 3 196  (depuis Novembre 2007)

A l'époque où Satan se transformait en loup.

Moi les loups c'est comme Sorcius et Bluewitch avec les sorcières ou Folfaerie avec les fées: les histoires de loups j'en raffole ! Alors ce roman, de Alexandre Dumas en personne, cette histoire qui parle de loups, de grandes et sombres forêts, de chênes plusieurs fois centenaire et du diable en personne (Il faut savoir qu'en ces temps-là, Satan se transformait parfois en loup), ce livre m'a complètement enivré.

Le héros de l'histoire est Thibault, sabotier de son état, un personnage qui serait très bien si ce n'était une mauvaise inclinaison de son âme: il a la funeste tendance de désirer ce qu'il n'a pas et d'être jaloux des mieux lotis que lui. Suite à une chasse qui ne se passe pas comme elle devrait, Satan se réfugie dans sa cabane sous la forme d'un loup noir et lui propose un pacte: chaque fois que Thibault voudra du mal à quelqu'un son voeu sera exaucé. Notre homme accepte, persuadé qu'il pourra faire son propre bonheur sur le malheur des autres. Mais un tel pouvoir diabolique n'est pas sans danger pour celui qui l'exerce.

L'histoire rebondit rapidement, Dumas nous passionne et nous enchante par les péripéties, aventures et mésaventures qui se succèdent à un rythme effréné. Pour peu qu'on accepte de retomber un peu en enfance, on passera un excellent bon moment. Mon enthousiasme est tellement grand que je n'hésite pas à donner 5 étoiles.

Un petit extrait, pour vous mettre l'eau aux babines :

"A peine Thibault eut-il fait cinq cents pas dans la forêt, qu'il se trouva au milieu des loups. Il eu plaisir à les revoir. Il ralentit sa course. Il les appela. Les loups se pressèrent contre lui. Thibault les caressa comme un pasteur fait de ses brebis, comme un piqueur fait de ses chiens. C'était son troupeau, c'était sa meute. Troupeau aux yeux flamboyants, meute aux regards de flamme. Au-dessus de sa tête, dans les branches sèches, sautillaient sans bruit ou voletaient en silence les chats-huants aux hululements plaintifs, et les chouettes aux cris funèbres [...] Thibault semblait être le centre d'un cercle infernal.[...] -Ah ! ah ! murmura Thibault, je ne suis donc pas l'ennemi de toute la création; si les hommes me détestent, les animaux m'aiment. Thibault oubliait quel rang tenaient, dans la chaîne des êtres créés, les animaux qui l'aimaient. Il ne songeait plus que ces animaux qui l'aimaient étaient les animaux qui haïssent l'homme et que l'homme maudit".

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L'envie ne fait pas le bonheur !

9 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 41 ans) - 30 janvier 2015

Alexandre Dumas, au cours de sa première chasse, est persuadé d'avoir réussi son tir sur un loup. Or le loup s'est enfui, il n'en reste que la balle du fusil. C'est le vieux Moquet, qui l'initie à ce noble sport, qui lui fournit la solution à cette énigme : ce loup devait être un meneur de loups ! Une légende ancienne dit que le Diable est invulnérable sauf un jour par an. Ce jour-là, il s'incarne en loup, et s'il fuit tout danger, il n'en est pas moins pervers que d'habitude, il n'y a qu'à écouter l'histoire de Thibaut le sabotier, ou plutôt de Thibaut le meneur de loups. Cette histoire qu'il tient de Moquet, Dumas va nous la partager !
Thibaut donc est sabotier de son état. Il vit de son art qu'il pratique devant sa cabane dans la forêt. Il porte beau, a bel esprit et belle figure, est instruit. Il ne lui manque qu'un nom à particule et un pécule pour faire son bonheur. En attendant, il plait assez à la belle de la forêt qui s'occupe de sa vieille grand-mère. Un jour, le seigneur de la forêt et sa clique viennent à passer devant lui, à la recherche d'un loup. L'échange entre Thibaut et son seigneur est humiliant et quand Thibaut rentre chez lui, il a la surprise de découvrir que le loup recherché y a pris ses quartiers.
Mais ce loup n'est pas un loup ordinaire. Il s'agit du Diable en personne qui, voulant (officiellement en tout cas) remercier Thibaut de l'avoir caché et donc sauvé en ce jour à haut risque pour lui, lui propose d'exhausser tous ces vœux, tant que ces vœux portent préjudice à quelqu'un (charge à lui de les formuler de façon à ce qu'il en tire bénéfice). En échange, Thibaut ne lui devra presque rien : pour son premier vœux, un cheveu, pour son deuxième, deux cheveux, pour le troisième, quatre, etc… Thibaut est ravi et s'empresse d'accepter : il va rouler le Diable en obtenant tout ce qu'il a toujours désiré en quelques vœux seulement, et le vieux loup en sera pour ses frais. Du moins, Thibaut en est persuadé !

Ah, quel plaisir de retrouver la gouaille d'Alexandre Dumas dans un conte fantastique ! Comme une fable dont le lecteur devient le dépositaire, Dumas nous raconte l'histoire d'un homme naïf et pas très satisfait de son sort, et qui, grâce à des circonstances exceptionnelles, va révéler tout le potentiel de nuisance de son incapacité à savoir ce qu'il désire vraiment en se transformant en homme toujours naïf mais envieux des autres, de ces autres que l'on connait et que l'on côtoie. Bien sûr, le lecteur sait d'entrée de jeu que Thibaut ne va pas faire le marché du siècle : quand on passe un pacte avec le Diable, celui qui est roulé dans la farine, ce n'est pas le Diable.
Bref, on se régale des mésaventures de Thibaut, un "petit peu couillon" comme on dit par chez moi, pas un mauvais bougre, mais pas très malin, contrairement à ce qu'il croit. Tous ses choix se révèlent plus catastrophiques les uns que les autres, et l'on rit franchement avant de se demander si, finalement, Dumas ne serait pas en train d'écrire une tragédie. En plus de la plume de conteur de l'auteur, on trouvera quelques réflexions pas inintéressantes sur l'amour, le désir, et la solitude.
A lire pour passer un bon moment et découvrir une nouvelle facette du talent de conteur de Dumas !

Pendant les vingt premières années de la vie, on a pour guide l'espérance, et, pendant les vingt dernières, la réalité.

Les amours et amitiés des riches valent-elles une obole de plus que celles des pauvres ?

L'ambition ressemble à la voûte du ciel : elle a l'air de se borner à l'horizon, et elle embrasse toute la terre.

as-tu vu le loup ?

8 étoiles

Critique de Pendragon (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 47 ans) - 27 mai 2003

Comme pour toutes les légendes, les contes et autres, il n’est pas facile d'en trouver les origines. Certains s'obstinent à n'y voir que des billevesées, d'autres heureusement, essaient de soulever un coin du voile et de trouver les sources véridiques à ces sorcières, vampires et autres loups-garous… voire même d’y croire.
D'après ce que je sais, les loups-garous sont nés comme beaucoup de « monstres » d’une série de meurtres particulièrement sanguinaires inexpliqués (ex. : la bête du Gévaudan). Pour la plupart, il s'agissait d’un vrai loup, voire d’un ours, mais comme les hommes ne parvenaient pas à dénicher sa tanière, plutôt que de s'avouer vaincus et plus stupides que l'animal, ils préférèrent y ajouter une touche de fantastique. Or, justement dans le village hypothétique dont je parle, il y avait un pauvre hère qui souffrait de lycanthropie, maladie très réelle et reconnue par l’ordre des médecins (d’aujourd’hui, pas de l’époque) et qui est une folie « ordinaire » qui fait croire à l'individu qui en souffre qu’il se transforme régulièrement en loup (certains c'est Napoléon, d'autres…), ajoutez à cela que le malheureux avait sans doute un système pileux abondant et que la pleine lune avait une influence certaine sur lui (comme sur la majorité des aliénés) et le tour est joué.
Voilà sans doute pour une première explication… ensuite, c’est facile, une fois la rumeur lancée qu'un nouveau « monstre » existait, il suffit d’accuser son voisin et hop, il était classé. cela a toujours été comme ça, tu as les gencives qui saignent = vampire, tu cultives des plantes qu’on ne met pas dans la salade = sorcière, etc. en fait, c'est simple, tu ne plais pas à la majorité de ton village = monstre…
Comme quoi, rien n'a changé et comme le dit Folfaerie, le seul vrai loup (qu'il soit garou ou non) reste l'homme.
Cela dit, la critique de Saule est doublement impeccable car je ne savais pas que Dumas avait écrit de roman fantastique… cela doit effectivement valoir la peine de l’acheter (et de le lire) à l’instar de la Peau de Chagrin de Balzac qui est un régal pour l'esprit et que je vous conseille.

Le loup n'est pas celui qu'on croit

10 étoiles

Critique de Folfaerie (, Inscrite le 4 novembre 2002, 48 ans) - 26 mai 2003

Je suis bien d'accord avec l'excellente critique de Saule, ce Dumas-ci m'a enchantée. D'abord par son thème (moi aussi je suis accroc aux loups !) et puis parce que c'est l'une des rares incursions de Dumas dans le domaine du fantastique, et franchement, c'est une réussite. Et puis les fauves dans cette histoire, ne sont pas les loups, mais bien les hommes, eux seuls pactisent avec le Diable.
Mais qui pourrait me dire quelle est l'origine des loup-garous ?

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