Le Fou noir
de Arrigo Boito

critiqué par Septularisen, le 28 juillet 2013
(Luxembourg - 52 ans)


La note:  étoiles
L’AUTRE BOITO DE LA LITTÉRATURE ITALIENNE…
On connaît tous Camillo BOITO (1836-1914) et son chef d’œuvre «Senso», (déjà critiqué sur CL), porté à l’écran en 1954 par Luchino VISCONTI, beaucoup moins son frère Arrigo BOITO (1842-1918) qui si il est très connu pour son opéra «Mefistofele» (1868), ou comme librettiste de nombreux opéras de Giuseppe VERDI, notamment «Simon Boccanegra», «Otello» et «Falstaff»., est toutefois aussi écrivain, notamment de nouvelles, et c’est l’une d’elle «l’Alfier nero » (le «Fou noir», 1867) qui nous est présentée ici.

Le récit du «Fou noir» se déroule en Suisse dans le salon de lecture d’un l’hôtel d’une ville d’eau. L’établissement est fréquenté par de nombreux étrangers qui discutent tranquillement entre le soir après le dîner. Au cours de la soirée la conversation tourne autour de la présence d’un homme noir à l’hôtel, appelé «Oncle Tom», dont le protagoniste blanc de l’histoire George Anderssen fait une description et des termes très désobligeants, influencé par ses préjugés.
Essayant de rattraper la situation, il propose à l’Oncle Tom diverses distractions, celui-ci accepte finalement de jouer une partie d’échecs. La partie d’échecs tourne très vite à l’affrontement entre deux mondes, l’ordre logique et rationnel, la technique et la logique pour le blanc, contre la fougue, la passion, la foi, la force du noir.

Très vite George Anderssen prend le dessus, il est vrai qu’il est champion mondial d’échecs et a battu tous les plus grands joueurs de son temps, mais Tom résiste avec une curieuse tactique tournant autour de son fou noir, placé au centre de l’échiquier…

Cette courte nouvelle est écrite dans un langage simple et accessible à tous, bien que quelques connaissances du jeu d’échecs aident à mieux comprendre la nouvelle. Les gestes et les pensées, les états d’âmes des deux protagonistes nous sont décrits minutieusement par l’auteur. Le récit va crescendo au fur et à mesure où la partie avance vers la fin, c’est une véritable confrontation entre le bien et le mal, l’ange et le démon, le sublime et le grotesque, le haut et le bas, l’ombre et la lumière…

J’ai beaucoup aimé le récit de BOITO, bien que la vraisemblance de la partie d’échecs est très relative (avec notamment des pièces qui disparaissent puis réapparaissent), je reste à penser qu’une partie comme celle-ci est absolument impossible dans la réalité, et que les connaissances de M. Arrigo BOITO en matière du jeu d’échecs me semblent très relatives…

Cette courte nouvelle est pour tous ceux qui, comme moi, ont aimé : «Le Maître et le tournoi de go » de Yasunari KAWABATA, "La Défense Loujine" de Vladimir NABOKOV ou encore "Le Joueur d'échecs" de Stefan ZWEIG...
Le blanc et le noir 6 étoiles

Dans un palace suisse, deux hommes s’affrontent une nuit entière autour d’un jeu d’échecs. Deux hommes que tout oppose jusqu’à la couleur de leur peau. Un récit d’une quarantaine de pages agréable à lire.

Ravenbac - Reims - 53 ans - 24 janvier 2015