La peur au bout du fil
de Greg (Scénario), André Franquin (Dessin), Jidéhem (Dessin), José-Louis Bocquet (Edition), Serge Honorez (Edition)

critiqué par Hervé28, le 24 juin 2013
(Chartres - 50 ans)


La note:  étoiles
Une rédécouverte de l'univers de Franquin
A l'origine, un seul album aurait dû être édité sous cette formule, commentée par Jean louis Bocquet et Serge Honorez, "Bravo les Brothers"(avril 2012).
Devant le succès de cette édition, les éditions Dupuis ont choisi de relancer les format courts de "Spirou et Fantasio", sous cette nouvelle collection. Après "Bravo les Brothers" (superbe édition au demeurant), est venu "la foire aux gangsters", et à présent "la peur au bout du fil", avant "les petits formats" et "vacances sans histoire".
Si par rapport aux précédents albums publiés dans cette édition spéciale, les planches originales sont moins nombreuses, je craignais, qu'au vu de la faible pagination de cette histoire, les commentaires soient de moindre qualité.(il est vrai que les deux albums précédents comportaient 83 pages contre 62 pour celui-ci).
Et bien, non, j'ai dévoré cet opus de très bonne tenue, qui malgré un prix assez élevé, m'a conquis.
Les commentaires sur les personnages récurrents du village, et sur la mise en perspective par rapport au "prisonnier du Bouddha" sont bien amenés. Et les différents entre Greg et Franquin (à propos de l'invention du Métomol) sont intéressantes à souligner.
En tout cas, rien que pour la nouvelle colorisation de cette aventure, il ne faut pas manquer l'acquisition de cet album.

J'achète le prochain opus, les yeux fermés
Le côté obscur 10 étoiles

"La peur au bout du fil" c'est un de mes premiers malaises d'enfant face à la découverte d'un côté obscur du monde qui m'entourait. Avant, tout était lisse et gentil. Puis, il y eut le premier malaise, le premier cauchemar enfanté par la vision insoutenable et terrifiante de la momie de l'inca Rascar Capac, dans Tintin ("les sept boules de cristal").
Vint ensuite l'inquiétante transformation de mon cher Comte de Champignac, saisi par la folie et la méchanceté; hoquetant des bulles noires et répondant à chacun "Et moi je vous dis Zut!".
Un surprenant renversement de personnalité. Quoique, à bien relire certains albums (le voyageur du mésozoïque notamment) on s'aperçoit que derrière la bonté de celui qui peut tendrement pardonner à son vieil ennemi (Zorglub) existe un autre homme, un autre savant, capable d'assommer avec colère ceux qui voudraient sacrifier "l'oeuf" pour sauver leurs misérables et insignifiantes existences.
On y découvre aussi le Franquin écolo-pacifiste, qui se révélera en fin de carrière, lorsque la mort d'un savant atomiste (englouti par distraction et par un dinosaure) ne provoque chez ses collègues, dont Champignac, qu'une tristesse vraiment toute relative.
Oserais-je le dire ? "La peur au bout du fil", dont on a raison de souligner la colorisation exceptionnelle, c'est aussi un peu Franquin qui "se lâche" après les contraintes éditoriales de l'album et de la série. Un petit vent de liberté annonciateur des futures "Idées noires" de l'auteur.
C'est un bijou !
Et si je suis devenu grand amateur de littérature fantastique autant que de champignons, c'est sans doute à Pacôme (Hégésippe Ladislas) que je le dois en grande partie.

Sannicolao - - 65 ans - 27 juin 2013