L'équation du nénuphar
de Albert Jacquard, Pef (Dessin)

critiqué par Elya, le 27 avril 2013
(Savoie - 34 ans)


La note:  étoiles
Sensibiliser à la science : indispensable et ludique
Albert Jacquard démontre une nouvelle fois dans cet ouvrage ses talents de vulgarisateur scientifique généraliste. A la différence d’autres auteurs qui s’expriment sur un domaine assez précis (par exemple, Hubert Reeves sur la physique), Albert Jacquard s’intéresse à la science en général, à ses multiples enjeux. Son domaine de prédilection est la génétique, aussi n’échappons-nous pas ici encore à l’évocation de cette discipline et surtout des concepts qu’elle permet de définir, comme le racisme. Il revient d’ailleurs longuement sur l’explication de ce qu’est un concept. Plus généralement, il donne des définitions de certains termes fréquemment employés par des philosophes, des scientifiques, des journalistes ou même tout un chacun, sans que l’on sache nécessairement quoi mettre derrière. Pour cela il n’hésite pas à recourir à l’analogie, comme dans cet éclaircissement de la notion d’interaction. Bien que n’étant pas une adepte du monde maritime, j’ai trouvé cette analogie empruntée à l’univers de la navigation très parlante :

« L’exemple du navire qui navigue « au près », c’est-à-dire en remontant le vent, permet une analyse qui peut rendre claire cette difficulté. Transposée au cas du bateau, la question devient : de la force du vent ou de la résistance de l’eau, les deux facteurs à l’œuvre, laquelle est la plus importante pour acquérir de la vitesse ? Je veux aller, disons, vers l’ouest, mais le vent vient justement de cette direction et me pousse vers l’est, il contrarie mes intentions ; cependant, en inclinant mon bateau vers le sud-ouest, je provoque une résistance de l’eau qui me propulse vers l’avant ; en « tirant des bords », c’est-à-dire en alternant des parcours vers le sud-ouest puis vers le nord-ouest, mon voilier atteindra son but. Cette réussite n’est due ni au vent ni à l’eau qui, séparément, étaient l’un et l’autre incapables de m’aider ; elle est due à leur jeu simultané, à leur « interaction ». Bien qu’il soit contraire, le vent me permet d’aller d’autant plus vite qu’il est plus violent ; bien qu’elle ralentisse ma progression, la résistance de l’eau est nécessaire à cette utilisation de la force du vent.
Aucune des causes de mon mouvement n’est plus importante que l’autre ; chacune a été valorisée par l’action de l’autre. »


Ce passage permet d’éclaircir le débat récurrent sur l’inné et l’acquis, où l’on attribue une part, voire un pourcentage à l’un et à l’autre. Avoir en tête l’image du navire qui remonte face au vent grâce à l’interaction du vent et de l’eau à chaque fois que nous entendrons de nouveau parler de part « génétique » et de part « environnementale » d’un comportement ou d’une caractéristique physique devrait nous aider à détourner des affirmations péremptoires.

Comme à son habitude, Albert Jacquard explique en quoi dès le plus jeune âge les enfants devraient être confrontés à la science. Ce n’est pas une matière austère ou élitiste mais une arme utile et amusante ; encore faut-il y être sensibilisé ; les livres de Jacquard semblent écrits dans ce but.