Le Duel
de Anton Tchekhov

critiqué par Salocin, le 18 mai 2013
( - 36 ans)


La note:  étoiles
Délicieuse mélancolie
C'est un délice que de lire ces nouvelles d'Anton Tchekhov. Un plaisir qui naît de la beauté des mots, des phrases, des lignes qui se forment avec tant de grâce et de poésie, c'est peu dire que Tchekhov manie l'écriture avec talent et virtuosité.

L'écriture est simple, sobre, fluide, d'une beauté mélancolique, cette même tonalité qui imprègne l'ensemble de ces oeuvres. C'est triste, désenchanté, pessimiste, presque désespérant. Et pourtant, la lecture est passionnée car on s'attache à la beauté littéraire de l'oeuvre.

Chaque mot a son importance et à chaque instant les phrases font mouche. Celles-ci contiennent toutes une vérité, une idée, une pensée qui forcent le lecteur à s’émerveiller, à s'apitoyer (le fils rejeté par son père car, de sang noble, il a préféré vivre misérablement d'un travail manuel, dans "Ma Vie"), à s'émouvoir (la triste fin de vie d'un illustre et cultivé personnage dans "Une banale histoire"), même à se consterner (la théorie de la sélection naturelle du zoologue Von Koren dans "Le Duel") ou à s'angoisser (l'idée obsédante de l'inanité de l'existence par exemple dans "Lueurs) et souvent à s'interroger (Tchekov ne fournit pas de guide pratique aux lecteurs quand il pose un problème existentiel ou expose une idée, à eux de le trouver)

Je ne détaillerai pas le contenu ni l'histoire de chaque nouvelle, autant les lire de suite. Et d'ailleurs, ces histoires sont banales et décrivent des quotidiens tristes, ennuyeux assez misérables en fait, et le talent de Tchekhov est alors de rendre passionnante la lecture de ces quelques tranches de vies ordinaires.

S'il fallait dégager une préférence, je ferais ressortir "Lueurs", d'un pessimisme absolu et d'un angoisse profond pour le lecteur. Cette idée de l'inanité de l'existence est martelée tout le long de la nouvelle et ne peut se détacher de la pensée du personnage principal ; elle l'accompagne inlassablement dans chacune de ses actions et immanquablement lui revient l'idée "à quoi bon faire ça, puisque j'ai vocation à devenir poussière ? J'ai lu dans les commentaires que Tchekhov, dans un premier temps et avant de défendre sa nouvelle, n'en n'était pas très satisfait car selon lui, les idées exprimées n'était guère que de la philosophie de bas étage. Peut-être, mais je confesse avoir été touché par cette nouvelle, car l'histoire qui enrobe cette réflexion de Tchekhov, certes banale mais profondément humaine, est émouvante et fait ressortir le sens profond, tragique, désespérant de l'idée selon laquelle la vie n'a pas de sens.