Les évaporés de Thomas B. Reverdy

Les évaporés de Thomas B. Reverdy

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par TRIEB, le 19 août 2013 (BOULOGNE-BILLANCOURT, Inscrit le 18 avril 2012, 66 ans)
La note : 5 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 381ème position).
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UN JAPON TOUJOURS EXOTIQUE...

Savez-vous ce qu’est un « juhatsu » ? En langue nippone , c’est un « évaporé », un disparu . C’est le thème du roman éponyme de Thomas B.Reverdy. Dans ce récit, Richard B . Petit détective raté de San Francisco décide d’accompagner son ex-compagne japonaise, Yukiko, au Japon car le père de cette dernière s’est évaporé, il a disparu, il est devenu un juhatsu.
Dès l’entame, on devine que les liens établis entre Thomas et Yukiko sont ténus, aléatoires . Aucune véritable complicité ne s’est établie entre eux . Ces défaillances vont être mises en évidence lors de l’enquête que Thomas accepte de mener au Japon.

Il y a dans ce roman des descriptions très complètes des conséquences de la catastrophe de Fukushima, de l’état des relations sociales du Japon, de la perception des Japonais des autres et d’eux-mêmes. Cette restitution de la vie de ce pays est pessimiste, passablement inquiétante . Sans doute l’auteur avoue-t-il que le Japon a, depuis toujours , conscience de sa fragilité , du fait de la nature de son climat , marqué par les typhons, tremblements de terre et autres éruptions volcaniques : « Les tremblements de terre ont toujours été fréquents . Au sud d’ici, sur la côte de Nankai, de Nara , à Shikoku, et dans le nord du Kanto, ils ont toujours été dévastateurs . C’est comme si le pays n’en finissait pas de sortir des eaux , menacé par les vagues et les soubresauts de ses profondeurs . Le monde flottant, vois-tu, ce n’est pas qu’une image. »

Plusieurs niveaux de lecture sont possibles pour ce roman : roman policier, quête existentielle, roman d’amour. On retiendra surtout l’aspect documentaire d’un Japon mal connu, celui des marginaux, des travailleurs pauvres des quartiers de San’ya et des camps de réfugiés de Sendai.

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Des yeux d'un minuit sans étoile

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 16 mai 2017

Des yeux d'un minuit sans étoile.


Les évaporés est un texte qui a réussi à transposer avec brio l'ambiance « made in japan ». Que s'est-il passé là bas, si loin de chez nous, après la vilaine vague ? La presse en a fait écho... mais depuis c'est le grand silence et Thomas B. Reverdy parvient rouvrir une plaie avec intensité. Quelle claque !
Je dirai que pour la qualité de ce travail d'écriture, « les évaporés » méritent un podium ; hélas le scénario souffre d'une cruelle absence. Je pense à une dissertation magnifique à laquelle il manque à chaque ligne un mot.

Un livre triste, un livre d'absence et de solitude.
Un livre qui relate des yeux d'un minuit sans étoile, Richard B. Dira : « notre baiser est à présent un fantôme qui hante nos bouches ».


Un sujet intéressant, un traitement banal

5 étoiles

Critique de ARL (Montréal, Inscrit le 6 septembre 2014, 31 ans) - 19 janvier 2016

Le phénomène des évaporés est fascinant: humiliés par une perte d'emploi ou une accumulation de dettes, certains japonais choisissent de disparaître pendant la nuit sans laisser de trace et pour ne jamais revenir. Dans la majorité des cas, la police ne mène aucune enquête, car il est entendu que l'évaporation est permise et qu'il faut la respecter.

En 1967, le cinéaste japonais Shohei Imamura lançait un brillant documentaire sur le sujet, "L'évaporation de l'homme", devenu incontournable. J'approchais donc le livre de Reverdy avec beaucoup d'attentes et d'intérêt. Dans ce court roman, une japonaise retourne dans son pays d'origine avec un détective paumé pour retrouver son père qui a choisi de s'évaporer.

Cela me semblait prometteur, mais malheureusement le livre ne m'a pas du tout emballé. Les personnages sont fades, l'écriture est compétente mais très convenue et le sujet est traité en surface, sans jamais creuser. Le roman m'a donné l'impression d'être une longue introduction à quelque chose qui n'arrive jamais. Certains passages sont inspirés, mais dans l'ensemble il s'agit d'une oeuvre assez banale qui ne fait pas honneur à son sujet.

Recommencer à zéro

8 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 19 avril 2014

Les chapitres souvent courts racontent l’histoire du point de vue d’un narrateur la surplombant, ce qui lui permet d’entrer dans l’intimité des différents personnages et d’user de plusieurs niveaux de langage ou de nous donner des paragraphes didactiques qui expliquent certaines situations culturelles au Japon. Si les faits racontés sont sérieux et même dramatiques, le ton légèrement décalé dans le sens d’une attention, d’un tact porté aux conséquences des mots prononcés fait montre d’une grande retenue dans l’exposition des sentiment. C’est un livre de l’acceptation sereine et du recommencement assumé mais aussi d’un certain regret de possibilités et non réalisées, tout en sachant que ‘‘la vie est complètement hors de contrôle’’, ce qui rend l’espoir plausible.

A San Francisco, une jeune japonaise comédienne et serveuse demande à son ex-petit ami détective-poète sans client, moustachu et toujours amoureux d’elle, de l’aider à retrouver son père qui a disparu au Japon.

Ce sujet est l’occasion pour l’auteur de dire qu’il y a 100 000 cas par an au Japon où il n’y a pas de carte nationale d’identité de personnes qui s’évaporent ainsi, quittant définitivement leur environnement pour refaire une vie nouvelle, sans le poids d’un passé, dans un autre endroit.

Il est indiqué en note que l’auteur a écrit ce livre en 2012 en résidence au Japon et que le personnage du détective est inspiré par romancier américain Richard Brautigan qui y a vécu en 1976.

IF-0414-4211

Une nouvelle vie

7 étoiles

Critique de Ndeprez (, Inscrit le 22 décembre 2011, 41 ans) - 29 novembre 2013

Une approche bien singulière du Japon , celle un peu plus désabusée , celle où l'honneur perdu vous fait disparaitre et radier de cette société si élitiste.
Qui n'a pas rêvé de changer de vie ? de tout recommencer ? Sauf que chez les "évaporés" on se doit de tout abandonner femme , enfant(s) , maison , travail , amis , collègues et tout retour est impossible.
Pour nous autres occidentaux , cela nous parait radical , pour ne pas dire fou, au Japon ils ont un mot pour les définir "juhatsu".
Ce roman peut être lu comme une enquête policière (auquel cas il pourra décevoir car le rythme est assez lent) mais aussi et surtout comme un voyage initiatique dans ce Japon qui ne cesse d'intriguer.

J'ai apprécié ce livre qui narre l'aventure d'un détective privé chargé de retrouver le père d'une ex (dont il est toujours épris) qui a disparu. Il devra pour cela enquêter chez les sans-noms subsistant sur les ruines du tsunami.

Plus je lis sur la société japonaise moins j'ai l'impression de la connaitre.

Vapeurs radioactives

8 étoiles

Critique de BMR & MAM (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 57 ans) - 18 septembre 2013

Il y a quelques siècles au Pays du Soleil Levant, les proscrits avaient l'habitude de se laver de leur passé dans les sources chaudes des montagnes, avant de renaître ailleurs à une nouvelle vie. C'est de ces brumes que vient l'expression « évaporés », johatsu en japonais.
Les récentes crises financières successives ont produit de nouvelles générations d'évaporés : pères de famille endettés, petits patrons en faillite, employés licenciés, ...
Le cinéaste Imamura a même réalisé (en 1967) un film sur ce sujet : Ningen Johatsu (l'homme évaporé).
Comme d'habitude avec le Japon (hikikomori, shinjû, ...), il est bien difficile de démêler la réalité sociale de l'imaginaire fantasmé. Mais après tout, en littérature ce n'est peut-être pas nécessaire.
Quand un auteur français bien de chez nous se pique d'écrire un "roman japonais", quand il rend hommage à Richard Brautigan, lui-même grand amoureux du Japon, on se dit qu'on tient là encore un auteur complètement tatamisé et qu'on peut sans hésitation chausser avec lui les lunettes déformantes d'un nouveau "regard occidental" sur cet extrême pays de l'orient.
Et chacun sait que le Japon extrêmement oriental change les yeux mêmes de celui qui le regarde.
Thomas B. Reverdy a semble-t-il coutume de hanter les lieux post-apocalyptiques : après L’envers du monde qui évoquait Ground Zero post 11 septembre, voici donc Les évaporés, disparus dans les vapeurs radioactives de Fukushima.
Il y avait certainement de quoi se méfier un peu des lumières trop brillantes branchées sur la mode : johatsu, Fukushima, ... hmm ?
Mais dès les premières pages, avant même de rentrer dans le roman, nous voici rassurés : Thomas B. Reverdy écrit bien !
Plaisir de lecture assuré.
D'autant plus que cette histoire de johatsu s'annonce prometteuse, on l'a vu.
Richard B. (comme Brautigan) tourne un peu en rond sur sa côte ouest. Un beau jour son ex, Yukiko, l'appelle au secours : son père Kaze qui vit au Japon, a disparu sans laisser de traces, envolé ...
Et nous voici donc partis au Pays du Soleil Levant et des Évaporés.
Les chapitres et les personnages s'entrecroisent : Richard B., Yukiko, Kaze et un jeune garçon sdf qu'on ne sait pas encore raccrocher à l'histoire (mais ça viendra !).
Bien vite on nous laisse deviner que Monsieur Kaze semble s'être évaporé pour fuir quelques escrocs ou même peut-être quelques yakuzas.
Enquête, désastre écologique, amour, ... oui, un peu de tout cela.
Mais surtout la quête de chacun des personnages à la poursuite d'autre chose, ou plus exactement dans la fuite de quelque chose, entre deux mondes en quelque sorte ...
Paradoxalement (enfin non, peut-être pas) les pages sur notre concitoyen occidental (l'américain Richard B.) sont les moins intéressantes : on passe rapidement et on se passionne beaucoup plus à découvrir les raisons de la fuite de Monsieur Kaze, les difficultés du retour au pays de Yukiko, les mystères des peurs du jeune sdf, … plutôt que les atermoiements amoureux ou alcooliques, trop convenus, trop connus, de l'ami Richard B.
On est à quelques pages seulement du coup de cœur mais on regrette quelques longueurs, quelques énumérations un peu fastidieuses : la belle et fluide prose de Thomas B. Reverdy gagnerait à un petit dégraissage pour être tout à fait maîtrisée et en parfait accord avec un sujet aussi âpre que celui qui est évoqué dans ces pages.
Finalement et contrairement à ce que l'on pouvait craindre, les pages sur la région dévastée par le tsunami et ruinée par la radioactivité s'avèrent les plus intéressantes : bien écrites et plutôt réalistes, évitant les couplets écolos redoutés, elles nous dépeignent le monde d'après.
C'est pas joli-joli et ceux qui croyaient encore nos sociétés les plus modernes et les plus avancées peut-être au moins capables de gérer ce genre de catastrophes seront bien déçus. C'est désespérant.
Bien plus que le cataclysme lui-même, contre lequel malheureusement on ne peut rien, l'incurie de nos sociétés est affligeante : on ne vous en dit pas plus pour ne pas trop dévoiler de l'intrigue et pour vous laisser le plaisir de la lecture, mais Les évaporés …
On l'a dit, c'est un regard de plus d'un occidental sur ce Japon extrêmement oriental, mais un regard extrêmement sombre et désabusé. Et un Japon qui ressemblerait bien à un miroir …

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