Une histoire d'amour africaine
de Daphné Sheldrick

critiqué par Myrco, le 13 juillet 2013
(village de l'Orne - 68 ans)


La note:  étoiles
Pour l'amour des éléphants...
Autant le dire d'emblée, si vous n'éprouvez pas une empathie particulièrement profonde pour le règne animal, ce livre n'est pas pour vous.

Daphné Sheldrick est issue d'une famille de colons britanniques émigrés en Afrique du Sud dès 1820. Elle nous relate dans le premier chapitre l'épopée passionnante de ses ancêtres pionniers, partis de là en 1907 pour s'installer au Kenya alors sous protectorat britannique, où elle naîtra en 1934. De son enfance passée dans une ferme africaine, un univers magique au sein d'une nature sublime encore intacte, au contact des animaux les plus inattendus, elle tiendra sa passion pour cette terre, sa flore, et surtout sa faune auxquelles elle adresse ici une vibrante déclaration d'amour.

Au passage, ce livre traverse nécessairement des évènements qui ont impacté l'histoire du pays et donc sa propre vie : la 2nde guerre mondiale lorsque son père se verra assigner la mission ingrate d'abattre des milliers d'animaux pour nourrir le contingent d'Abyssinie ainsi que les prisonniers italiens et allemands ; plus tard dans les années 50, ce sera la révolte des mau-mau qui constituera pour ces blancs une terrible menace , pour aboutir à l'indépendance du Kenya en 1963.
En sujet loyal de Sa Majesté, sincèrement convaincue de la théorie selon laquelle les colons "avaient apporté le progrès (...) sous l'égide d'une autorité britannique bienveillante», elle ne nous relatera qu'un aspect de cette guerre pour l'indépendance, mais là n'est pas le cœur du propos.

Le véritable tournant de sa vie sera sa rencontre avec celui qui deviendra son second mari, David , le grand amour de sa vie sans lequel elle ne serait vraisemblablement jamais devenue ce qu'elle est aujourd'hui, Dame Daphné Sheldrick, surnommée "la mère des éléphants", qui supervise encore à un âge avancé la pouponnière des éléphanteaux orphelins, dans le parc de Nairobi après avoir réussi à mettre au point la formule lactée nécessaire à leur survie.
A l'époque, David Sheldrick, en tant que directeur, était chargé de transformer une immense superficie de brousse en ce qui deviendra le parc national du Tsavo est. Cet homme, à qui elle rend ici hommage fut un ardent protecteur de la nature, écologiste avant l'heure. Il lui transmettra sa connaissance profonde du terrain et des comportements animaux et lui fera partager tous ses combats : contre le braconnage pour le trafic de l'ivoire et de la corne de rhinocéros, contre la corruption, l'ingérence des politiques, les menaces d'abattage pour la régulation de la population d’éléphants, le cynisme et l'arrogance de certaines équipes scientifiques...
Ensemble, ils vont aussi se retrouver à la tête d'une petite troupe d'orphelins : bébés éléphants, rhinocéros, buffles, antilopes et autres zèbres. On s'amuse ainsi souvent des facéties de ce bestiaire d'animaux associés à leur vie de tous les jours et dont le comportement est parfois désopilant. C'est l'un des aspects les plus attrayants de ce récit que la proximité, voire la solidarité qui peut naître entre animaux d'espèces différentes réunis artificiellement et cela donne lieu à toutes sortes d'anecdotes tantôt drôles, tantôt poignantes.
Nous partageons ainsi, avec ce couple leurs moments de joie, de plénitude, leurs réussites mais aussi leurs échecs, leurs angoisses, leurs moments de détresse, d'impuissance , de révolte ou de déchirement.

Bien sûr, s'agissant d'une biographie , l'auteur y mêle nécessairement des évènements de sa vie privée et familiale; j'ai d'ailleurs craint au vu de quelques titres de chapitres que cela prenne trop d'importance en regard de mes attentes, mais tel ne fut pas le cas.

Le seul problème est que l'on finit par s'y perdre dans tous ces animaux que Daphné a recueillis au cours de sa vie et cela nuit parfois à la potentialité émotionnelle du récit (on n'a pas assez le temps de s'y attacher) mais difficile d'en tenir rigueur à l'auteure ou à l'éditeur qui a dû se livrer à un immense travail d'élagage car il faut savoir qu'à l'origine le manuscrit comptait 1000 pages de plus !

Au final, on apprend des choses sur le comportement animal et pas seulement sur ces êtres fascinants et extraordinaires que sont les éléphants; on s’émeut, on rit aussi.
Bref une lecture facile pour ces temps de vacances et qui devrait plaire à tous les fous d'animaux dans mon genre!

P. S : Un encart de 16 pages de photos empruntées à l'album de famille qui nous permet de mettre un visage sur les principaux protagonistes (humains et animaux) de cette vie si riche est tout à fait bienvenu.