Ma cousine Condoleezza : Et autres nouvelles
de Mahmoud Shukair

critiqué par Débézed, le 24 mai 2013
(Besançon - 71 ans)


La note:  étoiles
Ils sont venus, ils sont tous là ...
Ils sont venus, ils sont (presque) tous là : Ronaldo, Koffi Annan, Shakira, Brigitte Bardot, Naomi Campbell, Donald Rumsfed, …, il y a même Condoleezza Rice, la méchante américaine, dans ce recueil de nouvelles construit avec des textes déjà publiés dans d’autres ouvrages. Un recueil en deux parties, la première comportant des textes mettant en scène des personnalités célèbres qui font rêver les Palestiniens ou dont ils craignent les décisions, et la seconde faite de textes courts, poétiques, qui évoquent les difficultés des femmes et des hommes à vivre en harmonie sentimentale et charnelle.

Ils sont venus nourrir les fantasmes de ce peuple qui croit toujours au mythe du retour au pays, de la libération des terres confisquées par Israël, confiné dans un pays qui n’en est pas tout à fait un tant ses libertés sont restreintes. Ils sont venus alimenter l’imaginaire de tout un peuple qui n’a que des chefs de guerres et des chefs religieux pour construire des mythes et des idoles. Ils sont venus pour convaincre les Palestiniens que derrière leurs frontières, il y a la liberté, la paix, la joie, l’insouciance des jeux et des chansons. Et ils croient fermement que les idoles de la télévision sont aussi leurs idoles et qu’elles viendront bientôt leur apporter les frivolités occidentales auxquelles ils aspirent eux aussi. « Tu peux t’inventer toutes les réalités que tu veux et convaincre des foules entières de leur existence, alors qu’elles sont impalpables et qu’aucune preuve matérielle ne peut en attester ».

Ces textes sont comme des lambeaux résiduels des grands textes de l’Orient médiéval dont la douce sensualité fait toujours rêver les femmes et les hommes de toute la planète. Une façon de rappeler au monde que les Palestiniens ne sont pas forcément les sauvages terroristes que l’on voit habituellement à la télé mais qu’ils sont aussi des êtres doux, plein de candeur, capables d’inventer les pires subterfuges pour échapper à leur triste sort, incroyablement persévérants pour trouver un moyen de quitter la terre qui leur a été assignée, la terre qui n’est pas la leur, même par l’esprit et par le rêve. Mais aussi une façon pleine d’humour, d’ironie et de dérision de dénoncer les persécutions israéliennes et la passivité de la planète.

Et pendant ce temps, « le vent se déchaîne. La terre est à nu. Les êtres se sont barricadés derrière leurs portes, laissant la terre seule, dehors, nue comme une femme, attendant la pluie. »