De superman au surhomme de Umberto Eco

De superman au surhomme de Umberto Eco
( Il superuomo di massa)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Critiques et histoire littéraire

Critiqué par Pendragon, le 23 mai 2003 (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 48 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 271ème position).
Visites : 3 945  (depuis Novembre 2007)

Enfin, une lueur au débat qualitatif...

Dans cette étude, Eco nous présente une différenciation assez simple de deux courants littéraires, le roman populaire et le roman problématique. Je cite : « [...] Quoi qu’il en soit, il existe une constante permettant de distinguer le roman populaire du roman problématique : dans le premier, il y aura toujours une lutte du bien contre le mal qui se résoudra toujours [.] en faveur du bien, le mal continuant à être défini en termes de moralité, de valeurs, d'idéologie courante. Le roman problématique propose au contraire des fins ambiguës, justement parce que tant le bonheur de Rastignac que le désespoir d’Emma Bovary mettent exactement et férocement en question la notion acquise de « Bien » (et de « Mal »). En un mot, le roman problématique place le lecteur en guerre contre lui-même. […] ».
Un roman populaire est également, et avant toute chose, un roman « commandité » par le peuple. Dans ce type de roman, l’auteur donne au lecteur exactement ce qu'il a demandé. Ces romans sont le reflet d'une réalité politique et sociale et bien sûr, cela permet au lecteur de s'identifier avec une facilité déconcertante tant aux personnages qu’au milieu qui les entourent.
Loin de dénigrer ces romans, Eco tient seulement à préciser qu'ils ont tous recours au même schéma (Zola, Dumas, Sue, Hugo, .) et qu'en plus, ils ont souvent des points communs au niveau de l’édition : publication hebdomadaire au sein d'un journal et paiement à la ligne ! Cela donne des lourdeurs et des redondances parfois difficiles à digérer (cf. mes éclairs sur les Mousquetaires et sur Monte-Cristo). D'ailleurs, Eco s'est essayé à la traduction italienne de Monte-Cristo, gagnant parfois jusqu'à 25% de mots, mais il dut abandonner après une centaine de feuillets parce que, je cite : « J’ai capitulé car j’ai compris que j'allais devoir continuer [à tout réécrire] sur deux mille feuillets et aussi parce que je me suis demandé si les formes ampoulées, la platitude et les redondances ne faisaient pas partie de la machine narrative. »
Il dit encore : « Le roman dumasien est une machine à produire de l'agonie, et ce n'est pas la qualité des râles qui compte, c’est bien leur longueur. »
Et de clôturer : « Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier est sans aucun doute mille fois mieux écrit que le Comte de Monte-Cristo, mais il alimente l’imagination et la sensibilité d’un petit nombre, il n’est pas immense comme Monte-Cristo, pas aussi homérique, il n’est pas destiné à nourrir avec une égale vigueur et une aussi longue durée l'imaginaire collectif. »
(Je me demande ce qu'il pense de la Cartland !?)
Dans la deuxième partie de cette étude, Eco enchaîne sur Superman. Il nous montre que celui-ci (et tous les super-héros, depuis Tarzan) est en fait le parfait modèle d’un homme « hétérodirigé », c'est-à-dire qui vit au sein d’un monde technique, doué d'une structure socio-économique forte et auquel la société suggère constamment les faits et gestes (publicité, télévision, …). Le choix idéologique est donc imposé ! Bien sûr, il le dit mieux que moi, mais en plus de pages et je ne voudrais pas vous fatiguer. Cela dit, la filiation est claire, les romans populaires sont des romans qui s'adaptent au peuple et ce, à chaque époque, et c'est pour cela qu’ils marchent. et cela n’a rien à voir avec la « qualité » d’un livre. Les « Comics Books » et autre « Pulp Magazines » se vendent, se sont toujours vendus et se vendront toujours. Donnez au peuple, etc… la formule est connue !
(Mais où reste la qualité !?)
Quand on pense qu'Umberto Eco a écrit cette étude en 1978, on ne peut que le féliciter de la justesse de ses vues avant Star Academy et autres inepties débilitantes…
Ah Eco. pour longtemps encore mon maître à penser ! Et j'en suis fier !

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De Superman à l’idiot du village

8 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 29 janvier 2011

Un portrait du super héros, le moteur du roman populaire, voici le fil rouge. L’industrie du divertissement, le mécanisme de la consolation et la technique narrative.

Tout au début il y a eu Rodolphe des Mystères de Paris, suivi par Monte-Cristo. Les chapitres consacrés à ces deux figures sont très réussis : suite dans les idées, élégance, ironie. Ensuite, le chapitre sur Superman : la moitié c’est du baratin à mon sens ; d’ailleurs Eco l’admet dans l’introduction, c’était fait pour épater la galerie lors d’un congrès. Quant à l’essai sur la série des 007 de Fleming, Umberto Eco fournit une analyse pointue, détaillée et érudite - pour lecteurs motivés.

On découvre également un essai sur les récits policiers de Borges et Bioy Casares. Une interprétation sophistiquée dont le développement ressemble à un tour de passe-passe.

De Superman au Surhomme – cela aurait pu s’intituler De Superman à l’idiot du village. Tout à la fin, Eco évoque un autre héros, l’idiot du village, le protagoniste des plateaux télé. La BD du Superman ne remporte plus la palme de la popularité, dit Eco. Elle a été remplacée par la télé. Il y avait un temps où les héros de la télé étaient Columbo et Derrick, qui « lancent un message de modestie et de modération ». A leur tour, ils ont été supplantés par l’idiot du village, « qui baisse son pantalon, lance des insanités ou agresse à coup des gifles son interlocuteur », tout cela pour un quart d’heure de gloire. Cette conclusion, je viens de l’exposer brièvement et platement, mais Eco est en verve. Réjouissant !

C’est intéressant de lire la critique de Pendragon et l’intervention de Lucien. Cela me renvoie au débat sur le forum du mois d’août 2010, où Pendragon suggère un référentiel lorsqu’il est question d’un jugement de valeur.

Mea Culpa...

10 étoiles

Critique de Pendragon (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 48 ans) - 2 juin 2003

Bon... d'abord, Eco ne mentionne pas Simenon dans son ouvrage, je ne puis donc me permettre d'avancer un quelconque jugement sur ses oeuvres, je ne sais pas ce qu'en aurait dit Umberto Eco. désolé Lucien.
Et ensuite, je me rends compte que j'ai probablement fait une légère bêtise en résumant une étude de plus de deux cent pages (écrit petit) en une critique, fusse-t-elle de deux cents lignes… mais que faire d’autre ?
Pourquoi une bêtise ? E bien parce que tout un chacun réagit sur ma critique et non pas sur le texte d’Eco qui regorge d’autres exemples et qui s'appuie bien sûr sur d'autres critères que sur ceux que j’ai cités. mais encore une fois, qu'aurais-je dû faire ?
Je ne puis donc qu’encourager tout le beau monde de Critiques Libres qui s’intéresse à la question à se jeter sur l'étude d'Eco.

Et Simenon?

7 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 63 ans) - 1 juin 2003

Je n'ai pas l'habitude de m'exprimer sur un ouvrage sans l'avoir lu. Et loin de moi l'envie (si, si...) de remettre un peu d'huile sur le feu déjà plutôt fumeux de ce trop vieux débat (tu as raison, Bluewitch). Mais à la lecture de cet extrait d'Eco cité par Pendragon ("Quoi qu’il en soit, il existe une constante permettant de distinguer le roman populaire du roman problématique : dans le premier, il y aura toujours une lutte du bien conte le mal qui se résoudra toujours [.] en faveur du bien, le mal continuant à être défini en termes de moralité, de valeurs, d'idéologie courante. Le roman problématique propose au contraire des fins ambiguës, justement parce que tant le bonheur de Rastignac que le désespoir d’Emma Bovary mettent exactement et férocement en question la notion acquise de « Bien » (et de « Mal »). En un mot, le roman problématique place le lecteur en guerre contre lui-même. […] "), je me suis posé la question suivante : et Simenon?
Tous les lecteurs des grands romans de notre célèbre centenaire seront sans doute d'accord avec moi pour dire que ces oeuvres (je ne parle pas des Maigret) répondent à la définition qu'Eco donne du roman problématique. Or Simenon a vendu quelques centaines de millions de livres... N'est-ce pas aussi un critère pour définir un romancier "populaire"?
Il y a là un paradoxe qui rend peut-être délicate l'adoption d'un système de pensée binaire du type : populaire OU problématique. Et si un livre populaire réussissait à "placer le lecteur en guerre contre lui-même"? La question est posée...

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