La Bellarosa Connection de Saul Bellow

La Bellarosa Connection de Saul Bellow
(The Bellarosa Connection)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jlc, le 21 avril 2013 (Inscrit le 6 décembre 2004, 73 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (38 187ème position).
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Les réseaux de la mémoire


« La mémoire c’est la vie, ce qui implique que la retraite, c’est la mort ». Ainsi s’exprimait, à la fin du siècle dernier, un Américain fils de Juifs russes émigrés, fondateur d’un institut de la mémoire qui, réussite professionnelle faite et retraite prise, souhaitait oublier de se souvenir. Seule l’intéressait désormais la mémoire affective qui fit resurgir du passé un cousin par alliance et sa femme, « Feus Harry Fonstein et son épouse Sorella.

Ainsi débute « La Bellarosa Connection » que Saul Bellow écrivit à la fin des années 80, peu après avoir reçu le Prix Nobel de Littérature. Souhaitant lui donner la plus large audience, il demanda que le livre soit publié directement en édition de « poche ».

Harry Fonstein quitta sa Pologne natale pour échapper aux persécutions contre les Juifs. Il s’arrêta en Italie. Extrêmement doué pour les langues, il devint interprète. Un indicateur l’avertit de son imminente arrestation et lui fournit un plan d’évasion pour le Portugal puis les Etats Unis. Harry découvrit que son protecteur était un certain Billy Rose, alias Bellarosa, dont il n’avait jamais entendu parlé.

La guerre finie, Harry arriva à New-York où une émissaire de Billy Rose lui expliqua qu’il ne pouvait débarquer et devait gagner Cuba pour quelques années. Il y fit fortune et y épousa Sorella, jeune femme obèse « peu ordinaire, rompant avec tout ce qui aurait pu suggérer la banalité ». 5 ans plus tard, ils s’installèrent enfin dans le New Jersey où le père du narrateur s’enticha d’Harry qui avait survécu « au plus grand calvaire de l’histoire juive » et le comparaît à son fils, typique Américain de 32 ans qui s’amusait encore comme un gamin de 12.

Harry ne put jamais rencontrer Billy Rose dont il apprit qu’il avait été associé aux gangs de la Prohibition avant de participer à un réseau pour arracher des Juifs aux Allemands, « la bellarosa connection », puis devenir un des grands impresarios de Broadway. Mais Billy ne voulait recevoir aucun remerciement pour ce qu’il avait fait alors qu’il adorait qu’on parle de lui dans les journaux. Il avait retrouvé sa judéité et n’avait nul besoin de gratitude. Harry fut un peu déçu d’avoir été sauvé non par des philanthropes distingués mais par un mafioso de Brooklyn. Il demeurait obsédé par cette parenthèse qui ne se refermait pas.

C’est là que Sorella prend tout l’espace du récit. Par un concours de circonstances, Billy descend à Jérusalem dans le même hôtel que les Fonstein et le narrateur. Nouvelle rebuffade de Billy qui néanmoins accepte de rencontrer Sorella qui veut seulement qu’Harry puisse dire merci et serrer la main de Billy. « Mes mains ? Je les garde dans mes poches. » N’en disons pas plus si ce n’est que la seconde partie du roman raconte la recherche par le narrateur du couple Fonstein qu’il a perdu de vue.

Ce roman est très intelligemment construit. Saul Bellow tourne avec beaucoup de brio autour de la mémoire, celle d’Harry qui veut dire merci, perpétuant en cela la tradition d’élégance et de politesse des juifs européens, celle de Billy qui refuse obstinément de revenir sur un passé évanoui, qui ne s’intéresse qu’à l’avenir dans son Amérique « pays de l’occasion à saisir ». Le romancier met ainsi en scène deux conceptions de l’histoire juive contemporaine, celle des survivants de l’holocauste et celle de ceux qui totalement intégrés dans l’univers américain disent : « Oublie, joue américain, travaille à ton affaire ». Il oppose aussi la dignité de Harry au dynamisme de Sorella qui, elle, n’est pas juive mais va tout mettre en jeu pour obtenir ce qu’il souhaite, quitte à y perdre sa dignité. Oublier serait mourir une seconde fois mais le plus intéressant chez Billy n’est-il pas son refus absurde de rencontrer Harry ?
Le ton est alerte, souvent humoristique comme lorsque le narrateur et fondateur de l’institut de la mémoire ne se souvient plus du nom d’une rivière dans une chanson très connue. Les mots peuvent être acerbes comme cette remarque sur Hitler assistant à une réception en Italie : « Il ne tuait personne ce jour là ? Il n’était personne qu’il ne puisse tuer s’il le voulait, mais il y avait réception ». L’humour décapant de Bellow ne cache pas la profondeur de la réflexion : ainsi sur « ces gens qui commencent par vous assassiner et non contents de cela vous obligent à réfléchir à leurs crimes ». Certaines scènes sont magnifiquement rendues comme l’entretien entre Billy, au langage très peu châtié et très imagé et Sorella, dame de grande noblesse avant l’inversion des rôles.

Un roman très attachant.

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Un mauvais choix...

6 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 75 ans) - 24 janvier 2015

Sûrement pas un mauvais livre, mais sans aucune équivoque, une mauvaise traduction; en ce qui me concerne personnellement, sûrement pas le meilleur choix de livre pour lire Saul Bellow une première fois.
L’auteur expose une foule de questions philosophiques et existentielles dans ce court roman sur la vie des Juifs américains, mais rien n’atteint de conclusion satisfaisante.

J’ai mis environ deux heures à lire ce livre, à la fin j’ai eu l’impression d’avoir écouté un long discours, tout en souhaitant qu’on en vienne au point et en fin de compte découvrir que ce point ne valait pas la longueur du discours!
Tous les points soulignés sont certes d’une grande importance, mais l’approche de l’auteur, peu originale et inspirée et la forme, rien de moins qu’une interminable anecdote ne servant à rien de plus qu’à illustrer ces points et à se demander en bout de ligne, pourquoi suis-je allé jusqu’au bout de ce récit farfelu?

Bellow est un grand auteur, ce qui rend cette lecture relativement correcte, mais ceci est à peine un travail accompli.
Dans mon cas, rien de plus qu’un mauvais choix.

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