Les âmes fortes de Jean Giono

Les âmes fortes de Jean Giono

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 26 avril 2003 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 600ème position).
Visites : 2 717  (depuis Novembre 2007)

L'envie ruisselle des murs !

Giono écrit ce livre après sa série d'ouvrages consacrés à la terre et à sa Provence. Nous y sommes toujours dans sa Provence, mais elle a une allure un rien différente…
Albert, le mari d’une des femmes du village, vient de décéder. Quelques femmes arrivent pour relayer son épouse afin de le veiller pour la nuit. Alors que celle-ci s’endort comme une masse, elles s’installent confortablement près du feu, vident quelques provisions et l’une ou l'autre bouteille.
Chacune à son tour va mettre de sombres histoires sur la table. Elles touchent toutes à des habitants du village, ou à des personnes connues vivant dans l’un ou l’autre bourg du coin et qui ont encore des liens avec ceux du village. Et chacune d'en remettre une couche, chacune d'en raconter une plus terrible encore, une plus basse, une plus laide.
Ici, nous sommes dans l’univers de l'âpreté, de la rancœur, de l'envie. On parle de succession détournée ou volée, de la roublardise de l’un, de la méchanceté de l’autre, d'enfants plus ou moins légitimes, de dépouillements sordides de personnes bienveillantes, j’en passe et des meilleures !.
Et tout ce déballage se fait devant la doyenne du village, Thérèse, qui frôle ses cent ans. Mais son tour viendra !. Et elle ne sera pas épargnée par les plus jeunes qui ont entendu que. et que. et que.
Le style de Giono est toujours un véritable régal ! Colossale la scène des deux filles au chevet de leur mère mourante, qui se rendent compte qu’elle supplie pour avoir à boire, mais qui attendront cinq heures, et l'arrivée du médecin, pour lui donner quelque chose. Et ce, sous prétexte que celle qui ne serait pas occupée à chauffer la boisson pourrait tenter d'obtenir un petit rien de la mourante. Et celle qui raconte de dire, sans être gênée : « Savez-vous ce que tout ça m'a rapporté ? Exactement rien. Si : deux cuillères à café, et encore pourquoi ? Parce que, les deux fois où j’ai donné de la tisane à ma mère j’ai eu la précaution de mettre les cuillères dans ma poche. »
Un très bon Giono qui annonce « Le hussard sur le toit », « Le bonheur fou », « Le moulin de Pologne » et « Mort d’un personnage »

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Etonnant et cruel !

10 étoiles

Critique de DE GOUGE (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 61 ans) - 8 novembre 2011

Si la veille mortuaire, parfaitement décrite par Jules, commence ce récit et est un vrai morceau d'anthologie, très vite, le livre se construit autour du personnage de Thérèse : cette très vieille femme, qui fut-elle ?
C'est une double approche : le récit idéalisée qu'a Thérèse de sa propre histoire et, sous forme d'innocents (?) récits, en écho, ce que d'autres vieilles femmes relatent à partir du "moi, on m'avait pourtant dit que .... "
Qui dit la vérité, qui ment ?
Qu'a vraiment vécu Thérèse ? A chacun d'essayer de le deviner mais on peut légitimement penser que le "on m'a raconté" est plus proche du réel que de la belle histoire phantasmée de Thérèse et du son mari, aimants et aimés, maltraités par la vie, mais sauvés par un couple de bourgeois, d'un âge moyen, beaux, généreux et anti conformistes !
Etrange récit, entrecoupé par le retour au sordide de la veille d'un mort dont tout le monde oublie l'existence tant le jeu malsain entre Thérèse et ses contradicteurs (trices) emporte l'intérêt de tous.
Du très grand Giono !

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