Ici là, sur le rivage
de Alain Boudet

critiqué par CC.RIDER, le 28 mars 2013
( - 66 ans)


La note:  étoiles
Minéral
Ce court recueil de poésies contemporaines se compose en réalité de deux longs poèmes : « Ici là », d'une part et « Sur le rivage », d'autre part. Ecrits en vers libres très courts, ces deux textes nous font partager les impressions visuelles d'un homme marchant dans la campagne, sur de petits sentiers caillouteux, ou au bord de la mer, le long d'une plage sablonneuse ou d'une grève parsemée de rochers. Des paysages privés de toute présence vivante ou presque, excepté un oiseau perdu dans le lointain. Car telle est bien la particularité de la poésie d'Alain Boudet. Elle ne relève ni du classicisme, ni du romantisme, ni du surréalisme, ni du symbolisme, ni de l'hermétisme, mais d'un courant différent, que l'on pourrait qualifier de « minéralisme » tant les roches, cailloux, pierres, minéraux, mica, sable, galets, rochers, gravier et autres rocailles semblent d'une importance capitale pour cet auteur par ailleurs « coordonnateur académique en poésie ».
« Qu'il parle
le cailloux
Qu'il invite en lui
la lumière et la source
Qu'il invente un babil de rocaille
où pourront cliqueter les heures
et chanter les chemins rugueux
Qu'il parle
et nous saurons peut-être
si son coeur tient la nuit
en otage. », dit-il.
D'aucuns pourront trouver que ces deux poèmes manquent un peu d'humanité, de chair ou de sentiment. Ils auront peut-être envie de crier à l'auteur : « Allez, Alain, lâche-toi ! Laisse tomber ton appareil photo et dis-nous sincèrement ce que tu ressens vraiment... » D'autres pourront penser que, contrairement à ce qu'il annonce en quatrième de couverture, l'auteur n'avance pas « dans les mots, avec les mots, vers les autres et avec les autres », mais se paie de mots et pratique même un peu trop l'exercice de style. Pour ma part, je me contenterais de considérer que la liberté des poètes se cache justement dans ces recoins étranges et qu'elle peut résonner de mille façons en nos âmes si curieuses.