La frontière de verre, roman en neuf récits de Carlos Fuentes

La frontière de verre, roman en neuf récits de Carlos Fuentes
( La frontera de cristal : una novela en nueve cuentos)

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par Libris québécis, le 19 mai 2003 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 77 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 365ème position).
Visites : 3 659  (depuis Novembre 2007)

Le Rêve américain des Mexicains

La Frontière de verre est un roman en neuf récits tournant autour de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Un pays en développement vis-à-vis d'un pays riche. La convoitise est bien compréhensible. Il faut comprendre que l'un protège forcément son bien. Des murs de ciment, des barbelés, des gardes armés protègent l'envahissement par le plus démuni. Dans un contexte de libre-échange, seules les marchandises jouissent du droit de circulation. La frontière symbolique entre ces deux pays de l'Amérique du Nord est encore plus efficace que le mur de Berlin.
Fuentes s'attache à la population vivant en bordure du pays le plus envié du monde malgré les dénonciations les plus véhémentes. Tous les Mexicains partagent le même rêve : traverser la frontière pour rejoindre des terres qui, il y a un siècle et demi, appartenaient à leur pays. Dans son roman, on trouve d'anciennes familles aristocratiques qui ont perdu leur pouvoir après la Révolution de 1848, une jeune fille qui épouse le fils d'un riche, un jeune qui découvre son homosexualité, un cuisinier qui émigre aux états-Unis, ce pays «rempli de fous» et d'obèses, un vieux qui évoque l'injustice, la corruption et la pauvreté qui collent à la peau du Mexicain comme une sangsue. On exploite aussi les ouvrières mexicaines le temps d'une fin de semaine pour aller travailler dans des usines américaines afin d'éviter aux patrons de verser les salaires négociés avec les syndicats. On exploite tout ce beau monde en espérant qu'il ne soit pas séduit par la richesse. Ce sont neuf petites histoires qui viennent ainsi raconter la gloire d'antan et la situation pénible de l'ère des communications sans frontières, une expression qui ne s'applique qu'au fric.
Fuentes dépasse le cadre de l'existence de cette population qui vit de rêves déçus. L'auteur jette un regard critique sur l'Amérique et en particulier sur son pays. Il visite les mythes anciens, mais dresse aussi le tableau de la violence, celle entre autre des skinheads qui tuent les ouvriers mexicains. Se dégage de ce roman un vif respect pour la culture latine du Mexique et aussi, dans un moindre degré, pour les Etats-Unis. Il faut dire que Fuentes est fils d'ambassadeur et ambassadeur lui-même. Il sait jouer la carte de la nuance. En fait, il nous montre des peuples dans leur diversité et dans leurs contradictions. Sera-ce suffisant pour les rapprocher?
C'est un beau roman qui révèle une dynamique d'opposition que l'auteur aimerait bien voir se transformer en une dynamique de rapprochement. Si la frontière est en verre, on peut imaginer que c'est du verre blindé.

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Les éditions

  • La frontière de verre [Texte imprimé], roman en neuf récits Carlos Fuentes trad. de l'espagnol, Mexique, par Céline Zins
    de Fuentes, Carlos Zins, Céline (Traducteur)
    Gallimard / Du monde entier (Paris).
    ISBN : 9782070749089 ; EUR 22,90 ; 14/09/1999 ; 290 p. ; Broché
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Roman en neuf récits

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 2 juin 2009

Carlos Fuentes a adopté une forme d’une grande originalité pour évoquer le Rio Grande – Rio Bravo, ce fleuve qui fait frontière entre Mexique et USA, en prenant le parti de neuf récits, neuf nouvelles dans lesquelles on retrouve progressivement des personnages évoqués dans les nouvelles précédentes … jusqu’au neuvième récit où l’ensemble trouve une cohérence inattendue, inespérée : la dernière pièce du puzzle en quelque sorte.
Son écriture n’est pas aisée. Plutôt rugueuse, plutôt râpeuse, non, ce n’est pas un écrivain « facile ». Des phrases, telle celle-ci, on en trouve à foison :

« Cependant, son jardin actuel était un jardin perdu et ce jour-là, sans le vouloir vraiment, un peu comme si elle ne se rendait pas compte de ce qu’elle disait, convaincue de se l’être toujours dit comme ça, en son for intérieur, mais prononçant en fait clairement les paroles, non à l’adresse de la servante qui ne se trouvait que par hasard debout derrière elle avec le plateau à thé dans les mains, non, plutôt une chose qu’elle disait, ou qu’elle aurait dite de toute façon, même seule, elle déclara qu’à La Nouvelle – Orléans sa mère sortait sur le balcon les jours de fête parée de tous ses bijoux afin que toute la ville l’admire en passant … »

Ecriture rugueuse donc, mais propos riche, très riche. « La frontière de verre », c’est ce Rio Grande (côté nord-américain), ou Rio Bravo (côté mexicain), qui sépare les deux pays au niveau du Texas. C’est ce fleuve que tentent de traverser quotidiennement, toujours dans le même sens, dans le sens de la lumière vers celui de la richesse, les sans-travail mexicains pour tenter de grapiller des dollars à envoyer à la famille restée au pays et lui permettre ainsi de subsister.
Ces neuf récits parlent donc tous de cette course vers le pays de « cocagne », le pays de tous les malheurs aussi pour celui qui l’atteint. Pauvreté et dignité contre opulence et arrogance ; la course est perdue d’avance … sauf peut-être quand un Carlos Fuentes s’en mêle ?
« La frontière de verre » c’est un propos digne et humain sur un drame quotidien, vu par le petit bout de la lorgnette.

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